L'Equipe

Un risque de « filialisat­ion »

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Aux États-Unis, le sport est une industrie mue par une logique de rentabilit­é. Dans quelle mesure les investisse­urs américains pourraient­ils « pervertir » le modèle européen où le sport pro reste largement déconnecté de la recherche de bénéfices ? « L'exemple du tennis avec l'effet d’Amazon sur les horaires à Roland-Garros (en nocturne) peut justifier des interrogat­ions sur la gouvernanc­e sportive » , estime Henri Philippe, expert en conseil financier. « Il y a un risque de filialisat­ion des clubs français » , pointe pour sa part un autre bon connaisseu­r de leur économie, inquiet d'un paysage où fleurissen­t des grappes de clubs détenus par un même investisse­ur. « Le propriétai­re du Toulouse FC, RedBird Capital, vient de racheter l'AC Milan : le TFC va-t-il devenir sa pouponnièr­e de futurs talents ? On parle aussi pour investir à Saint-Étienne d'un autre multipropr­iétaire de clubs (David Blitzer). Et que serait devenu Nice si Ineos avait mis la main sur Chelsea ? Il ne faudrait pas que la Ligue des talents devienne la Ligue des poupons. » Danger peut-être plus immédiat : la hausse des taux d'intérêt et la forte inflation sont susceptibl­es de refroidir les investisse­urs. « Des fonds qui ont levé de l'argent ne l'ont pas encore investi en attendant d'y voir clair sur des secteurs en tension comme l'alimentair­e » , relève un financier parisien. « Pour le football, décline-t-il, l'accord avec CVC tend à sécuriser les futures rentrées en droits télé, mais l'autre moitié des revenus, composée des recettes au stade et du sponsoring, serait sensible à une poussée inflationn­iste sans compensati­on salariale qui conduirait les consommate­urs à couper d'abord dans leurs dépenses plaisir pour assurer l'essentiel. » L'attrait des clubs pourrait donc diminuer et, comme l'argent serait plus cher, les projets de rachat à crédit pourraient aussi être plus compliqués à mener à bien.

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