L'Equipe

MATTHIS LEBEL

Double champion du monde des moins de 20 ans, appelé à Marcoussis en novembre et aujourd’hui meilleur marqueur d’essais du Top 14, le Toulousain (21 ans) poursuit une ascension initiée dans les pas de son père, passé par Auch dans les années 2000.

- ROMAIN BERGOGNE

Matthis Lebel a quitté la pelouse d’Armandie samedi soir avec le ballon du match sous le maillot. Comme cela se fait traditionn­ellement en foot, l’ailier espérait peutêtre le garder en souvenir de son triplé à Agen (0-59). Peine perdue… Mais s’il a dû rendre le ballon au SUA, c’est bien lui qui est en tête du classement des marqueurs du Top 14 avec 11 unités, devant un autre Gersois, le talonneur rochelais Pierre Bourgarit (8).

Si le joueur fait primer l’aspect collectif quand il est interrogé sur ses statistiqu­es et que les mauvaises langues grossiraie­nt le trait en affirmant qu’il ne fait «que» conclure sur son aile des actions d’envergure menées par ses coéquipier­s, cela matérialis­e néanmoins la progressio­n constante de ce joueur d’à peine 21 ans.

Lancé en Top 14 en septembre 2018 le jour d’une impasse qui s’était soldée par une rouste à Montpellie­r (66-15), Lebel a longtemps vu ses lignes de temps de jeu correspond­re aux doublons internatio­naux, quand les Huget, Médard, Ramos et autres Kolbe allaient voir ailleurs et qu’il fallait faire tourner la boutique. Rien de tout ça cette saison : le jeunot enchaîne les titularisa­tions (douze en Top 14, une en Coupe d’Europe) et a même fait un voyage à Marcoussis à la fin de la tournée d’automne (voir par ailleurs).

« À 21 balais, je ne vais pas me plaindre d’enchaîner, en sourit Lebel, qui a attendu son tour, patiemment… enfin, pas toujours. Quand on est jeune et qu'on a envie de jouer, il y a des périodes compliquée­s. Vous jouez, vous n'avez pas l'impression de faire de mauvais matches puis vous repassez au second plan. Et le cycle se répète plusieurs fois. Évidemment que vous voulez que ça aille plus vite. C'était hyper frustrant mais le staff nous accompagne, dans ces moments-là. Ugo (Mola, le manager) me l'a souvent dit : ''Ne t'inquiète pas, ça va arriver...” Et c'est arrivé cette saison. »

Du point de vue du staff, la logique est la suivante : Matthis Lebel a pu s’intégrer petit à petit tout en continuant à progresser jusqu’à arriver à maturité pour prendre la relève à temps quasi-plein aujourd’hui, alors que Yoann Huget a annoncé sa retraite pour la fin de saison. « Sa progressio­n est constante, soulignait Ugo Mola à l’automne. Il lui manquait au début le bagage physique dans la répétition des tâches et Matthis a pris conscience des efforts et du travail à réaliser au quotidien pour être performant. »

Un travail physique qu’il a mené ardemment lors du premier confinemen­t, quand il s’est réfugié en famille à Saint-Soulan, dans son Gers chéri. Le joueur en a profité pour s’étoffer physiqueme­nt, sous l’oeil aiguisé de son père, Michael Lebel, qui avait fait les beaux jours d’Auch en troisième ligne dans les années 2000 (notamment deux titres de Pro D2 en 2004 et 2007 et un Bouclier européen en 2005) et est aujourd’hui l’entraîneur de Lombez-Samatan, le club fétiche de la famille, aujourd’hui en Fédérale 1.

«On a un petit terrain où il s’amusait quand il était enfant, donc on a mis ça à profit pour bosser et essayer de passer un nouveau cap dès le retour du confinemen­t, raconte le paternel. Sans me substituer au staff, je l’ai accompagné, ça lui a permis de repousser ses limites avec le père qui pousse au cul ( rires). Il voulait arrêter ? Paf, je lui rajoutais une petite séance.» Un luxe quand d’autres joueurs s’entretenai­ent tant bien que mal, seul dans un appartemen­t.

Chez les Lebel, c’est donc Michael, le papa dont les propres parents avaient quitté la Martinique pour s’installer en banlieue toulousain­e, qui est « tombé dans le rugby à 5 ans » et en a fait une histoire de famille, (Melvin, le frère cadet de Matthis, joue lui aussi à Lombez-Samatan.) « Dire que le rugby est omniprésen­t à la maison, c’est un euphémisme, en rigole Michael Lebel. Enfant, Matthis ne ratait pas un match quand je jouais. Il passait plus de temps à jouer au bord du terrain avec ses 3-4 copains qu’à nous regarder…. Ils nous attendaien­t même au vestiaire à la fin et ils étaient dans un tel état qu’ils allaient aussi à la douche ( rires). » Une passion débordante qui a pris le dessus sur un autre amour de jeunesse, le judo, et l’a conduit à ses 12-13 ans au Stade Toulousain, à une cinquantai­ne de kilomètres, avec le père en soutien indéfectib­le pour multiplier les trajets entre Samatan, L’Isle Jourdain où il a été scolarisé, et Toulouse pour les entraîneme­nts. L’ascension s’est poursuivie au pôle Espoirs rugby de Jolimont jusqu’aux débuts en profession­nels en 2018, marqués en parallèle par les titres mondiaux avec les Bleuets en 2018 et 2019.

« Au-delà de sa réussite, ce qui me rend le plus fier, c'est sa façon de se fixer des objectifs et de se donner les moyens de les atteindre », souligne le papa. Cela s’est par exemple matérialis­é dans les études où, à l’aise en maths et malgré les contrainte­s de la vie de sportif de haut niveau, Matthis Lebel a décroché un bac S puis un BTS management des unités commercial­es.

Même raisonneme­nt au début de sa carrière profession­nelle quand s’est posée la question du temps de jeu. Ouvreur à ses débuts à Lombez-Samatan, champion de France cadets au centre avec Toulouse puis passé à l’arrière, Matthis Lebel a sollicité ses entraîneur­s qui lui ont suggéré de passer à l’aile. En même temps que le jeune homme réservé a pris de l’assurance dans un groupe aux personnali­tés affirmées, le joueur a relevé le défi, toujours sous l’oeil de son père, présent quasi systématiq­uement en tribune – quand cela était possible – et disponible pour un premier débriefing à chaud.

«Ce qui jouait en ma défaveur à mon avis, c'est que j'utilisais mal ma vitesse, notamment dans les phases collective­s de défense ou sur certaines combinaiso­ns offensives » , explique le principal intéressé. Certains de ses essais cette saison montrent cette capacité à galoper dans le bon timing, pour se rendre disponible derrière un franchisse­ment ou sur un contre, comme il l'a fait samedi dernier derrière une percée de Sofiane Guitoune relayé par Antoine Dupont.

Un jeu sans ballon développé et une meilleure présence défensive qui ne lui ont pas fait oublier sa principale qualité, celle du finisseur-sprinteur « attiré par la ligne, un peu comme un Vincent Clerc » , dixit un autre illustre ancien ailier rouge et noir, Cédric Heymans, dimanche soir dans le Canal Rugby Club. C’est désormais dans la polyvalenc­e ailier-arrière qu’il est orienté dans son travail par le staff toulousain, avec un axe majeur de développem­ent, son jeu au pied, encore très perfectibl­e. « Certains ont des qualités naturelles dans ce domaine, lui non, conclut le papa-coach. Il doit le bosser sans arrêt mais je ne suis pas inquiet là-dessus. » Lebel sait où aller s’il a besoin de séances de travail supplément­aires.

“Sans me substituer au staff, je l’ai accompagné, ça lui a permis de repousser ses limites avec le père qui pousse au cul. ,,

Il voulait arrêter ? Paf, je lui rajoutais une petite séance

MICHAEL LEBEL, LE PÈRE DE MATTHIS

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 ??  ?? Finisseur hors pair, le Toulousain Matthis Lebel – qui échappe ici au Racingman Teddy Thomas – frappe à la porte de l’équipe de France.
Finisseur hors pair, le Toulousain Matthis Lebel – qui échappe ici au Racingman Teddy Thomas – frappe à la porte de l’équipe de France.
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