L'Equipe

En salle d’attente

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALBAN TRAQUET 8juillet.

Le procès de Michel Platini et Sepp Blatter a pris fin hier. L’ex-président de l’UEFA, qui s’est dit « sali » par l’affaire des 2 millions de francs suisses, attend désormais comme le Suisse le prononcé du jugement, qui aura lieu le 8 juillet.

“J’exprime ma confiance dans la justice de ce tribunal pour rétablir la vérité dans sa décision

MICHEL'PLA'TINI

BELLINZONE (SUI) – Il a eu 67ans hier et a tracé un trait d’humour avec une rime, lors d’une pause dans ces derniers débats, pour glisser qu’il avait « déjà fêté un anniversai­re à Guadalajar­a» et qu’il fêtait «celui-là à Bellinzona» . Deux salles, deux ambiances. Le souvenir impérissab­le du stade Jalisco et ce monument du jeu, l’éliminatio­n du Brésil par les Bleus de « Platoche » (1-1, 4-3 t.a.b.) le 21juin 1986, en quarts de finale de la Coupe du monde au Mexique. Et trente-six ans plus tard, dans une tout autre vie, la salle d’audience du Tribunal pénal fédéral (TPF) de la cité tessinoise où s’est achevé, avec un jour d’avance, ce procès pour soupçons d’ «escroqueri­e, gestion déloyale, abus de confiance et faux dans les titres» . Et où le triple Ballon d’Or a comparu comme prévenu depuis le 8juin avec Sepp Blatter (86ans), ancien président de la FIFA.

Les deux hommes se sont serré la main avec civilité au moment du départ, alors que leurs chemins minés se séparent de nouveau jusqu’au 8 juillet, date du prononcé du jugement. L’ex-président de l’UEFA est rentré à Cassis et il a dit sa volonté de revenir à Bellinzone, dans moins de trois semaines, pour entendre le sort que lui réservera la cour des affaires pénales du TPF, dans cette affaire du paiement présumé déloyal de 2 millions de francs suisses, début 2011 (1,8 M€, à l’époque).

Le duo d’anciens dirigeants a eu droit aux derniers mots du procès, hier, à la mi-journée, après l’échange de répliques et de dupliques des parties. Blatter, affaibli, a parlé depuis sa chaise, puis Platini s’est avancé à la barre, avec une pointe d’émotion dans la voix, pour un discours de trois minutes, juste avant le baisser de rideau. «Je ne me suis pas investi dans les instances françaises, européenne­s et mondiales pour me retrouver devant le TPF, a-t-il lâché. Je n’ai jamais eu de carton rouge durant ma carrière, c’est ma grande fierté et c’est la plus grande fierté de mon papa (Aldo, décédé en 2017). J’exprime ma confiance dans la justice de ce tribunal pour rétablir la vérité dans sa décision, laver ce qui a été sali et bafoué, pendant sept longues années, et reconnaîtr­e la souffrance de ma famille. Merci.»

Il est un peu tôt pour l’ex-voto: malgré sa persistanc­e – feinte, réelle, ou un peu des deux – à ne pas comprendre ce qu’il fait sur le banc des accusés, Michel Platini a bien entendu le parquet suisse, le 15 juin, requérir un an et huit mois de prison avec sursis à son encontre, comme Sepp Blatter. Car sauf (rares) postures d’audience, il n’y a pas eu de surprises. L’avocat germanopho­ne du Lorrain, Me Dominic Nellen, qui a plaidé l’acquitteme­nt pour son célèbre client, s’attendait peu ou prou à la peine demandée par le ministère public de la Confédérat­ion (MPC, parquet) dans son réquisitoi­re.

De son côté, le procureur Thomas Hildbrand n’a pas été étonné du déroulemen­t de ce procès: il a systématiq­uement renvoyé les frappes de la défense sur un prétendu «complot» qui aurait été fatal à «Platoche», en 2015, alors qu’il comptait succéder à Blatter à la tête de l’instance mondiale. « Le MPC ne veut pas monter dans le train d’une théorie de la conspirati­on » , a rappelé le procureur dans sa réplique, tout en dénonçant l’ « énergie criminelle » des deux célèbres prévenus. «La défense a discuté de faits qui n’ont rien à voir avec l’accusation», a-t-il ajouté.

Dans cette optique, Blatter et Platini, dont la complicité avait définitive­ment volé en éclats au crépuscule du règne du Suisse, en 2015, avec le déclenchem­ent du FIFAgate, ont parfois adopté une stratégie convergent­e. Comme lorsqu’ils ont refusé de répondre, le 9juin, lors de leur interrogat­oire, aux questions de la FIFA. Platini avait prétexté «l’inculpatio­n » de son président, Gianni Infantino, dans une procédure ouverte en juillet202­0 à son encontre pour «incitation à l’abus d’autorité» , «violation du secret de fonction » et « entrave à l’action pénale», sur fond de soupçons de collusion entre la FIFA et des magistrats suisses.

La FIFA attend le retour des 2,2millions de francs suisses

L’avocat de Michel Platini a cependant tiré sur cette corde avec prudence, probableme­nt par crainte de braquer la cour avec ces « manoeuvres dilatoires » , comme les appelle la FIFA, partie civile lors du procès. Dans cette chasse à la « balance », ce supposé insider qui aurait transmis l’info du paiement suspect au parquet suisse, le TPF a quand même accepté, à la satisfacti­on du camp Platini, de convoquer Markus Kattner, ex-directeur financier de la FIFA, en témoin inattendu, le 14juin. L’Allemand a contredit la version livrée cinq jours plus tôt par l’ex-procureur en chef OIivier Thormann, qui avait affirmé que Kattner lui avait «donné l’informatio­n précise» de ce versement de 2millions le jour du « blitz» judiciaire au siège de la FIFA, le 27mai 2015. Et Me Nellen a immédiatem­ent déposé une plainte contre Thormann pour « faux témoignage» …

Dans cette saga d’intrigues et de gros sous, la «nouvelle FIFA» promue par Gianni Infantino n’en oublie pas ses intérêts: pointant un « enrichisse­ment illicite » de Platini, elle réclame le retour dans ses caisses du montant de 2,2 millions de francs suisses «détourné par les prévenus» , dont elle a demandé « la condamnati­on » . Pas de quoi perturber Me Lorenz Erni, l’avocat de Sepp Blatter, qui s’est distingué tout au long de ce procès par son savant détachemen­t ducal. Après avoir chambré le procureur Thomas Hildbrand sur sa référence littéraire lors de son réquisitoi­re – le magistrat avait cité l’auteur suisse Friedrich Dürrenmatt –, il a placidemen­t soufflé à la cour: « Sur le fond, vous allez aboutir à un acquitteme­nt. » Réponse le

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Michel Platini à Bellinzone, le 8 juin, lors de l’ouverture du procès.

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