L'Equipe

Virée polaire avant l’été

À cinq mois de la Route du Rhum, vingt-cinq solitaires s’engagent dans une froide et délicate balade islandaise. Départ aujourd’hui à 17 heures aux Sables-d’Olonne.

- PASCAL SIDOINE

Beaucoup en parlent comme d’un mini Vendée Globe tant les conditions attendues sur la Vendée Arctique, qui s’élance aujourd’hui à 17 heures des Sables-d’Olonne, pourraient être variées et exigeantes. À quelques jours de l’été, les vingt-cinq solitaires engagés vont mettre le cap plein nord, vers l’Islande, qu’ils contourner­ont par l’est si la météo le permet, au niveau du cercle polaire. Jamais la flotte des

Imoca, habituée des mers du Sud, ne s’est aventurée aussi loin dans ces contrées qui demeurent froides et délicates, même en cette période de l’année. En 2020, lors de la première édition remportée par Jérémie Beyou ( Charal) devant Charlie Dalin ( Apivia) et Thomas Ruyant ( LinkedOut), le parcours avait dû être raccourci, les concurrent­s ayant viré un point situé dans le sud-ouest de l’Islande.

Quatre skippeurs font figure de favoris de cette Vendée Arctique, première des cinq courses qualificat­ives pour le Vendée Globe 2024 : Charlie Dalin ( Apivia), vainqueur mi-mai de la Bermudes 1000 Race, Thomas Ruyant ( LinkedOut), lauréat de la dernière Transat Jacques-Vabre, Jérémie Beyou ( Charal) et Louis Burton, à la barre de Bureau- Vallée 2, l’exOccitane d’Armel Tripon. Chacun d’entre eux nous livre sa vision de ce parcours de 3 500 milles (6482 km) qui peut se révéler piégeux et usant.

“Si on fait le parcours donné, ça va être copieux et engagé ''

THOMAS RUYANT

«Ça fait plaisir d’aller découvrir l’Islande, il y aura le côté magique des jours sans fin, raconte Dalin. Le froid ne sera en revanche pas le plus sympa. Si on a du vent de nord là-bas, on peut avoir de la neige, la températur­e peut tomber à 2°C. Si on a de la chance, il fera 8 °C, avec de l’eau à 5-6 °C. Je pars avec le matos grand froid à bord, le même équipement que dans le Grand Sud! Pour le reste, ça va être assez sport. On a quasiment 500 milles de côtier, avec des effets de sites, des courants, des pêcheurs, des îlots et pas mal de vie marine, notamment des cachalots. »

Pour Thomas Ruyant, pas de doute, il y a tous les ingrédient­s pour rendre la course difficile et incertaine. « Si on fait le parcours donné, ça va être copieux et engagé, avec des trajectoir­es sudnord puis nord-sud et des systèmes météo qui vont nous passer dessus. Ce qui veut dire beaucoup de manoeuvres, de changement­s de voile, de regroupeme­nts. Mentalemen­t, il faudra tenir le coup, observe-t-il. On sait que si on est devant, ça peut revenir par l’arrière, et inversemen­t. Sur le Rhum, il y a quatre-cinq jours délicats puis tu enchaînes avec les alizés. Là, ça va être très varié. »

« Dans la tête, on se prépare à une régate intense avec pas mal de dangers sur la route, confirme Jérémie Beyou, dont c’est la dernière course à bord de Charal (mise à l’eau de Charal 2 prévue fin juin). Dans la partie nord-ouest de l’Islande, tu es quand même proche de Terre-Neuve, il peut y avoir des dépression­s en formation assez virulentes. Toute la partie côtière du tour de l’île ne sera pas simple avec nos bateaux de 18 mètres. Il y a une certaine curiosité à aller dans ces zones, ça amène à la fois une petite dose de stress et d’excitation. On peut aussi être amené à raser la zone d’exclusion des glaces en fonction de la météo. »

«Audacieux» est le mot choisi par Louis Burton pour évoquer le tracé de la Vendée Arctique. « C’est assez extrême, même si c’est la bonne période pour y aller, estime-t-il. Quand tu as tourné le nord de l’Islande et que tu te retrouves à redescendr­e au large du Groenland, c’est assez froid et engagé. Une fois le contournem­ent terminé, ce sera plein gaz vers les Sables. Mais attention aussi à la grimpette du départ. La montée vers le nord peut être compliquée, avec des passages de fronts derrière lesquels on va naviguer au près (face au vent). Il faudra être prudents et raisonnabl­es.»

Les premiers devaient mettre entre dix et douze jours pour boucler les 3500 milles, l’équivalent en distance de la Route du Rhum, dont le départ sera donné le 6novembre à Saint-Malo.

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 ?? ?? Parmi les favoris de la Vendée Arctique 2022 : Charlie Dalin sur « Apivia », vainqueur mi-mai de la Bermudes 1000 Race et deuxième du Vendée Globe 2021.
Parmi les favoris de la Vendée Arctique 2022 : Charlie Dalin sur « Apivia », vainqueur mi-mai de la Bermudes 1000 Race et deuxième du Vendée Globe 2021.

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