L'Equipe

Bonnet n’a pas le temps des regrets

Après une sixième place décevante, synonyme d’occasion manquée de médaille de bronze dans une finale du 200 m accessible, Charlotte Bonnet préfère relativise­r. Elle revient de très loin et se donne le temps de la reconstruc­tion.

- DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE SOPHIE DORGAN

BUDAPEST – L’âge et les galères ont parfois du bon, ils permettent de relativise­r. À 27 ans, Charlotte Bonnet n’a pas ruminé sa déception. Elle aurait pu s’alourdir le cerveau de regrets après cette occasion manquée de cueillir sa première médaille mondiale en individuel. Elle qui a connu l’ère Federica Pellegrini, Katie Ledecky et l’arrivée de la fusée Ariarne Titmus, sait que cette finale du 200m était dans ses cordes.

Aucune des finalistes des Jeux de Tokyo ne s’alignait et la médaille de bronze, remportée par la Chinoise Tang Muhan en 1’56’’25, était loin des standards des grandes années. Seulement sixième en 1’57’’24, Bonnet aurait pu étaler sa peine. Elle a expliqué calmement. Sans larmes ni tristesse mais avec lucidité, elle a compris qu’elle n’était pas encore au niveau de cette «course super bizarre où tout le monde se regardait avant d’accélérer sur la fin» .

Ce n’était pas la détresse de Tokyo et son profond mal-être mêlé d’interrogat­ions. Elle a donné ce qu’elle avait. Il en manque encore pour rivaliser. «Je suis déçue, forcément, mais je n’ai pas l’impression d’en avoir de côté, de m’être réservée non plus, analyset-elle à chaud. Peut-être qu’il me faut plus d’assimilati­on du travail avec Philippe (Lucas, son entraîneur). Je ne sais pas. On va débriefer. Là, je suis plutôt déçue du temps mais je n’avais pas 1’55’’2 (le chrono pour l’argent), c’est sûr.»

“Un énorme soulagemen­t après toutes ces années de galère

Son nouvel entraîneur le répétait depuis des mois, sa nageuse ne serait pas prête à performer aux Championna­ts du monde. Il lui demandait de la patience. Le chantier entamé le 12octobre nécessite un gros travail de reconstruc­tion. La Niçoise est arrivée en petits morceaux à Martigues (Bouches-du-Rhône), il faut recoller les pièces tout en ajoutant de nouveaux éléments. «Quand je suis arrivée avec lui, il y avait beaucoup de travail à faire : de l’endurance à retrouver, de la vitesse. C’est dur, en seulement huit mois, de tout travailler, explique-t-elle. Je suis arrivée ici à tâtons, il y avait une grosse opportunit­é, la troisième place était vraiment accessible. Mais si je ne l’ai pas fait ce soir (hier), c’est que je l’avais pas, que je ne pouvais pas, c’est tout.» Bonnet a beaucoup travaillé mais elle identifie encore des lacunes un peu partout. Lucas a déjà annoncé que les séances de musculatio­n, allégées en raison d’une épaule douloureus­e, vont s’intensifie­r l’année prochaine car son élève doit gagner en explosivit­é.

«Si tu ne retrouves pas ta vitesse et ton explosivit­é sur 100 m, si tu n’as pas la caisse, tu ne peux pas» , avait-il prévenu. Bonnet en a bien conscience et cette finale, elle la prend plutôt comme «un énorme soulagemen­t après toutes ces années de galère» . Elle qui peut se triturer les méninges, est apparue sereine avec l’envie de se projeter plutôt que de tout jeter. Elle pense aux Championna­ts d’Europe à Rome à la mi-août. Depuis quelques mois, elle parle de «patience» , de son besoin d’avoir du temps pour apprivoise­r la méthode Lucas, elle n’a pas changé de discours. Elle n’a pas gagné hier mais elle a déjà montré une stabilité émotionnel­le rassurante.

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CHARLOTTE BONNET

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Charlotte Bonnet espérait évidemment mieux lors de la finale du 200 m dos remporté par la Chinoise Junxuan Yang.

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