L'Equipe

«Nous avons beaucoup en commun»

- ANABELLE ROLNIN (*) Aux Mondiaux 2019, à Do ha, la Bahreïnien­n eS alwaE id Na sera pulvérisé son record de près d’ une seconde pour s’imposer en 48’’14. Elle a ensuite été suspendue pour des manquement­s à ses obligation­s de localisati­on antidopage.

Shaunae Miller-Uibo et Marie-José Pérec, deux grandes figures de l’athlétisme et deux reines du 400 m réunies hier par « L’Équipe », comparent leurs carrières respective­s, leurs approches de la compétitio­n et disent tout le respect qu’elles ont l’une pour l’autre.

Hier, à la rédaction de L’Équipe, deux grandes dames de l’athlétisme, au propre comme au figuré, se sont rencontrée­s. Cinq titres olympiques à elles deux, 3,64 m de talent, et une légende française dont l’héritage fait rêver la taulière du moment. Marie-José Pérec et Shaunae Miller-Uibo, pleines d’admiration l’une pour l’autre, ont échangé pendant plus d’une heure. Une heure de rires, de découverte­s, d’ émotions. La Guadeloupé­enne de 54 ans, triple championne olympique et seule femme à avoirréuss­iledoublé2­00m–400mauxJO, était si curieuse de la Bahaméenne de 28 ans, sacrée aux Jeux de Rio, en 2016, et de Tokyo, l’an passé. Elles ont abordé la dureté du 400 m, la gestion du stress, la pression du statut et d’autres sujets passionnan­ts. Extraits d’une riche discussion.

«Sh au nae,vousê tes fan de Marie-Jo? ShaunaeMil­ler-Uibo: Jecroisque­tous ceux qui font du 400 ms ont fans! C’ est mon athlète favorite, je l’ ai toujours eue comme modèle, j’ ai regardé ses courses et nous avons beaucoup en commun, la taille, la vitesse, le 200 met le400m. Espérons que j’ arrive à être aussi forte qu’ elle. Marie-J oséPérec:C’ esttr ès gentil. À mon époque, la plupart des athlètes arrivaient sur la piste, faisaient leur truc sans savoir qui avait fait quoi avant eux. J’ étais comme ça au début, et puis j’ ai décidé de connaître vraiment mon sport, de regarder ce qu’ il s’ était passé avant moi. Je pense que tout le monde ne le fait pas, ça me touche d’ entendre que tu le fais.

S.M.-U.: Tout le monde te connaît, connaît tes st ats. Tu étais une athlète incroyable. L’ année dernière, j’ étais près de ton record olympiqueà­Tokyo( 48’’36contre48’’25pour Pérecen199­6) et je me suis dit :“c’ est OK pour moi, je suis deuxième !”

M.-J.P.: J’ espère que tu battras ce record dans deux ans! Ça a été difficile devoir la performanc­e de SalwaE id NaseràD oh a. Ce n’ est pas quelqu’ un que je suis. Pour moi il y a eu tellement de choses, de doutes autour d’ elle avec ce qui est arrivé, les noshow ...(*) J’ ai prié pour que tu gagnes, j’ ai été très touchée quand elle t’ a battue. J’ étais très en colère.

S.M.-U.: Oui,maisçaarri­ve…

LE 400 M, ÉPREUVE REINE

Vous avez toutes les deux brillé sur plusieurs distances, du 100 mau400m, pourriez-vous expliquer les spécificit­és dechacune?

S.M.-U.: Pour moi, le 400 me st l’ épreuve la plus difficile de l’ athlé.T out le monde ne peut pas le faire, j’ en suis très fière d’ ailleurs. L’ entraîneme­nt est très difficile et la course en elle-même est très brutale. Le 200 me st amusant, c’ est de la vitesse, je m’ amuse à voir ce que je peux faire. C’ était ma course favorite quand j’ étais petite. J’ aimerais continuer dans cette épreuve. Le 100 me st la plus facile, il n’ y a pas de lactique.

M.-J.P.: J’ ai la même vision. Sur100m, j’ avais juste le temps de respirer que la course était déjà finie! Le400m était vraiment ma course. C’ est une performanc­e mentale, j’ aime quand on est aux 200 met qu’ on se dit: voyons qui est la plus dure à cuire ici. J’ adore cette idée, cette bagarre, les sensations, savoir que toutes les filles ressentent la même chose…

LE DOUBLÉ 200 M - 400 M

Ledoublé20­0m-400mdeMari­e-Joséen 1996 à Atlanta est pour le moment unique. Sh au nae,vousn’ avez pas réussi à l’ accomplir à Tokyo, l’ an passé, à cause d’ un programme mal adapté. S.M.-U.: J’ ai toujours visé haut avec le 200 et le 400 maux J O. J’ ai essayé! mais c’ était très dur, ils n’ ont pas changé le programme. Mais tu l’ as fait, ça prouve que c’estpossibl­e. Ce doublé, vous le visez encore pour les JOdeParise­n2024?

S.M.-U.: Je ne sais pas encore… J’ aimerais essayer. J’ ai toujours voulu le faire quand j’ étais plus jeune, mais maintenant que je suis plus âgée, je ressens plus de fatigue. Mon coach veut que je le fasse, il dit qu’ on a toutes les deux deux titres sur 400 met que je dois essayer d’ en avoir un troisième! Ça dépendra du programme mais pour être honnête, je ne sais pas si je ferai encore du 400 md’ ici à2024.Jev eux prendre dure cul et essayer des choses différente­s. J’ ai accompli beaucoup de choses sur le400m et je suis très satisfaite. Je veux juste devenir championne du monde cet été, c’ est le seul titre qui me manque.

“À la minute où je commence à prendre l’athlé trop au sérieux, j’arrête.''

SHAUNAE MILLER-UIBO

Vous pas seriez alors uniquement sur 200m?

S.M.-U.: Le200moui,peut-être l’ he pt athlon,m ais pas le400mh aies! M.-J.P.: Tu disque tu te sens trop vieille pour continuer à courir le 400 mm ais tu as seulement2­8ans!

S.M.-U.: Seulement2­8ans?( rires) C’est comme simon corps en avait 40! Tout va si vite… J’ ai tout le temps mal aux genoux, au dos, je suis fatiguée et c’ est beaucoup plus dur de récupérer. Je ne sais pas…

M.-J.P.: Donc tu n’ as plus envie de faire moins de 48’’? Allez! Qui va battre cette fille (EidNaser)?

S.M.-U.: J’ espère cet été… Le but était d’ essayer de briser la barrière des 48 secondes cette année mais j’ ai enchaîné les blessures, on a eu des contre temps. Maison verra, si Dieu a prévu ça pour moi, ce serait merveilleu­x. Si ça ne le fait pas, si c’ est 48’’3, je prendrai aussi.

S.M.-U.: C’ est vrai qu’ en étant si performant­e, les gens attendent que je réussis se à chaque fois. Mais je ne laisse pas ça m’ envahir. Si jeper forme, tant mieux, sinon, c’ est juste une course, ils s’ en remettront! Je pense qu’ à la minute où je commence à prendre l’ athlétro pau sérieux,j’arrête.

M.-J.P.: J’ aurais aimé être comme ça… Sh au nae,vousê tes du genre relax en compétitio­n, mais il faut savoir que pour Marie-Jo,c’ était l’ enfer… M.-J.P.: J’ étais si stressée que je vomis sais avant les courses! C’ était dingue. Pour moi, perdre une course était inconcevab­le. J’ avais tellement de pression, même au sein de mon groupe d’ entraîneme­nt.

“Quand j’étais devant mes startingbl­ocks, je portais beaucoup de choses en moi, j’avais beaucoup de choses en tête. Je représente les gens qui ont la même couleur de peau ''

MARIE-JOSÉ PÉREC

S.M.-U.: Je peux imaginer. Je suis presque sûre qu’ il y avait plus de pression à ton époque. Quoique maintenant il y a les réseaux sociaux… J’ ai commencé l’ ath lé à 6 ans et je gagnais tout le temps. J’ ai perdu ma toute première course à 7 ans, un 400 m,d’ ailleurs. Je n’ arrêtais pas de pleurer, et mon père qui m’ en traînait, m’ a dit :“Eh, il faut t’ endurcir. C’ est le sport, tu ne vas pas gagner à chaque fois. Tu vas en gagner, tu vas en perdre( des courses ), mais tu vas en profiter, prendre du plaisir, pendant tout le processus …” Je n’ aime pas perdre, mais si je perds une course, je ne le prends pas trop durement. Il y a tellement de grandes athlètes qui veulent la même chose que moi. Si je perds, je m’ en remets à Dieu, je lui fais confiance et jelaisseal­ler.

M.-J.P.: Je crois que je comprends, mais pour moi il y avait le fait que je vienne d’ une petite île, avec des gens, des Noirs, qui avaient besoin de prendre la place qui leur revient. Tu dois faire quelquecho­se pour qu’ ils te voient, montrer que tu fais quelque chose de bien. Quand j’ étais devant mes starting-blocks, je portais beaucoup de choses en moi, j’ avais beaucoup de choses en tête. Je représente les gens qui ont la même couleur de peau. À chaque fois que je revenais chez moi, je ressentais des choses à leur contact. Ils comptent sur toi, te disent qu’ ils sont fiers de toi. Alors en compétitio­n, je savais que je n’ avais pas d’ autre choix que de gagner. Et je crois que c’ est ce qui m’ a rendu si forte. Je faisais ça pour une raison qui était plus grande que juste courir. Mais j’ ai payé très cher pour ça. Sh au nae, dans une interview il y a quelques années, vous avez déclaré :“Mon objectif n’ est pas d’ être championne olympique ou championne du monde. Mon objectif est d’ être la meilleure dans le sport. Point .” Que vous manque-t-il pour y parvenir? Vous savez, je crois que j’ ai grandi, j’ ai mûri (rires )! Quand j’ étais plus jeune, je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire, je voulais juste“être la meilleure ”. En fait, c’ est juste donner le meilleur de moi. J’ espère aussi inspirer les jeunes génération­s à faire de même. Avant, je regardais beaucoup les anciens grands athlètes et la sensation quand on les rencontre, celle que j’ ai eue quand je t’ ai rencontrée à Lille, aux Championna­ts du monde cadets, en 2011, c’ est juste génial. J’ espère inspirer autant d’ athlètes que toi.»

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 ?? ?? En route pour le titre olympique sur 400 m, Marie-José Pérec en 1996 à Atlanta (à gauche) et Shaunae Miller-Uibo en 2021 à Tokyo.
En route pour le titre olympique sur 400 m, Marie-José Pérec en 1996 à Atlanta (à gauche) et Shaunae Miller-Uibo en 2021 à Tokyo.
 ?? ?? Shaunae Miller et Marie-José Pérec immortalis­ent d’un selfie leur rencontre, hier sur la terrasse intérieure de « L’Équipe », à Boulogne-Billancour­t.
Shaunae Miller et Marie-José Pérec immortalis­ent d’un selfie leur rencontre, hier sur la terrasse intérieure de « L’Équipe », à Boulogne-Billancour­t.
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