L'Equipe

«Une petite équipe opérationn­elle»

Avant la 90e édition du rendez-vous manceau, Éric Hélary, lauréat des 24 Heures en 1993 avec la 905, et Loïc Duval, membre du programme 9X8, ont discuté du passé et du futur de Peugeot Sport, qui compte bien regagner dans la Sarthe avec son Hypercar.

- FABRICE BOSSET

“On était la troisième voiture, celle des petits jeunes.

On a conduit exactement comme on nous l’avait demandé : éviter les vibreurs, le surrégime, ne pas bloquer les roues... VI'CTO'IRE ÉRIC HÉLARY, SUR SA AU MANS EN 1993

DENOTREENV­OYÉSPÉCIAL

LE MANS – Peugeot, trois fois titré au Mans (1992 et 1993 avec la 905, 2009 avec la 908), reviendra dans la Sarthe en 2023 avec son Hypercar 9X8 et l’ambition de soulever à nouveau le trophée du vainqueur. Avant la 90e édition, L’Équipe a réuni Éric Hélary (55ans), qui était de l’aventure 905, et Loïc Duval (40 ans), membre du programme 9X8, pour évoquer Peugeot Sport et l’ héritage du Lion au M ans.

«Éric, comment a débuté votre aventure avecPeugeo­t?

ÉricHélary:

J’ étais en Formule 3000 et mon écurie a disparu du jour au lendemain. Je me suis alors demandé ce que j’ allais faire car la compétitio­n coût ait déjà un peu d’ argent à l’ époque( sourire ). Etpuisilya­vait deux places en Spider 905, qui cour aient pour les concession­naires Peugeot. Ça m’ a permis de rebondir, de devenir profession­nel et de faire Le M ans.

(Christophe) B ou chut et moi, on était indissocia­bles, on a gagné quasiment tous les Championna­ts de cette catégorie. JeanPierre Nicolas( directeur du départemen­t compétitio­n clients de PeugeotTal­botS port) et JeanTodt(di recteur de Peugeot Talbot

Sport) nous ont remarqués grâce à nos résultats, et on a fait des essais pour la 905.

Que représenta­it Peugeotpou­rvo us à l’ époque, un constructe­ur qui était novice en Endurance? É.H.:

C’ est le premier constructe­ur pour lequel j’ ai signé, donc c’ était un grand moment.Tod tétait quelqu’ un de très méticuleux et, avant de m’ engager pour Le M ans, j’ ai dû faire mes preuves à chaque séance d’ essais. Après trois simulation­s, on a validé le test de 24 heures sans casser la voiture, et il m’ a engagé. C’ était un grand jour: rejoindre un constructe­ur français, faire Le M ans avec de grandes chances de gagner, puisquec’ était PeugeotouT­oyo ta à l’ époque, c’ était le jack pot!

Loïc, vous faites le lien avec cette histoire puisque vous avez roulé dans la908HDi, en 2010 et 2011, avec le Te amOreca, avant l’ arrêt du programme Endurance dePeugeot…

LoïcDuval:

C’ était la suite de ma carrière au Japon où je roulais en monoplace et Super G T. Mes premières courses d’ Endurance ont eu lieu là-bas, et je suis tombé amoureux de cet univers. En étant français, je cherchais à faire les 24 Heures du M ans. Cette opportunit­é avec Oreca s’ est présentée, une première fois en 2008

(dans une Courage ), puis en 2010. Ils avaient alors deux voitures, une Oreca et la Peugeot. Quand Hugues de C ha un ac

(pat rond’ Oreca)m’ annonce que je vais piloter la Peugeot, je me rends compte que je vais aller au M ans, dans une voiture qui peut gagner. J’ avais les larmes aux yeux… On a malheureus­ement connu une énorme déception en 2010 quand tous les moteur sont cassé. On était la dernière Peugeotenc­ourse( avecOlivie­rPanis

et Nicolas La pierre ), à la deuxième place, quand le podium nous a échappé. Mais mes premières amours del’ Endurance, je les ai connues avec Peugeot.

Éric, la première fois que vous avez vu la905,àquoiavez-vous? Était-ce une voiture facile à piloter?

É.H: Je n’ en ai pensé que du bien. Elle a été créée en 1990 par André de C or tanze (directeur technique chez Peugeot Sport

de1984à199­2), qu’ il ne faut pas oublier de nommer parceque c’ était un grand monsieur. Je trouve qu’ elle n’ a pas pris une ride: elle est petite, racée, jolie, elle fait un bruit magique. Un V 10 au M ans, c’ est incroyable. C’ est un son qui restera gravé dans ma mémoire. Elle avait une coque carbone. Au volant, c’ était facile parce qu’ elle avait un châssis exceptionn­el, beaucoup d’ appuis. Et elle était très équilibrée. Mais, physiqueme­nt, c’ était très dur. Et il fallait respecter ces voitures. Tu loup ais une vitesse, c’ était sur régime et abandon. Tu relâchais l’ embrayage un peu trop vite, c’ était sur régime et abandon…

Quels souvenirs gardez-vous de votre succès au M ans avec la 905 en 1993, pour votre première participat­ion à la course? É.H.:

On était la troisième voiture, celle des petits jeunes( avec le B rit an niqueGe off

Br ab ha met Christophe B ou chut ). Personne ne croyait en nous. Maison a conduit exactement comme on nous l’ avait demandé: éviter les vibreurs, le sur régime, ne pas bloquer les roues. Lors des briefings de l’ équipe, on avait écouté. Ceux qui étaient là depuis des années, des anciens pilotes deF1,ilsn’ avaient pas écouté ... LesToyo ta ont eu des problèmes et pour nous tout s’ est bien passé. On a juste eu un problème de batterie dans la nuit. Les autre sont cassé des échappemen­ts à force de passer sur les vibreurs, il sont eu des sorties de piste. Notre victoire s’ est construite doucement, et on a su l’ apprécier. Ce succès a changé ma vie. Je me disque je n’ ai pas fait toute cette carrière pour rien, j’aigagnéLeM­ans.

Loïc, est-ce que c’ est important pour vous de vous inscrire dans cet héritage Peugeot Sport, après ces succès dans les années 90 et 2000, et de représente­r le nouvel espoir de la marque?

L.D.: L’ opportunit­é de revenir au M ans dans la catégorie reine, c’ est magique. Pour être honnête, j’ ai eu du ma là digérer l’ arrêt du programme Audi( avecquiila remporté les 24 Heures en 2013). J’aime Le Man set j’ aime y participer. Donc pouvoir y revenir, avec Peugeot, un constructe­ur français où je retrouve des gens que j’ ai connus lors de mon premier passage… Ça coche toutes les cas es!

“Le feeling derrière le volant, c’est vraiment un proto du Mans ! J’ai retrouvé les mêmes sensations. Je n’ai pas eu l’impression de rouler dans une GT un peu plus puissante

DUVA'LÀ'PROPOS

LOÏC DE LA 9X8 Parlons maintenant de la 9 X 8, qui doit reprendre le flambeau de Peugeot en Endurance. Quelle a été votre réaction à tous les deux quand vous l’ avez vue pour la première fois? É.H.: Franchemen­t, j’ ai craqué! Elle est tellement belle. Son design, ses couleurs… En fait, je pensais que c’ était juste un show car et que la voiture de course serait différente, mais non. Il sont eu un super coup de crayon. Évidemment, je me suis demandé, comme tout le monde, pourquoi il n’ y avait pas d’ aileron arrière. Mais visiblemen­t, le règlement actuelle permet. L.D.: Quand on l’ a découverte en avantpremi­ère, elle était bâchée. On se demandait où était l’ avant, où était l’ arrière (sourire ). Quand on l’ a enfin vue, on a tous eu un coup decoeur. Ça correspond à cette nouvelle génération de voitures, lesHyperca­rs.C’ est une propositio­n fondamenta­le ment différente. Je fais 100% confiance aux équipes techniques et, s’ il sont fait ce choix-là( l’ absence d’ aileron ), c’ est qu’ ils savent qu’ ils peuvent le faire sans rogner la performanc­e. Et puis elle est belle, elle a de la gueule! Une fois à son volant, qu’avez-vousressen­ti?

L.D.: Je me disais, le premier qui va arriver dans Signes, au Castel let( un virage à droite très rapide ), comment il va faire sans l’ aileron ... J’ ai beaucoup de références en LMP 1 assez récentes, et une voiture un peu moins puissante, un peu plus lourde et avec beaucoup moins de charge sa éros, je me demandais vraiment comment ça allait se conduire. Mais je dois dire quelefeeli­ng derrière le volant, c’ est vraiment un proto du M ans. J’ ai retrouvé les mêmes sensations. Je n’ ai pas eu l’ impression de rouler dans uneGTunp eu plus puissante. Vous avez tous les deux piloté beaucoup de voitures, avec beaucoup de constructe­urs: est-ce que selon vous il y a une identité Peugeot Sport? Et comment la définiriez-vous? É.H.:Peugeo ta gagné partout où ils’ est engagé. Ce qui est assez incroyable. Petit bémol en F 1, où ça s’ est mal passé en tant quemotoris­te( 1994à2000). MaisleDaka­r, LeMans, PikesPeak,leWRC… C’estune petite équipe mais ils sont forts. Il y a un esprit de compétitio­n et de victoire assez exceptionn­el.

L.D.: C’ est une petite équipe opérationn­el le, avec le potentiel financier d’ un constructe­ur, même s’ il est moindre que ceux de P or sche ou Audi. Il y a suffisamme­nt de moyens, des équipes techniques très performant­es avec un vrai savoir-faire, comme des petits commandos. Il sont des capacités techniques très bonnes et sont aussi capables de réagir très vite. Je le ressens en com parais ond’ Audi,quié tait un gros mastodonte parfois difficile à faire bouger. Là c’ est une petite équipe, on est proche de tout le monde, donc les choses vont vite .»

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 ?? ?? Entre la Peugeot 905 n°3, lauréate des 24 Heures du Mans 1993, et l’Hypercar 9X8, qui disputera l’épreuve mancelle l’an prochain, trois décennies d’évolution technique.
Entre la Peugeot 905 n°3, lauréate des 24 Heures du Mans 1993, et l’Hypercar 9X8, qui disputera l’épreuve mancelle l’an prochain, trois décennies d’évolution technique.

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