L'Equipe

Le yin et le yang

Castres et Toulouse sont deux équipes à l’opposé l’une de l’autre. Les statistiqu­es, éloquentes, permettent de voir très clair sur les clés de cette première demi-finale du Top 14.

- ALEX BARDOT

C’est un vieux cliché, mais être vieux ne le rend pas faux. Castres et Toulouse sont aux antipodes en termes d’identité de jeu. Cette évidence saute aux yeux en regardant leur match, et encore davantage en se plongeant dans les statistiqu­es. Dans de nombreuses catégories, les voisins se trouvent aux deux extrémités des classement­s. Le derby est sur le papier une opposition de styles, et c’est celui qui imposera le sien qui passera en finale.

Contre vs contre des contres

Toutes les équipes qui affrontent Toulouse craignent son exploitati­on des ballons de récupérati­on ou de contre-attaque. À raison : cette année encore, le Stade est numéro 1 dans ce secteur (30 essais, soit 40 % de son total). Mais le CO craint peu ces situations, ou au contraire les craint tellement qu’il s’est organisé en conséquenc­e. Castres a concédé seulement 13 essais sur des ballons rendus au pied ou perdus dans le jeu (2e du Top 14 derrière Toulon, 11), et c’est dans ce dernier secteur que ses statistiqu­es sont les plus étonnantes: 4 essais encaissés, trois fois moins que la moyenne du Top 14. Les Tarnais ne « donnent » pas moins de ballons que les autres, mais ils le font dans des zones moins sensibles, ils savent mieux passer d’attaquants à défenseurs, et ils réussissen­t à couper les contres avant qu’ils ne deviennent fatals. Toulouse va-t-il briser ce verrou? Il y était parvenu deux fois lors de la victoire au match aller (41-0, cinq essais), mais avait échoué au retour (défaite 19-13).

Rucks lents vs rucks express

Selon qui aura la balle, l’enjeu dans les rucks ne sera pas le même. Sur ceux de Toulouse, il sera question de vitesse. Pour résumer : plus la durée moyenne des rucks offensifs toulousain­s sera proche de leurs 3’’30 habituels (les plus rapides du Top 14), plus les chances de victoire du champion en titre seront élevées; et plus elle s’approchera du tempo qu’impose le CO sur les rucks adverses (3’’88, 3e plus lents), plus les Tarnais seront les favoris. Sur les rucks des Castrais, qu’ils ne cherchent pas à abréger (3’’91, 13e du Top 14), il sera en revanche question de conservati­on. Car, c’est un aspect peu connu de son jeu, Toulouse est l’équipe la plus performant­e au grattage (125), grâce notamment à Julien Marchand, Rory Arnold ou Anthony Jelonch. Ces batailles se joueront d’abord dans le gain des duels, puis dans l’attitude au sol du porteur de balle, et enfin dans la promptitud­e et l’engagement des soutiens.

Agressivit­é extrême vs discipline

Peut-on survivre à l’indiscipli­ne? Troisième équipe la plus pénalisée (12,5 par match) et leader du Top 14, le CO montre que oui. C’est comme si sa tendance aux fautes (équipe la plus sifflée pour des hors-jeu ou des mauvais plaquages) et son statut de deuxième meilleure défense aux essais encaissés (45) étaient en fait les deux faces d’une même pièce : son envie d’étouffer l’adversaire.

Cette stratégie sera-t-elle gagnante sur un match de phase finale, et face à une équipe qui sait défendre (44 essais encaissés, meilleure défense) en étant la plus discipliné­e (10 pénalités par match)? À voir. Il sera en tout cas intéressan­t d’observer les mêlées, où Castres est souvent pris à la faute (79 pénalités ou coups francs concédés) mais met aussi souvent son adversaire sous pression (80 pénalités ou coups francs obtenus).

Jeu direct vs passes à foison

Sans surprise, les demi-finalistes sont à l’opposé au classement du nombre de passes: 98 par match pour le CO (13e), 135 pour le Stade (2e). À Nice, les Toulousain­s ne devraient pas renoncer à déplacer le ballon, parce que c’est leur manière de gagner. Pour les Castrais, l’enjeu ne sera pas de les en empêcher, mais de les priver d’avancée et de vitesse, comme l’a par exemple réussi le Leinster en demi-finales de Coupe d’Europe (40-17). Dans ce cas-là, Toulouse saurait-il changer son fusil d’épaule ? Son barrage contre La Rochelle a donné des indication­s allant dans ce sens.

Il serait étonnant, de la même manière, que le CO sorte de son jeu pour aller vers plus de mouvement. Encore une fois, il devrait rapidement chercher ses porteurs prioritair­es (Staniforth, Nakosi, Barlot, Cocagi, Vanverberg­he, Botitu), miser sur les fulgurance­s de Dumora ou Palis sur les contre-attaques, et sur la puissance de Hounkpatin près des lignes. À ce sujet, les stats rappellent que Castres, avec son pilier internatio­nal notamment, a inscrit 17,5 % de ses essais sur des pénalités jouées à la main (moyenne du Top 14 : 6,5 %).

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Cette demi-finale mettra aux prises une équipe castraise souvent très agressive en défense, à l’image du plaqueur Teariki Ben Nicholas, face à une attaque toulousain­e, emmenée par Romain Ntamack, qui aime se passer le ballon et chercher les extérieurs.

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