L'Equipe

Pas encore dans la bonne direction

Pointée du doigt pour sa gestion du départ à Monaco et ses manques de régularité, la direction de course à deux têtes ne satisfait pas vraiment les pilotes.

- MAXIME MALET

BAKOU – Il fallait voir Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Fernando Alonso se refiler la patate chaude en conférence de presse pendant près d’une minute, vendredi. À la question de savoir quel était leur degré de confiance dans la FIA, depuis son président jusqu’aux directeurs et commissair­es de courses, aucun de ces champions du monde n’a voulu s’exprimer le premier. Preuve que le sujet est sensible, encore plus depuis la course de Monaco où les critiques ont été nombreuses sur la gestion, prudente jusqu’à l’excès, du départ pluvieux. Il y a eu aussi la confusion autour de la sortie des stands (et la possibilit­é de mordre ou pas la ligne séparant la sortie de la piste elle-même), née d’un copier-coller fautif de la direction de course depuis un document de l’an dernier (où il était interdit de mordre la ligne) alors que la règle a été amendée à l’intersaiso­n (autorisant la pratique). Mais les interrogat­ions ne sont pas nées en Principaut­é. La tendance à sortir le drapeau rouge (dont une séance de qualificat­ion record avec 5 à Imola) ou la voiture de sécurité, au moindre problème, a interpellé.

« Fernando ( Alonso) est le pilote le plus expériment­é de nous tous ici » , a tranché Hamilton, obligeant l’Espagnol à se lancer. Après avoir clamé sa confiance totale envers le président, Mohamed Ben Sulayem, le pilote Alpine a reconnu au niveau sportif: « On a vu des choses manquant de cohérence, de régularité sur le début de saison. Il y a de la place pour progresser, c’est sûr.»

À l’image d’Alonso, moins accusateur que lors de récentes sorties (comme à Miami [*]), le ton côté pilotes était plutôt mesuré. Et il était intéressan­t de constater que le plus critique à Bakou, Yuki Tsunoda, est un pilote comptant déjà quatre réprimande­s et risquant une pénalité de dix places sur la grille à la prochaine. Les autres reconnaiss­ent des problèmes et soulignent le manque de constance dans les décisions prises, ce qui rend les choses plus difficiles au volant par moments. Mais ils sont aussi conscients de la nature particuliè­re de la situation actuelle, née du final controvers­é à Abu Dhabi, avec le débarqueme­nt de Michael Masi, en place depuis 2019, et l’installati­on d’une doublette en alternance (Niels Wittich, venu du DTM et en fonction à Bakou, et Eduardo Freitas, qui se partage avec le WEC).

“Il faut gérer des décisions qu’on comprend, d’autres qu’on ne comprend pas. C’est la nature du sport, ce n’est pas tout noir ou tout blanc

SEBASTIAN VETTEL

Ce roulement, souhaité par le président de la FIA, est d’ailleurs le regret le plus partagé du paddock, qui aimerait n’avoir qu’un seul décideur et interlocut­eur en la matière. « Un, ce serait mieux, a appuyé Valtteri Bottas, pour avoir la même personne à chaque Grand Prix pour décider et discuter. Quelqu’un qui aura été à toutes les courses et aura pu engranger tout le feedback, qui sait aussi ce que vous pensez ( en tant que pilote). »

Mais ce reproche n’est pas unanime. « Elle est différente de la saison passée mais Eduardo et Niels ont à peu près la même façon de travailler » , estime Esteban Ocon, qui ne se joint pas au concert de critiques à propos de Monaco: «Dès qu’il y a eu trop d’eau, la course a été arrêtée et j’ai trouvé ça très bien pour la sécurité. Ils sont vraiment impliqués à ce niveau.»

Ayant couru dans une grande variété de Championna­ts en 2021 (Indycar, IMSA, WEC) avant de faire son retour en Formule 1 cette année, Kevin Magnussen confirme aussi qu’il est difficile de se défaire des habitudes acquises dans d’autres types de course. Une remarque valable pour les pilotes comme les directeurs de course. « Actuelleme­nt, ils sont en train de prendre leurs marques, ça prend du temps » , ajoute le Danois. « Tout est question de collaborat­ion. Le boulot a été fait jusque-là et on peut progresser, on est en train de travailler avec la FIA » , a promis Hamilton. « Parfois, il faut gérer des décisions qu’on comprend, d’autres qu’on ne comprend pas. C’est la nature du sport, ce n’est pas tout noir ou tout blanc» , a philosophé Vettel qui, en 2016 via la radio, n’avait pas hésité à dire au regretté Charlie Whiting (disparu en 2019) d’aller se faire foutre car il n’avait pas apprécié l’absence de sanction contre une manoeuvre de Max Verstappen (puni a posteriori). Preuve que même avec des décennies d’expérience et le respect du paddock, un directeur de course, par la nature même de sa fonction, suscitera toujours son lot de critiques et de polémiques. É

(*) Sanctionné après la course d’une pénalité de 5 secondes pour un virage coupé, l’Espagnol avait évoqué «l’incompéten­ce et le manque de profession­alisme» des commissair­es.

 ?? ?? Pour les pilotes, l’alternance à la direction de course entre le Portugais Eduardo Freitas et l’Allemand Niels Wittich n’est pas forcément la meilleure des solutions.
Pour les pilotes, l’alternance à la direction de course entre le Portugais Eduardo Freitas et l’Allemand Niels Wittich n’est pas forcément la meilleure des solutions.

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