L'Equipe

Rossi: «Ce sport a toujours été ma raison de vivre»

Avec l’arrêt de sa carrière en MotoGP, l’an dernier, l’Italien a basculé dans une nouvelle vie. Confidence­s.

- MICHEL TURCO

Bermuda en jean, tee-shirt beige et casquette noire… Convié le 28 mai au Mugello pour participer à la cérémonie du retrait officiel du numéro 46 du Championna­t Moto G P, Valentino Rossis’ est sobrement prêté à l’hommage qui lui était rendu avant de filer à Imo la pour assister au concert de son idole et homonyme, Vasco Rossi. La veille, nous avions pu passer une trentaine de minutes dans la structure d’accueil du team VR46 en compagnie du non up le champion du monde (43 ans) pour la seule et unique interview qu’il avait choisi d’accorder lors de son bref passage au Grand Prix d’ Italie.

«Entre l’ arrêt de votre carrière, enfin de saison dernière, de pilote MotoGP et votre nouveau statut de père de famille, qu’ est-ce qui a le plus changé votre vie?

C’ est difficile à dire… Les deux l’ ont transformé­e. Peut-être que pour l’ instant l’ arrêt de ma carrière a plus d’ incidence sur mon quotidien. Je pense que d’ ici quelques années mon rôle de père m’ accaparera davantage. Ma fille n’ a que deux mois… En tout cas, c’ est une belle expérience. Votre vie correspond-elle aujourd’ hui à celle que vous imaginiez lorsque vous avez décidé de quitter le Moto G P? Ma vie est bien plus agréable que celle que j’ entre voyais à ce moment-là. Honnêtemen­t, je redoutais vraiment ma retraite. J’ étais triste au moment où j’ ai pris cette décision

(en août 2021), et inquiet durant les courses qui ont suivi. Je redoutais vraiment la fin, j’ appréhenda­is mon dernier Grand Prix… Je n’ imaginais pas que ce serait une telle fête. J’ ai vraiment arrêté de la meilleure des façons possibles. Franchemen­t, ce dernier week-endà-Valence( mi-novembre) aété exceptionn­el, plein d’ émotions… Mais de manière positive, contrairem­ent à ce que je craignais. J’ ai eu l’ impression, en disant stop, de sortir de mon corps, de quitter la personne que j’ étais pour l’ observer avec une certaine hauteur. À Valence, j’ai soudain réalisé ce que je représenta­is dans ce paddock, mais aussi pour tous les fans qui ont suivi ma carrière. Après tout ça, je redoutais que le MotoGPmem an que. Mais ça n’ est pas le cas. Bien sûr, si j’ étais encore capable de me battre pour la victoire, j’ aimerais encore courir. Mais comme ce n’ est plus le cas, cela nememanque­pas. La course auto vous procure-t-elle la mêmeadréna­line? Non, il yen a moins. En Moto G P, l’ adrénaline était très forte, et pas toujours facile à vivre. Je dormais mal, il y avait beaucoup de stress. En auto, l’ adrénaline est là, car si j’ ai décidé dem’ engager enGT c’ est avec l’ ambition de réussir en donnant le maximum, mais le stress n’ a rien à voir. Le Moto G P, c’ était ma vie, ma mission. L’ auto, c’ est différent. La perception du danger n’ est pas non plus la même. Cela change beaucoupde­choses. Votrequoti­diena-t-il radicaleme­nt changé? Pas tant que ça. La seule chosequia changé, c’est quejene

“Si j’ai continué toutes ces années, c’est parce que je sentais que je pouvais encore gagner ’’

cours plus en Moto G P. En arrêtant, je me demandais si j’ allais perdre le goût de la pratique de la moto. J’ ai vite été rassuré. Je prends toujours autant de plaisir à m’ entraîner avec les pilotes de l’ Académie. Que ce soit au ranch, en moto cross ou sur le circuit de Mis a no avec ma Y a ma ha R 1, je me régale toujours autant. Et je m’ entraîne autant qu’ avant. Même si la compétitio­n se déroule désormais sur quatre roues, je suis toujours pilote. J’ ai un programme de dix courses et je m’ y implique à fond. C’ est aussi pour moi une bonne transition après ce qui fut si longtemps ma vie.

C’ est simplement une transition ou vous avez de réelles ambitions?

J’ ai un programme, des projets… Je veux progresser, je veux disputer les 24 Heures du M ans. Mais ça n’ est pas facile car je me confronte à des pilotes expériment­és alors que je suis un débutant. On verra le niveau que j’ arrive à atteindre, decela dépendrala­suite. Votre dernière saison en Moto GP

a été très compliquée, ne regrette z-vous pas de ne pas avoir pris votre retraite plus tôt? Pour s’ arrêter en étant au sommet ... En 2006, j’ avais failli partir en Formule 1… Mais je n’ étais alors pas prêt à laisser tomber la moto. J’ avais donc décidé de rester en MotoGP tant que je serais en mesure de finir dans le top 5. Je comprends que certains puissent trouver génial de partir en étant encore au sommet, mais franchemen­t, ça n’ a jamais été mon cas. Pourquoi arrêter si l’ on est toujours compétitif? Ces porta toujours été ma raison de vivre, alors pourquoi y aurais-je renoncé tant que j’ étais performant? Pour partir avec le numéro 1? Je m’ en foutais. Vous aurez conquis vos neuf titres de champion du monde au cours de la première moitié de votre carrière. Qu’ est-ce qui vous a poussé à enchaîner vos treize dernières saisons? Durant la première partie de ma carrière, j’ ai dominé. J’ ai gagné avec toutes les motos qu’ on m’ a donné à piloter, j’ ai obtenu neuf titres de champion du monde… Hormis ma première année en 1996, je n’ ai jamais terminé au-delà de la deuxième place du Championna­t( il termine 3 e en 2007 à 1 point du deuxième ). Tout me souriait. La seconde partie de ma carrière a débuté au Mugello, en 2010, lorsque je me suis cassé la jambe aux essais du GPd’ Italie. Plus exactement deux mois plus tôt, lorsque je me suis luxé une épaule. À partir delà, plus rien n’ a jamais été pareil. C’ est vrai que je n’ ai plus jamais été champion. Je suis allé chez Du cati, où ça a tourné au désastre. Tout le monde me disait fini. Et puis je suis revenu chez Y a ma ha… J’ étais déjà vieux, j’ ai travaillé dur pour y arriver, et je ne suis pas passé loin. En 2015, si

(Marc) Marqueznes’ était pas mal comporté, j’ aurais pu jouer le titre jusqu’ à la dernière course avec( Jorge) Lorenzo (*). J’ avais alors 36 ans. Après 2016, ça s’ est compliqué. Mais si j’ ai continué toutes ces années, c’ est parceque je sentais que je pouvais encore gagner. C’ est aussi pour cela que j’ ai changé de chef mécanicien, que j’ ai fait évoluer mon équipe… J’ ai d’ ailleurs encore gagné une douzaine de G P. Et même si je n’ ai plus été champion, je me suis beaucoup amusé. Qu’ est-ce que vous avez aimé le plus, vous adapter à l’ évolution technique des motos que vous avez eu à piloter ou aux changement­s de génération des adversaire­s que vous avez eu à

affronter? Les deux. Tout cela m’ a demandé beaucoup de travail. Au début, je me repos ais surmonta lent, tout était naturel. La différence, c’ est que quand tu es jeune, tout est facile. En vieillissa­nt, il faut travailler davantage. Mais tout cela a été très intéressan­t. Les motos, les pneus, l’ électroniq­ue… Il y a eu tellement de changement­s durant toutes ces années. Et puis mes adversaire­s m’ ont aussi poussé à me dépasser pour les affronter. Aveclequel­avez-vousprisle­plus de plaisir à vous bagarrer? C’ est difficile de répondre à cette question… Si je ne dois en choisir qu’ un, je vais dire Lorenzo. Durant la première partie de ma carrière, j’ ai beaucoup aimé me bagarrer avec( Max)Biaggi. Je ne l’ ai pas toujours battu en course, mais j’ ai toujours fini devant lui au Championna­t. Avec

Lorenzo, ça a été différent. Un coup moi, un coup lui… Je suis parti de chez Y a ma ha à cause de lui, j’ y suis revenu alors qu’ il était encore là. On s’ est appréciés, on s’ est fâchés, on s’ est réconcilié­s… On formait un couple d’ amoureux un peu fougueux( rires).

“Quartararo a un talent incroyable et la confiance nécessaire pour profiter de ses qualités. Rentrer dans les virages comme il le fait, ça n’est pas facile

'' L’ esprit de la course moto a-t-il selon vous beaucoup changé au cours de ces vingt-six dernières années? La technologi­e n’ a-telle pas trop pris de place? Je ne pense pas… Tout est plus extrême, le niveau est très relevé, ce qui fait qu’ il y a moins de place pour l’ exceptionn­el. C’ est quelquecho­se quel’ on retrouve dans tous les sports. C’ est sûr que dans les années 1990, la course avait quelquecho­se de plus romantique. Trois pilote sont perdu la vie l’ an dernier. Vous êtes, avec Dovizioso,l’ un de ceux qui ont verte ment critiqué l’ attitude des jeunes pilotes… Pensez-vous que vous preniez moins de risques quand vous avez débutéen19­96? Une chose est sûre, il y avait beaucoup plus de respect entre nous. Bien sûr qu’ il faut être agressif, mais il faut aussi garder à l’ esprit que ce sport est dangereux et que la vie est plus importante qu’ une position sur la ligned ’arrivée. Vous n’ avez jamais caché que la création de la V R 46 Ac ademya été pour vous le moyen de vous maintenir au meilleur niveau en vous entraînant avec la nouvelle génération. Allez-vous continuer à vous investir dans la détection et la formation des jeunespilo­tes? Nous avons créé cette académie parceque nous aimons ce sport et que nous voulions aider la relève italienne. L’ idée de départ était donc de partager. C’ est ensuite que j’ ai compris que je pouvais moi aussi profiter de cette émulation pour continuer à progresser tout en prenant du plaisir en m’ entraînant avec les jeunes. Aujourd’ hui encore, c’ est moi qui continue à gérer les entraîneme­nts moto. Vos disciples n’ ont pas la partie facile cette saison.

Francesco Bagnaian’ a pas débuté 2022 aussi bien qu’ il avait terminé 2021, et pour Franco M or bidellic’ est pire…

Pecco(Bagn ai a)af ait une grosse erreur au M ans, mais il reste dans le coup. C’ est surtout compliqué pour Franco depuis son retour de blessure. Il n’ a pas retrouvé sa pointedevi­tesse. À sa décharge, la Y a ma ha n’ est plus aujourd’ hui la moto la plus performant­e. Vous qui la connaissez bien, comment voyez-vous la situation de l’ équipe? Ça n’ est pas facile… La moto souffre à différents niveaux. Il y a évidemment la puissance du moteur, mais aussi son contrôle parla gestion électroniq­ue. Du cati a placé la barre très haut ces dernières années. Heureuseme­nt pour Y a ma ha qu’ il y aQuartarar­o.

Que fait-il mieux que les autres?

F ab io est capable d’ utiliser les points forts des a moto au frein age et en entrée de virage. Il a un talent incroyable et la confiance nécessaire pour profiter de ces qualités. Rentrer dans les virages comme il le fait, ça n’ est pas facile, il faut vraiment prendre des risques. Pour terminer, si vous pouviez revivre un seul des 432 Grands Prix que vous avez disputés, lequel choisi riez-vous? Si je pouvais refaire l’ histoire, je choisir ais le Grand Prix de Valence 2006. Je reprendrai­s même depuis le début ce week-end où j’ ai perdu letitre(r emporté par Ha yd en ). Sinon, pour le plaisir de revivre une course dont je ne changerais pas l’ issue, ce serait le Grand Prix de Catalogne 2009 avec ce dépasse ment sur Lorenzo dans le dernier virage.»

(*) La rivalité entre les deux pilotes, qui se coupaient les trajectoir­es danslesvir­ages ou effectuaie­nt des dépassemen­ts litigieux, avait entraîné de nom breuseschu­tes.

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Lors de son dernier Grand Prix, en novembre à Valence, Valentino Rossi avait fait l’objet de toutes les attentions.
Valentino Rossi était présent au Grand Prix du Portugal, le 24 avril, à Portimao. Lors de son dernier Grand Prix, en novembre à Valence, Valentino Rossi avait fait l’objet de toutes les attentions.
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a exposé pour la dernière fois son mythique numéro 46, en novembre, à Valence.
Valentino Rossi a exposé pour la dernière fois son mythique numéro 46, en novembre, à Valence.

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