L'Equipe

À gauche doute

Les performanc­es défensives de Theo Hernandez lors de ce rassemblem­ent interrogen­t. Pas au point, encore, de relancer le débat en interne au poste de latéral gauche.

- VINCENT GARCIA

Il est arrivé à ce rassemblem­ent fort de son but et de ses quatre passes décisives en cinq sélections, des débuts tonitruant­s en bleu. Deux titularisa­tions plus tard, contre le Danemark (1-2, le 3juin) et l’Autriche (1-1, vendredi), Theo Hernandez a montré un autre visage, moins réjouissan­t: celui d’un joueur parfois peu concentré et trop tendre dans son rôle défensif.

Pas de quoi tout remettre en cause encore. Depuis ses premières convocatio­ns en septembre, il a accumulé pas mal de crédit auprès du staff, qui en a fait le numéro1 à ce poste. Mais le débat public, qui touche toute l’arrière-garde des Bleus, ne l’épargne pas, lui non plus, en ce mois de juin. Faut-il chercher une explicatio­n ponctuelle dans la fatigue et une certaine lassitude après une longue saison, comme chez beaucoup d’autres internatio­naux? Ou alors est-ce un problème plus profond, lié à ses qualités naturelles ? Le latéral gauche de l’AC Milan (24 ans) a commencé au poste d’attaquant dans ses jeunes années. Il en garde un certain goût pour l’offensive, avec des atouts indéniable­s : sa vitesse, sa puissance, une qualité de dribble, une frappe lourde, comme celle qui a terrassé la Belgique en demi-finales de Ligue des nations à l’automne (3-2, 7octobre).

Son frère ou Digne plus défenseurs dans l’âme

Depuis que Didier Deschamps a installé son 3-4-3 contre la Finlande (2-0, 7septembre), le benjamin des Hernandez est apparu comme le candidat naturel au poste de piston gauche, taillé pour lui. Mais le sélectionn­eur et le staff des Bleus ont eu, dans un passé pas si lointain, quelques doutes sur ses capacités défensives au haut niveau. Des interrogat­ions gommées par ses premiers pas en bleu et sa saison avec l’AC Milan. Voilà que ces questions refont surface. En deux matches, dans une défense à cinq contre le Danemark et à quatre contre l’Autriche, le frère de Lucas, alignement défaillant, manque de tranchant, a été impliqué sur chacun des trois buts des adversaire­s. Il n’en faut pas plus pour relancer un débat qui s’était éteint depuis 2018 et l’avènement de Lucas Hernandez.

Défensivem­ent, son aîné (26 ans), quand son corps le laisse en paix, n’a pas vraiment d’équivalent. À l’origine du but contre son camp de l’Allemagne à l’Euro il y a un an (1-0, phase de groupes, le 15 juin 2021) et centreur pour l’éternité sur la demivolée de Benjamin Pavard contre l’Argentine à la Coupe du monde 2018 (4-3, huitièmes de finale, le 30 juin), Lucas est loin, aussi, d’être maladroit quand il faut attaquer. De quoi convaincre Deschamps, qui l’utilise maintenant en défense centrale, de le remettre au poste de latéral gauche ? Si les Bleus reviennent à quatre derrière d’ici le Mondial au Qatar (21 novembre-18 décembre), il ne faut pas écarter totalement cette idée.

En attendant, le principal concurrent de Theo Hernandez est Lucas Digne. En Croatie (1-1, lundi dernier), le défenseur d’Aston Villa était titulaire. S’il ne s’est pas illustré, il n’a pas fait de grosses erreurs défensives non plus. L’ancien Lillois et Parisien est sûrement moins flamboyant offensivem­ent, malgré une qualité de centre indéniable. Mais le joueur de Premier League – gros coffre, placement sûr – est peut-être plus complet, que ce soit dans une défense à quatre ou en piston. Présent en 2014 au Brésil mais absent in extremis en 2018, il reste un recours fiable et expériment­é, dans un secteur longtemps concurrent­iel. C’est un peu moins le cas aujourd’hui.

L’option Ferland Mendy

Benjamin Mendy est en proie à ses graves ennuis judiciaire­s, Layvin Kurzawa est à la cave au PSG et Jordan Amavi s’est perdu en route. Dans ce paysage, seul Ferland Mendy, vainqueur de la Ligue des champions avec le Real Madrid, apparaît comme un recours crédible. Mais il part de très loin. Deschamps ne l’a plus convoqué depuis mars 2021 avant l’Euro. À l’époque, en trois matches, il n’avait pas eu droit à la moindre minute de jeu. Une situation qui avait interpellé jusqu’à certains de ses coéquipier­s, qui s’étaient demandé, à l’époque, s’il y avait un problème personnel entre lui et Deschamps. A priori non. Sinon que « DD » lui trouve une certaine fragilité physique, qui nuit, selon lui, à sa fiabilité et à sa régularité.

Le staff garde toutefois un oeil sur le polyvalent Madrilène, qui peut évoluer à gauche mais aussi à droite. Et c’est peut-être d’ailleurs dans ce dernier registre que Deschamps pourrait hésiter. Avant que la liste soit établie et Jonathan Clauss appelé en mars, le docteur des Bleus, Franck Le Gall, avait échangé avec son homologue du Real sur l’état de santé de l’ancien Lyonnais. Mais Mendy était alors blessé. Pour lui, le train repassera-t-il d’ici le Qatar?

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Theo Hernandez tacle devant le Danois Andreas Skov Olsen, le 3 juin, au Stade de France (1-2).

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