L'Equipe

Lames neuves pour les Bleus

Les Championna­ts d’Europe lancent à partir d’aujourd’hui un cycle de renouvelle­ment en accéléré pour l’escrime française, qui, forte de ses cinq médailles tokyoïtes, teste ses ambitions pour Paris 2024.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL AURÉLIEN BOUISSET

“Je m’attendais à ce que les champions olympiques ne soient pas là : ça peut arriver, on décompress­e

ENTRAÎ'NEU'R ÉMERIC CLOS, DE L’ÉQUIPE DE FRANCE DE FLEURET HOMMES

ANTALYA (TUR) – Les champions olympiques eux-mêmes doivent trouver qu’ils ont poussé le concept un peu loin, puisque avec le forfait récent d’Enzo Lefort, blessé (mollets), et le contretemp­s d’Émeric Clos, «covidé», aucun des quatre fleurettis­tes médaillés d’or de Tokyo, et pas même leur entraîneur, ne prendront part à la première compétitio­n internatio­nale que les escrimeurs vont disputer depuis les Jeux.

Mais aux Championna­ts d’Europe, leurs remplaçant­s vont symboliser, à partir d’aujourd’hui, une équipe de France en renouvelle­ment accéléré: sur les 24 tireurs envoyés à Antalya, entre les retraites, les méformes ou les pauses bébé, seuls huit étaient présents au Japon, il y a moins d’un an. Et pour eux, débute en Turquie un cycle court d’apprentiss­age du haut niveau avec un horizon plus pressant que jamais, les Jeux Olympiques d'été 2024, àParis.

Sara Balzer fait partie de ces quelques rescapés, et de ceux qui étaient revenus comblés, comme le rappellent ces anneaux olympiques en pendentif qui scintillen­t à son cou. La sabreuse raconte combien l’argent par équipes de Tokyo lui donne encore, personnell­ement, une forme d’élan. Mais ses trois amies du podium des JO ne l’accompagne­ront pas sur les rives de la Méditerran­ée. « Avec Cécilia (Berder) jeune maman, Charlotte (Lembach) qui a repris tard et Manon (Brunet) qui était partie s’entraîner à Orléans, avant de se blesser (épaule), décrit-elle, on a un groupe complèteme­nt différent.»

Auquel l’entraîneur, néophyte lui aussi, a tenu à faire prendre conscience de la rapidité avec laquelle les Jeux de Paris allaient arriver. «J’ai raisonné comme quand j’étais athlète, se souvient Mathieu Gourdain, double médaillé d’argent aux JO de Sydney. Ce n’est pas nécessaire de leur rappeler qu’il y a les Jeux chez elles, elles le savent, elles en rêvent. Mais je dois remettre les choses en perspectiv­e et leur dire que pour y arriver dans les meilleures conditions, il vaut mieux avoir performé en amont. J’ai fait passer le message qu’il fallait tout de suite se mettre au travail et se montrer, que c’est une échéance qu’il faut prendre en main. »

Et ce n’est pas autre chose que le maître d’armes du fleuret a cherché à mettre en place depuis septembre. « Je m’attendais à ce que les champions olympiques ne soient pas là: ça peut arriver, on décompress­e, pardonne Clos, qui a constaté la retraite d’Erwann Le Péchoux et observé les coups de moins bien de Julien Mertine et Maxime Pauty. Pour les autres, les Jeux, ils y pensent, c’est obligé, et il faut y penser.»

Comment ne pourraient-ils pas y penser, quand l’environnem­ent extérieur, des médias au président de leur Fédération, Bruno Gares, qui a déjà clamé son envie de 12 médailles parisienne­s pour sa discipline, les leur rappellent sans cesse? « Mais moi je leur précise qu’il y a des étapes, reprend Clos, qui était à l’isolement en début de semaine, comme ces grands Championna­ts. Et on a fait un travail collectif avec une préparatri­ce mentale, notamment pour définir les rôles de chacun. » Dont les détails tiraillaie­nt encore les tireurs en début de semaine. « Encore tout à l’heure, relevait mardi à l’Insep Maximilien Chastanet, on est allés voir Enzo pour lui demander combien de temps il partait s’échauffer pour un match par équipes. On pensait qu’on l’aurait avec nous, comme une personne vers laquelle on peut se tourner. On est bien conscients qu’on est quatre nouveaux. »

Lefort a promis aux bizuths de se rendre disponible, le jour de l’épreuve par équipes, pour suivre le parcours de ses jeunes coéquipier­s à distance, le téléphone à portée de main en cas de conseil à faire passer ou d’oreille à prêter. « C’est aussi pour ça que je suis déçu de ne pas y être, soupirait-il. Je ne peux pas les guider s’ils ont besoin de repères. Mais ce sont de grands garçons, des compétiteu­rs, ils ont la dalle ! » Et ils ont l’occasion de le prouver à partir d’aujourd’hui.

 ?? ?? Plutôt habitué à la relative discrétion des manches de Coupe du monde (comme ici à Paris en janvier dernier), le fleurettis­te Maximilien Chastanet, 26 ans, aura l’occasion de briller sur la scène d’un grand Championna­t à Antalya.
Plutôt habitué à la relative discrétion des manches de Coupe du monde (comme ici à Paris en janvier dernier), le fleurettis­te Maximilien Chastanet, 26 ans, aura l’occasion de briller sur la scène d’un grand Championna­t à Antalya.

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