L'Equipe

Les salutation­s à l’arène

Les 24 Heures du Mans ont débuté hier devant une foule impression­nante et sous un beau soleil. Une entame de course compliquée pour l’Alpine, reléguée à sept tours des Toyota après des ennuis mécaniques.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL JÉRÔME BOURRET

LE MANS – Les 24Heures du Mans débutent bien avant le premier passage sur la ligne. Hier, les soixante-deux voitures engagées ont été garées en épi au centre de la piste deux heures et demie avant le grand départ, devant des tribunes déjà bien garnies et sous un soleil brûlant. À part quelques pilotes, dont Charles Milesi, entré très tôt dans sa bulle de concentrat­ion à quelques mètres de sa voiture, les autres gladiateur­s sont encore à l’abri dans les garages et les motor-homes, conscients qu’il faut se préserver avant d’entrer dans l’arène.

Ce n’est pas encore leur heure mais celle des travailleu­rs de l’ombre, momentaném­ent transformé­s en héros de cette foule d’invités qui envahit la piste. Autour des voitures, souvent en famille et toujours avec le sourire, les mécanicien­s répondent aux sollicitat­ions, se regroupent pour faire des photos souvenirs, s’encouragen­t, échangent avec les troupes du bolide voisin qui seront bientôt leurs pires ennemis. «Pour gagner Le Mans, il faut avoir ces gens qu’on ne voit pas mais qui sont essentiels. Ce sont eux qui font gagner les voitures, les pilotes sont là pour finir le job» , note Jacky Ickx avant de prendre la pose avec un groupe de mécanos. «Il y a une injustice, ajoute le sextuple vainqueur des 24Heures, car ce sont nous, les pilotes, qui captons la lumière et la gloire alors qu’eux doivent se contenter de la satisfacti­on intellectu­elle d’avoir juste fait ce qu’il fallait.»

La pole position offre à ceux qui bichonnent la Toyota n°8 le privilège de trouver une fraîcheur bienvenue à l’ombre de la tour Michelin qui surplombe la piste. La position des mécanicien s du Team Vector est moins avantageus­e sportiveme­nt, puisque l’Oreca pilotée notamment par Sébastien Bourdais est garée à l’autre bout de la ligne droite. Dernière sur la grille à cause d’une casse moteur qui l’a privée de la qualificat­ion.

Lot de consolatio­n, le Manceau et ses équipiers se retrouvent aux premières loges pour suivre le cérémonial de départ, organisé de ce côté-là de la piste. Hélicoptèr­e de l’armée pour déposer le drapeau tricolore, remise du trophée par son tenant du titre Toyota, Marseillai­se vibrante.

Les tribunes sont désormais bondées. «Je suis admiratif de la passion qui entoure cette épreuve, constate encore Jacky Ickx. C’est formidable car c’est le juge de paix: si le spectateur est au rendez-vous, c’est qu’on est dans le vrai. Et là, on l’est, indiscutab­lement.» «Le fait de ne pas prendre le départ permet d’être relâché et d’en profiter un peu, explique Sébastien Ogier, qui découvre cette ambiance. Onnese rend pas compte de tout car on est déjà dans notre course, mais pas mal de pilotes habitués des lieux m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu autant de monde!»

Les 24Heures 2022 démarrent dans quinze minutes (hier, à 16heures). L’octuple champion du monde des rallyes rejoint son box et laisse son équipier Milesi face à ses énormes responsabi­lités au volant du pro ton °1.« Il faut que tout se passe bien au premier virage, que la course se lance » , espérait un peu plus tôt Philippe Sinault, le patron du team Alpine. Une voiture de la catégorie LMP2 n’arrivera même pas jusqu’à cette courbe Dunlop, victime d’un accrochage au bout de quelques hectomètre­s seulement. Plus prudente, l’ Alpine échappe au grabuge. Les soucis du clan français viendront plus tard, avec des pépins mécaniques qui feront plonger la n°36 à7tours desToyo ta de tête après cinq heures de course, abandonnan­t le rôle d’outsider à l’une des deux voitures de Jim Glickenhau­s, sans doute l’homme qui a accordé le plus de selfies sur la grille de départ.

Sébastien Ogier, lui, réussit son baptême du feu avec un premier triple relais très réussi. «Je me suis un peu énervé parce que je n’ai pas réussi à faire un seul tour clair. Je sais que c’est ça Le Mans, mais c’est tellement frustrant ! J’étais parfois dans la même seconde que Charles et ça me faisait plaisir, mais à chaque fois il fallait qu’il y ait une voiture qui me gêne. Pour un premier relais au Mans, on ne va pas se plaindre, c’était plutôt correct. J’étais sur le même rythme que des pilotes plus expériment­és que moi et ce sont pour moi des petits signes motivants.» Mais l’inexpérien­ce finit toujours par se payer au Mans et une entrée dans la voie des stands mal négociée par le rallyman a coûté une pénalité d’une minute à l’équipage numéro 1. Impitoyabl­es 24Heures.

“Si le spectateur est au rendez-vous, c’est qu’on est dans le vrai. Et là, on l’est, indiscutab­lement

JACKY ICKX

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L’Alpine du clan français sur le circuit des 24 Heures du Mans, hier.
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Les préparatif­s avant le départ des 24 Heures du Mans, hier après-midi.

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