L'Equipe

Paillaugue: «Il y a une part de destin»

Gravement blessé à un genou dès le premier match de la saison, le demi de mêlée de 34 ans est aujourd’hui aux commandes de Montpellie­r, qualifié en finale de Top 14, son dernier match au MHR.

- ROMAIN BERGOGNE

Lundi après-midi, en rentrant du GGL Stadium où les Montpellié­rains ont lancé leur (courte) semaine de préparatio­n de la finale contre Castres, vendredi soir, au Stade de Fr an ce(20h 45), Benoît Pa il laugue (34 ans) a pris quelques minutes au téléphone pour évoquer ce grand rendez-vous qui rassemble beaucoup de symboles pour lui. Au club depuis 2009, il a commencé sa saison par une grave blessure à un genou (le 4 septembre 2021 à Toulon, 24-24), s’est battu pour revenir et jouer face à Castres un titre qui serait historique pour un MHR qu’il va quitter sans amertume.

«Commentall­ez-vousaprèsc­ettedemifi­nalerempor­téecontreB­ordeaux(19-10)?

Ç’aétédurphy­siquementa­veclachale­ur, lesimpacts.Enphasefin­ale,çatapeplus fort.Ç’aétécompli­quéparmome­nts,mais onvasurtou­tinsisters­urlarécupé­ration pourêtrepr­êtsvendred­isoir.

Endemies,onasentiun­eénormefor­ce collective...

Les mecs étaient concernés toute la semaine. On sentait qu’ ils avaient hâte d’ être à ce match-là, après avoir travaillé toute l’ année pour ça. On sent que le groupe a les yeux rivés sur le même objectif. Si le groupe est un peu éparpillé ou pas dans la même dimension mentale, c’ est un peu compliqué ... Et sur ce match-là, tout était réuni. Un match, c’ est bien, mais le plus dur, c’ est de le refaire en finale. C’ est vous qui avez parlé en dernier dans le vestiaire avant la demie. Il n’ y a rien de calculé. Les leader sont tous la parole libre et j’ ai eu envie de prendre la parole à ce moment-là parceque je sentais qu’ il fallait que je le fasse. Surquoiave­z-vousinsist­é? Là, il n’ y a plus de technique, plus de stratégie ... Il y a juste l’ envie qu’ on doit avoir de se dépasser les uns pour les autres et savoir ce quel’ on veut vraiment. Nous n’ étions selon moi pas favoris sur cette demie et nous n’ avions donc rien à perdre. Il faut se lâcher et penser aux copains qui malheureus­ement sont blessé soudans les tribunes et qui ne vont pas jouer.

“On est à quatre-vingts minutes de pouvoir écrire à jamais l’histoire du club

Entre Guil' he' mGu ira do qui remonte le groupe à la fin de l’ échauffeme­nt et vous dans le vestiaire, vous arrivez à créer une super énergie dans l’ avant match. Ce n’ est pas très compliqué pour nous. Gu il hem arrête àlaf inde la saison, moi, je vais partir donc on avait une motivation encore plus forte que les autres. On a voulu emmener tout le monde avec nous. Mais même sans ces derniers mots, tout le monde était prêt.

Qu’est-cequivousa­leplusmarq­ué surcematch­auniveauco­llectif?

Qu’ on soit tous des meurt-de-faim en défense et en attaque. On n’ a pas eu peur de l’ événement en fait. Il y a des anciens qui ont connu tout ça, mais aussi beaucoup de jeunes pour qui c’ était la première demie. Et devoir que tout a pris sur ce match, que tout le monde avait cette hargne ... Je me souviens de cette première action défensive où on récupère une pénalité. Là, vous vous dites“c’ est bon, on y est, on n’ est pas spectateur­s ”. Vous vous êtes gravement blessé dès la première journée à un genou. Comment avez-vous vécu cette longue convalesce­nce? Au début, très mal, parceque je sais ce que c’ est et que ça va être très très long de revenir( il avait subi la même blessure en 2018). Vous entrez dans une spirale assez négative. La chance que j’ ai eue, c’ est que je savais où je mettais les pieds et comment gérer ma ré éducation. Et je me suis très vite mis l’ objectif de rejouer cette saison. En 2018, je me fais la même blessure, en mars, et je sais que ma saison est foutue alors qu’ on est premiers du classement( et futurs finalistes, battus par ... Castres ,13-29)... Là, c’ était différent, car j’ avais cet objectif de jouer enfin de saison, je me le répétais dans les moments où ça allait moins bien. J’ ai même réussi à revenir un peu plus tôt. Vous êtes même propulsé directemen­t titulaire, fin avril, lors du choc contre Bordeaux, qui s’ est terminé parunedéfa­ite(22-23,23e journée)… La blessure de C obus( Rein a ch, épaule) a accéléré les choses. À notre poste, quand vous revenez après de longs mois d’ absence, il vous faut du temps. Le malheur

de C obus m’ a remis dans le bain tout de suite, il faut croire qu’ il y a une part de destin. Et vous vous sentez bien finalement? Très bien, oui. Je n’ avais pas d’ appréhensi­on sur mon genou, car je savais que j’ avais bien travaillé, mais je me demandais si j’ allais retrouver un niveau rapidement. Ce n’ est pas évident après s’ être“fait un croisé ”, qui plus est quand vous revenez enfin de saison, avec toutes les responsabi­lités du poste, animateur et aussi buteur. Il m’ a fallu deux match es je dirais pour retrouver les sensations et, à 34 ans, j’ avoue que ça m’ a surpris. C’ est là que je me dis qu’ il m’enresteunp­eu. Sur un plan émotionnel, comment vous sentez-vous une fois la qualificat­ion enfinaleac­quise? Je suis comme un gamin parceque je sais d’ où je reviens, ce que j’ ai traversé pour être là. Je sais que c’ est ma dernière saison avec le club et finir en beauté avec une finale, c’ est quelquecho­se de jouissif. On est à quatre-vingts minutes de pouvoir écrire à jamais l’ histoire du club. Ça fait beaucoup de symboles ... Est-ce que vous arrivez à mettre tout ça de côté dans votre préparatio­n de la finale?

Je le gère à ma manière. Je vais parfois me mettre la pression dans des moments de doute pour pouvoir ressortir le meilleur de moi. J’ aime cette sensation de ne pas pouvoir toujours tout maîtriser avant les match es, de me laisser parfois ...( Il hésite .) Pas submerger, mais disons être atteint parles émotions. Je les laisse venir et, le jour du match, je sais que je peux les mettre de côté. J’ essaie de profiter de chaque instant pour qu’ il soit fort en fait.

“Je suis extrêmemen­t motivé à l’idée de bien finir avec mon club. Et impatient de découvrir autre chose à Toulon

Vous avez signé un c ont ra' td' e deux ans à Toulon. Dans quel état d’ esprit étiez-vous quand vous avez ac té votre départ duMHR? Je n’ étais pas amer car c’ est ma décision. J’ aurais aimé que ça se passe autrement, car je n’ aurais jamais imaginé partir, mais je pense que c’ est la meilleure décision pour moi et le club. Il faut passer à autre chose. Je ne suis ni amer ni rancunier. C’ est mon histoire, il y a eu des moments magnifique­s, de tristesse, et aussi d’ incompréhe­nsion, mais je ne regrette absolument rien. Si je devais le refaire, je referais tout pareil. Même les erreurs, car elles m’ ont permis d’ être l’ homme que je suis devenu et qui va jouer une finale dans quelques jours. Je suis extrêmemen­t motivé à l’ idée de bien finir avec mon club. Et impatient de découvrir autre chose à Toulon .»

erratum

Nous avons écrit par erreur dans notre édition d’hier que Louis Picamoles avait perdu la finale 2011 avec Montpellie­r contre Toulouse. Il l’avait au contraire gagnée avec Toulouse (15-10).

 ?? ?? Longtemps blessé cette saison, Benoît Paillaugue sera bien à la manoeuvre du MHR vendredi soir au Stade de France contre Castres pour la finale du Top 14.
Longtemps blessé cette saison, Benoît Paillaugue sera bien à la manoeuvre du MHR vendredi soir au Stade de France contre Castres pour la finale du Top 14.

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