L'Equipe

À la poursuite du plaisir

Thibaut Pinot dispute le Tour de Suisse pour fignoler les derniers réglages avant ses retrouvail­les avec le Tour de France.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL PIERRE CALLEWAERT

KÜSNACHT (SUI) – Une photo du célèbre docteur Carl Gustav Jung sur son vélo pourrait laisser penser que c’est en pédalant sur les rives du lac de Zurich – et de son inconscien­t – qu’il élabora ses fameuses théories psychanaly­tiques. C’est en tout cas de chez lui, à Küsnacht, que démarre aujourd’hui le Tour de Suisse, qui lancera le peloton dans un périple de huit étapes hérissées d’ascensions ardues cumulant plus de 20 000 m de dénivelé. On verra comment des estomacs aussi cuirassés que ceux de Remco

Evenepoel, Thomas Pidcock, Aleksandr Vlasov ou Benoît Cosnefroy digéreront ces gourmandis­es locales.

Ils fileront ensuite vers le Jura puis sauteront de lacs en sommets jusque dans le Tessin avant l’étape-reine de vendredi qui, sur 180km, de Locarno à la station de Moosalp, en passant par le col du Nufenen à 2500 m d’altitude, proposera plus de 4 000 mètres de dénivelé positif. Le Tour de Suisse s’exportera enfin au Liechtenst­ein pour un contre-la-montre tout plat de 26 km dans la capitale, Vaduz, qui fait saliver le champion d’Europe suisse du chrono, Stefan Küng.

« Ce qui me fait vivre, ce sont les émotions », confiait récemment son équipier de Groupama-FDJ Thibaut Pinot, qui aura tout loisir cette semaine d’embrasser son projet. « Faire 6e du Tour ou 8e de la Vuelta, expliquait-il sur France Télévision­s, ça ne m’intéresse plus parce que je ne prends pas de plaisir. » Ce plaisir, dont la poursuite consiste souvent, pour le mammifère cycliste, à gagner des courses dans d’atroces souffrance­s, le Franc-Comtois l’a retrouvé fin avril au Tour des Alpes, en s’imposant dans la dernière étape, sous la pluie et dans le froid. À 32 ans, il tournait alors de rage une « page de merde » depuis sa chute à Nice lors du Tour 2020, qui l’avait fait dégringole­r de galères en douleursau­dos.

Pas de stage en altitude avant le Tour

À vingt jours du Grand Départ du Tour de France à Copenhague, le 1er juillet, Pinot et son frère et entraîneur, Julien, sont en phase de réglage précis. Julien Pinot: « Le Tour de Suisse est l’épreuve idéale pour parfaire la condition physique à l’ approche du Tour de Fr an ce.Thiba ut s’est soumis à un gros bloc de travail de février à fin avril jusqu’au Tour de Romandie (13e). Ensuite, il n’a pas opté pour un stage long en montagne, dont les effets ne sont pas probants sur son organisme. On a donc travaillé dix jours, avec de nombreux cols à plus de 2000 m, en incluant la Mercan’Tour Classic quasiment comme journée d’ entraîneme­nt .»

Pinot n'a donc disputé qu'une seule course depuis le Tour de Romandie, achevé par un contre-lamontre en côte (6e) qui l’a laissé avec plus de bonnes impression­s que de mauvaises questions sur sa forme. En passant, il a aussi voulu dompter cette saison ce qui lui restait d’appréhensi­on de la chute. Il se présentait ainsi au Circuit de la Sarthe en avril en se disant : « J’espère qu’il pleuvra un peu» , comme désireux de mieux se confronter à ses démons. Deux gamelles ont ralenti ses progrès.

Que vient-il chercher en Suisse? « Des repères, explique son frère, comme sur les dernières étapes, en montagne, qui demanderon­t plus d’intensité. » Julien Pinot travaille aussi avec Thibaut sur les relations complexes et étroites entre le cerveau et le muscle : « La notion de plaisir doit être intégrée à l’entraîneme­nt. La même charge de travail ne procure pas les mêmes effets avec ou sans les bonnes sensations. »

Sa victoire au Tour des Alpes ne gonfle pas sa motivation : « Il l’a toujours eue, pour revenir à son meilleur niveau. La victoire a plutôt eu pour effet de lui redonner un surcroît de confiance en lui. On l’a senti dès mars à Tirreno-Adriatico (8e). À part Tadej Pogacar, il tenait les autres et terminait des étapes sans sensation de souffrance. Pour la confiance, rien ne vaut le fait de faire mal à ses adversaire­s. » Un pur plaisir.

 ?? ?? À trois semaines du Tour de France, le grimpeur de Groupama-FDJ Thibaut Pinot cherchera à affiner sa condition physique en Suisse.
À trois semaines du Tour de France, le grimpeur de Groupama-FDJ Thibaut Pinot cherchera à affiner sa condition physique en Suisse.

Newspapers in French

Newspapers from France