L'Equipe

Evenepoel chez les grands hommes

Le Belge de 22 ans dispute son premier Tour de Suisse, nouvelle étape dans sa fulgurante ascension, pour se frotter aux meilleurs coureurs de grands tours.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL PIERRE CALLEWAERT

“En travaillan­t mieux à deux (avec Vlasov), ça allait peut-être au bout

KÜSNACHT (SUISSE) – Au pied du podium de présentati­on des équipes où s’alignaient hier les coureurs, le hasard fa i s a i t s e télescoper Philippe Gilbert et Remco Evenepoel. Le premier vit sa fin de carrière en rock star, gencives pleins phares, yeux plissés, mollet huilé. Le second, 22 ans, poursuit la sienne avec calme et assurance, même s’il portait au visage les traits cuivrés et le cheveu dompté de celui qui de bon matin s’est bel et bien mis des dossards pour aller guerroyer dans les collines.

On agrippait Gilbert pour un bout d’avis sur ce croisement de génération­s, la fulgurance insolente de ces gamins si précoces dans le cyclisme moderne et tout ça: « Ouh là non, éclatait-il de rire, il faudrait au moins vingt minutes pour en parler! » Pas de chance, on était 18 minutes avant le départ.

REMCO EVENEPOEL Evenepoel, en pleine bourre cette saison avec huit victoires dont Liège-Bastogne-Liège, avait quant à lui annoncé son plan pour la Suisse: se mesurer aux grands hommes des grands tours – lui qui s’alignera sur la Vuelta – et « à cer t ains fav oris du Tour de France ». On le retrouvait à l’arrivée avec un sourire plus soulagé qu’au matin, 15e d’une étape qu’il a tenté de faire exploser dans la dernière bosse, en prenant la roue d’Aleksandr Vlasov, gros favori : « Tout s’est passé comme prévu, je suis arrivé avec le premier groupe et j’étais dans les attaques. C’est toujours un peu ennuyeux quand on doit le faire seul, mais ce n’est pas mal. »

Ennuyeux, c’est l’euphémisme quimesureà­quelpointi­lestfavori du Tour de Suisse, scruté dans le moindre de ses mouvements par toutes les équipes. Économe de son énergie en vue des 3000 mètres de dénivelé quotidiens qui l’attendent cette semaine, Evenepoel aurait tout aussi bien pu décrocher la victoire. « Avec Vlasov, à la fin, j’ai pensé un moment que je pouvais gagner. C’était la guerre totale dans la montée. On est partis tous les deux dans les 500 derniers mètres pour surprendre les autres, mais on était trop courts. En travaillan­t mieux à deux, ça allait peutêtre au bout. »

Paisible dans une évolution que son entourage ne compte pas précipiter, Evenepoel n’est obligé de rien en Suisse. Mais il sent « toute une équipe derrière pour faire le meilleur classement possible » , évoquant une Quick Step musclée par des grognards de premier choix, comme Kasper Asgreen, ou le tracteur de l’ouest flamand Tim Declercq et Ilan Van Wilder, acteur du sprint (6e). Cette idée de figurer au général se lisait dans le sourire du jeune Belge quand il apprenait que son feu d’artifice final avait déjà relégué un favori comme Dani Martinez (Ineos) à 51 secondes.

L’épreuve s’achèvera dimanche par un contre-la-montre de 25 kilomètres, exercice où Evenepoel excelle, et il a déjà l’oeil gourmand à l’idée d’y piquer des petites minutes. D’ici là, il appliquera en montagne l’art de se mettre à fond mais pas trop.

À part ça, la belle victoire au sprint de Stephen Williams (Bahrain-Victorious) devant Max Schachmann (Bora-Hansgrohe) et Andreas Kron (Lotto Soudal) remet en pleine lumière et à son meilleur niveau cette ancienne pépite du cyclisme gallois qui, à 26ans, décroche la première victoire World Tour de sa carrière.

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Remco Evenepoel, ici au premier plan, a très bien entamé son Tour de Suisse en terminant avec les meilleurs.

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