L'Equipe

Pau Lopez Force tranquille

Le gardien catalan de l’OM affiche depuis son plus jeune âge une sérénité et un leadership peu communs. Des qualités mentales qui ont marqué tous ceux qui ont croisé sa route.

- DE NOTRE CORRESPOND­ANT FLORENT TORCHUT

BARCELONE (ESP) – Transperça­nt le ciel avec aplomb, le clocher en pierre de l’église de Sant Esteve de Llémena domine les alentours comme lui règne dans sa surface. C’est dans ce hameau catalan d’environ 260 âmes, bordé par la rivière Llémena et encerclé de montagnes verdoyante­s, que Pau Lopez a grandi. Francesc, de quatre ans son aîné, a été le premier de la fratrie à rejoindre le club de Sant Gregori, sur la route de Gérone, la capitale de la province du même nom, située à une vingtaine de kilomètres au sud-est du domicile familial. Son cadet n’a pas tardé à se frotter à lui et à ses petits camarades, pourtant âgés de quatre ou cinq ans de plus. «Sonpèremed­isait : “Si ça t’embête, ne te force pas à mettre Pau dans l’équipe”, se remémore Carles Salo, alors coordinate­ur général du club qui, à l’instar du Barça, arbore un maillot rayé rouge et bleu. Au départ, c’était pour éviter que ses parents fassent deux fois le trajet entre leur village et le club. Mais il était à sa place avec nous, c’était évident.»

Marcel Santalo a fréquenté les bancs de l’école et évolué avec Lopez au sein des catégories de jeunes de Sant Gregori. « C’était déjà un gardien très concentré, sérieux, comme il l’est aujourd’hui, assure son ami d’enfance, qui le voit encore régulièrem­ent, notamment lorsqu’il revient pour rendre visite aux siens. Il a toujours fait preuve d’une grande responsabi­lité et dégagé un sentiment de sécurité auprès de ses coéquipier­s. Il organisait sa défense, essayait de maintenir l’ordre.» Leur ancien formateur ne cache pas non plus avoir été subjugué par son aura précoce. « Pau avait déjà beaucoup de caractère, assure Carles Salo. Il dirigeait ses petits camarades, il n’hésitait pas à crier, alors que normalemen­t, les enfants parlent peu à cet âge-là. Il était très compétiteu­r, contrairem­ent aux autres enfants. »

L’actuel gardien de l’OM (26 ans) a pourtant délaissé le but durant quelques mois alors qu’il venait de souffler sa dixième bougie, mais le dirigeant de Sant Gregori ne s’en offusque pas : « À ce moment-là, personne n’aurait parié qu’il finirait profession­nel. Il ne savait pas vraiment ce qu’il avait envie de faire. Il a joué un peu dans le champ, puis il s’est essayé au basket, mais ça n’a pas duré. Il a fini par revenir au football. »

“Il savait se sublimer dans les moments difficiles. C’est ce qui faisait sa force.

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Et quand il y avait le feu, il gardait son calme

THOMAS N’KONO, ENTRAÎNEUR DES GARDIENS DE L’ESPANYOL

L’année suivante, Pau Lopez a en effet intégré le centre de formation du Gérone FC, où il a commencé à faire parler de lui en Catalogne. «Sa plus grande qualité, c’était sa personnali­té, estime Jordi Balcells, qui l’a dirigé en 2006-2007 avec les “infantiles” (moins de 13 ans). Sur sa ligne, il était très bon, très rapide, intuitif, assez grand. Il sentait le jeu.» Rapidement à l’étroit dans le club de Gérone, le jeune gardien a filé à l’Espanyol Barcelone à 12 ans, où il n’a pas tardé à s’imposer saison après saison, une fois de plus grâce à son attitude exemplaire. « On sent que sa famille lui a inculqué de bonnes valeurs, juge Omar Harrak, son formateur en deuxième année de “juveniles” (moins de 17 ans). C’était un luxe d’avoir un élève comme lui. Il avait un bon comporteme­nt, du leadership, le sens de l’anticipati­on et une bonne vision du jeu, malgré sa jeunesse. »

Figure de l’Espanyol, où il a évolué de 1982 à 1991, et responsabl­e des gardiens depuis 2009, Thomas N’Kono a lui aussi été immédiatem­ent séduit par son tempéramen­t. « Son talent et la tranquilli­té qu’il affichait en toutes circonstan­ces m’ont impression­né, lâche le Camerounai­s. Il savait se sublimer dans les moments difficiles. C’est ce qui faisait sa force. Et quand il y avait le feu, il gardait son calme. Je me souviens notamment d’un derby au Camp Nou, où ça avait été très chaud pour lui… »

En mai2016, le gardien catalan avait eu droit à une bronca des supporters du Barça à chacune de ses interventi­ons, quatre mois après avoir marché sur le tibia de LionelMess­ilorsd’unautreder­byenCouped­u Roi et après un nouvel accrochage en début de rencontre avec Luis Suarez.

“Il savait qu’il allait énormément ,, apprendre là-bas. Il a beaucoup évolué en Angleterre

JAVI LOPEZ, SON ANCIEN COÉQUIPIER À L’ESPANYOL, SUR SON PRÊT À TOTTENHAM EN 2016-2017

Alors qu’il venait de s’imposer comme titulaire à 21 ans, Pau Lopez a décidé, contre toute attente, de rallier Tottenham en prêt à l’été 2016. Barré par Hugo Lloris, il n’a pas disputé la moindre minute sous la direction de Mauricio Pochettino. «Même s’ils se connaissai­ent (l’Argentin a entraîné l’Espanyol de 2009 à 2012), Pau se doutait qu’il ne serait ni son premier ni son second choix, mais il savait qu’il allait énormément apprendre là-bas, indique son ancien coéquipier de l’Espanyol Javi Lopez. Il a beaucoup évolué en Angleterre. » De l’avis de tous, l’internatio­nal espagnol (2 sélections) n’a pas perdu son temps lors de son passage chez les Spurs, où il a tout de même disputé 7 matches en Championna­t des moins de 23 ans. « Quand il est revenu d’Angleterre, il s’était étoffé à tous les niveaux » , avait constaté Omar Harrak, qui a alors tenté de le convaincre de revenir à Gérone, sans succès.

N’Kono considère également que l’expérience britanniqu­e de son ancien protégé s’est avérée concluante, malgré sa saison blanche. « C’était la première fois qu’il partait à l’étranger et ça lui a servi pour la suite de sa carrière, il a gagné en maturité, analyse celui qui a été désigné Ballon d’Or africain en1979 et1982. Parfois, quand on est jeune, on a envie de partir, d’aller apprendre ailleurs, et il fallait lui laisser cette opportunit­é. Cela l’a aidé à s’adapter à l’AS Rome ( 2019-2021) ou à Marseille, malgré la barrière de la langue et d’autres méthodes d’entraîneme­nt. »

Le Camerounai­s n’a qu’un seul regret : «C’estdommage­qu’ilsoitpart­iauBetisap­rès seulementd­euxsaisons­complètesa­vecnous (2015-2016 et 2017-2018). Nous l’avons formé et d’autres en ont profité… Un an après, leBetisl’avendupour­20ou25M€( 23,5M€) à l’AS Rome, alors qu’il était parti libre de chez nous. C’est comme ça, c’est le foot business... »

Comme lors de ses passages à Séville et à Rome, Pau Lopez maintient une routine raisonnabl­e à Marseille. « Il gère très bien sa carrière au-delà du terrain, glisse Marcel Santalo. Il reste focalisé sur le foot et, en dehors de ça, il est très famille, il n’a pas un rythmedevi­eexubérant.Sonsuccèsn­el’apas perturbé, ses amis sont toujours ses amis, il donne sa priorité aux gens qui l’entourent. Il se considère privilégié de faire ce qu’il aime. »

Si son ami d’enfance dit avoir été impression­né par « l’ambiance de folie du Vélodrome » , Pau Lopez, lui, s’y sent dans son élément. « Il m’a dit que la passion et le soutien que le public marseillai­s transmet à l’équipe les aident énormément » , confie Santalo, qui s’est rendu à Marseille pour le voir se mesurer à Galatasara­y, au PSG ou encoreàlaL­azio.Legenredeg­randrendez­vous que le Catalan adore, surtout quand la températur­e monte d’un cran. Il devrait être servi ce soir, au Groupama Stadium, pour son premier « Olympico ».

 ?? ?? Lionel Messi s’en prend à Pau Lopez, qui vient de lui marcher sur un tibia lors du derby Barça-Espanyol (4-1, le 6 janvier 2016), en huitièmes de finale de la Coupe du Roi.
Lionel Messi s’en prend à Pau Lopez, qui vient de lui marcher sur un tibia lors du derby Barça-Espanyol (4-1, le 6 janvier 2016), en huitièmes de finale de la Coupe du Roi.
 ?? ?? Pau Lopez avant la défaite de l’OM à Lille (0-2), le 3 octobre.
Pau Lopez avant la défaite de l’OM à Lille (0-2), le 3 octobre.
 ?? ?? Pau Lopez (à gauche) à l’âge de 6 ans sous le maillot de Sant Gregori, avec son ami d'enfance Marcel Santalo (à droite).
Pau Lopez (à gauche) à l’âge de 6 ans sous le maillot de Sant Gregori, avec son ami d'enfance Marcel Santalo (à droite).
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 ?? ?? Le gardien (à droite) avec Omar Harrak à l’issue de la Coupe d'Espagne « juvenil » en 2013.
Le gardien (à droite) avec Omar Harrak à l’issue de la Coupe d'Espagne « juvenil » en 2013.

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