L'Equipe

La FIFA sans pitié avec ses ex

Au septième jour du procès Blatter-Platini, l’avocate de la Fédération internatio­nale, seule partie civile, s’est montrée très sévère envers l’ancien président de l’instance et son ex-conseiller technique.

- JEAN-PHILIPPE LECLAIRE

Depuis le début de ce procès, Me Catherine Hohl-Chirazi, l’avocate de la FIFA, souffre d’un terrible handicap, presque une tare rédhibitoi­re: elle est francophon­e. À la première des onze audiences qui se déroulent intégralem­ent en allemand (avec traduction pour Michel Platini quand il est présent), l’avocate inscrite au barreau de Genève avait demandé l’autorisati­on de plaider en français. La présidente, Joséphine Contu Albrizio, n’y voyait pas d’objection majeure, à la condition que les autres parties donnent leur accord. Elles le donnèrent toutes, à l’exception d’une, la défense du seul prévenu français, Michel Platini… Non pas que MeDominic Nellen, l’avocat de «Platoche», soit allergique à la langue de son client. C’est juste qu’entre accusés et accusateur­s, la bataille est si féroce, parfois haineuse, que la moindre occasion pour vexer, perturber, humilier l’adversaire ne saurait être gâchée.

C’est donc dans un allemand jugé un peu trop scolaire par certains de nos railleurs confrères germanopho­nes que Me HohlChiraz­i a plaidé, hier, au nom de la FIFA. Vingt-quatre heures après que le procureur Hildbrand a requis vingt mois de prison avec sursis contre Sepp Blatter et Michel Platini, l’avocate a déroulé une sorte de second réquisitoi­re qu’elle voulait tout aussi implacable que le premier. Avec encore et toujours au centre des débats la désormais légendaire facture de deux millions de francs suisses (1,8million d’euros) réglée rubis sur l’ongle, en 2011, par Sepp Blatter, alors président de la FIFA, à Michel Platini, à la suite d’un « contrat oral » passé entre les deux hommes, treize ans plus tôt, c’est du moins leur version.

Et elle ne satisfait pas Me HohlChiraz­i: «Le paiement n’a jamais été autorisé par la FIFA, mais uniquement de façon personnell­e par M. Blatter» , a tonné la représenta­nte de l’unique partie civile. « La FIFA a été trompée avec astuce. Elle n’avait pas de dettes envers M. Platini» , adéploré l’avocate avant de réclamer au Tribunal pénal fédéral le versement d’une indemnité de 2,2millions de francs suisses (2,1 M€).

Dès ce matin, Me Lorenz Erni, l’avocat de Sepp Blatter, devrait plaider qu’au contraire tout fut traité dans les règles de l’art. «En tant que président, j’ai examiné cette facture, elle a ensuite été validée par toutes les instances de la FIFA » , avait lui-même expliqué Sepp Blatter, lors de son audition, il y a une semaine. Dans cette guerre zuricho-zurichoise aux alluresdep­arricide,laFIFA2022­accuse donc d’escroqueri­e celui qui fut son tout-puissant président pendant dix-sept ans (1998-2015). Ces leçons de vertu passeraien­t mieux si l’actuel président de l’institutio­n internatio­nale, Gianni Infantino, n’était pas lui-même visé par une procédure pénale. Il est soupçonné d’avoir participé à trois réunions secrètes avec certains procureurs suisses pour mieux s’informer des malheurs de Blatter et Platini, et ainsi accéder plus facilement au trône.

Depuis le début du procès, Sepp Blatter, Michel Platini et leurs avocats ne cessent d’appliquer le vieux précepte attribué à Napoléon et Johan Cruyff selon lequel la meilleure défense, c’est l’attaque, en liant les deux procédures. «Monsieur Platini préfère raconter son histoire favorite, celle de la conspirati­on, plutôt que celle des deux millions, aime ironiser l’avocate de la FIFA. Les premières mesures contre M. Platini et Blatter ont été prises alors que M. Infantino n’était pas encore président, même pas candidat.» Platini assistera à nouveau à son procès à partir de lundi, et fêtera dès le lendemain (le 21) son 67e anniversai­re. Sauf retourneme­nt de situation de dernière minute, ni Gianni Infantino ni Me Hohl-Chirazi ne devraient lui faire de cadeau.

“Monsieur Platini préfère raconter son histoire favorite, celle de la conspirati­on, plutôt que celle des deux millions C'HIR'AZI, CATHERINE HOHL- L’AVOCATE DE LA FIFA

 ?? ?? Catherine Hohl-Chirazi, l’avocate de la FIFA, le 8 juin, à Bellinzone, ville qui abrite le Tribunal pénal fédéral.
Catherine Hohl-Chirazi, l’avocate de la FIFA, le 8 juin, à Bellinzone, ville qui abrite le Tribunal pénal fédéral.

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