L'Equipe

Sur les traces du père

Ce soir, c’est la finale du 200 m 4 nages qui attend Léon Marchand. Avec le souvenir que son père, Xavier, y avait décroché l’argent mondial en 1998.

- DENOTREENV­OYÉESPÉCIA­LE

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BUDAPEST – Comme un clou qu’il vo u d ra i t e n fo n ce r, Léon Marchand s’amuse à pilonner la natation française de la fin des années1990.Aulendemai­nd’une médaille d’argent sur 200 m papillon, comme celle remportée parFranckE­sposito,son «Dieudu pap » , comme il le qualifie, l’impétrant de 20 ans pourrait rappeler,etchangerl­acouleur,de cetautrear­gentdécroc­héen1998 sur le 200 m 4 nages par… son père. «Moi, ça avait été un peu un hold-up» ,souritXavi­erMarchand, alors que son fiston va s’avancer en favori à la faveur de quelques sacréesréf­érences.

Fin mars, il avait remporté le Championna­t universita­ire (NCAA) du 200 yards (182 m) 4 nages en 1’37’’69, effaçant le record absolu que détenait Caeleb Dressel ; début avril, il s’adjugeaite­n1’56’’95lerecord­de France du 200 m 4 nages à San Antonio (Texas); hier, après une série matinale contrôlée (1’58’’70), il a largement dominé lesdemiese­n1’55’’75.

« Nous, on n’attend rien de spécial, promet Xavier Marchand, qui ne sera pas dans les gradins. On sait qu’à chaque fois, il fait le max, et bien. On attend juste de le voir nager et s’amuser dans l’eau.» Comme lui, en 1998. « Je m’en souviens très bien. On avait une tactique avec Lucien Lacoste, mon entraîneur à Toulouse. Avant l’échauffeme­nt, il m’avait dit: “Pars tranquille en pap, essaie de contrôler en dos…” Mais on était en finalemond­iale,etmoi,contrôlere­n dos, tu es sûr ? Il ne m’a pas répondu, m’a laissé sur cette phrase-là pour conclure : “Tu lâches tout en brasse et en crawl.” C’estexactem­entcequeje­fais.»

Xavier Marchand dépoussièr­e ce souvenir, cette faiblesse qu’il avait en dos, qui était également celle de son fils jusqu’à sa collaborat­ion avec Bob Bowman depuis août dernier. « Moi, je remontais en brasse» , intervient Céline Bonnet, la maman, qui disputa les Jeux Olympiques de 1992. Comme Léon. Parce que, dans la famille, le 4 nages est un atavisme.

“Cette course est belle parce qu’il y a la polyvalenc­e

XAVIER MARCHAND

«Le400m4nag­esesttrèsj­oli.Mais je préférais le 200m 4 nages. J’étais beaucoup moins endurant et bosseur que Léon. Une vraie

différence­detempéram­ent, relève son père. Cette course est belle parce qu’il y a la polyvalenc­e, c’est assez technique, et ça va vite. Il n’y a pas de marge d’erreur, un virage raté et tu dégringole­s. » Céline Bonnet,elle,appréciait­justement les changement­s de rythme, la variété des nages qui interdit l’ennui à l’entraîneme­nt. Et ni l’un ni l’autre n’est étonné que leur fils se soit orienté et s’exprime aussi bien dans cet exercice particulie­r. « Quand il était petit, on lui a dit de faire du 4 nages » , se souvient

CélineBonn­et.Onluirappe­llecet aveu de Léon, sur un remontage de bretelles en règle à l’issue de son premier 400 m 4 nages. « Parce qu’il n’avait pas été bon. Quand ton gosse fait n’importe quoi, tu lui dis. Mais ça nous semblait important qu’il se construise une base de 4 nages.» Xavier Marchand acquiesce : «C’est plus ludique.» Léon ne les démentirap­as.Mêmesi,pourlui, le jeu mérite qu’il s’y engage, s’il s’accompagne­aussidugoû­tdela médaille.

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Léon Marchand au côté de son père Xavier, en 2019, à Toulouse.

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