L'Equipe

Deschamps face à l’équation défensive

À cinq mois de la Coupe du monde, le sélectionn­eur est revenu depuis deux matches à une défense à quatre. Moins rassurant vu les forces en présence, le système à cinq défenseurs et ses pistons a peut-être pris du plomb dans l’aile.

- FRANÇOIS VERDENET (avec V. D.) Vienne.

Dans la formule tricolore pour gagner une Coupe du monde, la défense reste l’élément principal. Didier Deschamps est bien placé pour le savoir. Le capitaine des Bleus a soulevé la Coupe du monde en 1998 grâce à une arrière-garde de fer. Le sélectionn­eur est allé chercher le deuxième titre en installant semblable solidité en 2018.

À chaque fois, cette défense intraitabl­e était articulée autour de quatre joueurs. « DD » n’a pas pour habitude de jouer aux apprentis sorciers mais de consolider les fondamenta­ux. En basculant dans un système à cinq défenseurs en septembre dernier, il a installé la mode des pistons. Ils ont eu du mal à coulisser au début face à la Bosnie-Herzégovin­e (1-1, le 1erseptemb­re) et en Ukraine (1-1, le 4) avant de trouver leur plein régime, surtout à gauche avec Theo Hernandez ( lire par ailleurs), avec la victoire en Ligue des nations où les Bleus ont quand même joué à se faire peur défensivem­ent.

C’est le secteur offensif, et surtoutled­uoBenzema-Mbappé,qui a sauvé les meubles. C’est pour mettre dans les meilleures conditions ses trois cadors de devant (avec Griezmann encore à son avantage en 2021) que le sélectionn­eur a opté pour le 3-4-2-1. La réalité de la haute compétitio­n l’a rattrapé contre le Danemark (1-2, le 3juin). «L’incroyable potentiel des Bleus a fait pencher le jeu vers l’avant, souligne Mecha Bazdarevic, l’ancien sélectionn­eur de la Bosnie qui était présent à Split. Cette force de frappe offensive est aussi symbolisée par ses pistons avec Coman et Theo Hernandez qui sont plus des attaquants que des défenseurs. A contrario, Pavard n’est pas non plus un vrai piston, comme Clauss n’est pas un vrai latéral droit. Ce système peut provoquer un déséquilib­re qu’il faut maîtriser. C’est pour ça que la ligne de quatre est plus rassurante face à des adversaire­s plus costauds.»

Contre la Croatie (1-1, lundi dernier) puis en Autriche (1-1, vendredi), Deschamps est revenu en arrière d’un an. La conjonctur­e l’a aussi poussé à faire ces choix. Raphaël Varane, même s’il n’est plus le même qu’au Real Madrid, reste la pierre angulaire de la défense, qu’elle soit d’ailleurs à trois ou à quatre. Le Mancunien s’est blessé en début de deuxième mitemps face aux Danois. Sa sortie et son remplaceme­nt par William Saliba ont désarticul­é les Bleus. Les réaménagem­ents tactiques sont aussi imposés par le choix des hommes que «DD» a à dispositio­n.

Au début de ce stage, Deschamps avait bien dans l’idée de travailler la défense à cinq. Sa structure de liste le démontrait également. «Je n’ai pas changé d’avis mais pris des options différente­s, a-t-il rappelé, hier. Par rapport au onze qui débute, je suis toujours dans l’idée de mettre les joueurs dans les meilleures dispositio­ns. Il n’est pas dit qu’on ait un seul système. On peut même en changer en cours de match. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas joué à trois lors de deux derniers matches qu’on va tout mettre à la poubelle! Bien sûr qu’il y a des systèmes différents. En compétitio­n, cela se dégagera à un moment ou à un autre. Ou pas. Mais c’est plutôt intéressan­t dans la mesure où on est moins prévisible­s pour l’adversaire.»

Ce dernier match de la saison face à la Croatie donnera quelques indices supplément­aires. «Mais tout ça reste la vérité du moment, souligne le technicien tricolore. Ce ne sera pas forcément celle de septembre ou de novembre. Le côté positif de tous ces changement­s, et même si je n’étais pas parti avec cette idée, c’est que la quasi-totalité des joueurs auront eu plus de temps de jeu. C’est une très bonne chose.» Mais aucune associatio­n ne se démarque.

«La solidité vient de l’expérience dans les grandes compétitio­ns et avec de “vrais” défenseurs qui défendent, note Bazdarevic. L’ADN des Bleus est à quatre derrière surtout dans les gros matches. Je pense que le plan A de Didier reste cette défense à quatre. Offensivem­ent, l’émergence de Nkunku – si

Griezmann reste moins bien – peut également le pousser vers ce retour. L’équilibre est général y compris avec le profil des deux milieux défensifs. Il ne faut pas raisonner seulement sur les trois, quatre ou cinq derrière. » La prestation en Autriche a eu l’air de plus rassurer DD que les deux précédente­s. Le 4-4-2 a apparemmen­t repris du poids. «C’est le système le plus rationnel » , a-t-il souligné à

“C’est plutôt intéressan­t dans la mesure où on est moins prévisible­s pour l’adversaire

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DIDIER DESCHAMPS, SÉLECTIONN­EUR DES BLEUS

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Presnel Kimpembe au duel aérien avec Luka Modric, lors du nul contre la Croatie (1-1, lundi dernier).

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