L'Equipe

Nadal, smog ou encore

De retour à Wimbledon trois ans après sa dernière demie, le Majorquin n’a guère de visibilité. Ni sur le traitement qui a aujourd’hui atténué nettement ses douleurs au pied gauche, ni sur la façon dont son jeu s’adaptera au gazon londonien.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL DAVID LORIOT

LONDRES – À Wimbledon, Rafael Nadal ne veut pas voir plus loin que le bout de son pied dans l’herbe. On lui parle d’histoire, de demi-Chelem accompli, d’aventures aux confins de l’exceptionn­el depuis six mois, mais l’Esp a g n o l s’ a c c r o c h e a u x sensations, s’arrime aux ressentis du moment. Simplement. Victorieux à Roland-Garros de son 22e Grand Chelem, à grandes salves d’injections d’anesthésia­nt dans les nerfs d’un pied gauche dont il ne pouvait autrement chasser les douleurs, Nadal a tourné la page et il ne veut plus de tout cela.

Un pied à l’endroit

Il y a trois semaines, il a initié un nouveau traitement de radiofréqu­ences pulsées afin d’engourdir les nerfs. Jusqu’ici, le résultat est probant. Mais si le pied gauche semble le laisser en paix, le double vainqueur de Wimbledon (2008, 2010), sur une surface qu’il a tour à tour domptée, redoutée puis de nouveau apprivoisé­e, sait aussi que l’équation de sa quinzaine londonienn­e comporte beaucoup d’inconnues.

Comment peut-on imaginer qu’un homme que l’on a vu marcher deux fois avec des béquilles en neuf mois soit aujourd’hui toujours en chemin pour un Grand Chelem calendaire? Il en est ainsi pourtant de Rafael Nadal. Le 11 septembre 2021, l’Espagnol sortait en claudiquan­t d’une clinique barcelonai­se, après une interventi­on sur son pied gauche meurtri depuis ses 18ans par une ostéonécro­se de l’os naviculair­e, communémen­t appelée syndrome de Müller-Weiss. Le 7juin dernier, c’est encore en béquilles, deux jours après son quatorzièm­e sacreàRola­nd-Garros,queNadal prenait son vol Barcelone-Majorque après avoir subi sa première séance d’injection par radiofréqu­ence pulsatile. Un traitement, comme un ultime «secours», qui consiste à envoyer un courant électrique afin d’engourdir les deux nerfs à l’origine du mal et « qui pourrait aider à diminuer la sensation de douleur permanente dans le pied », expliquait-il il y a quelques jours.

Et le voilà aujourd’hui à Wimbledon, debout, habité par une paix qui ne sera plus jamais inébranlab­le, conscient que chaque conquête désormais se fera sur un fil. La polémique et les suspicions autour des injections d’anesthésia­nt à répétition à Roland-Garros ne l’ont pas ébranlé d’un centimètre. Après deux séances de radiofréqu­ences, la première le 7juin donc, la deuxième le 12, son pied gauche va mieux et Nadal se satisfait de cela. « Si je suis ici, c’est parce que les choses vont bien. Je peux marcher normalemen­t presque tous les jours. Au réveil, je n’ai plus cette douleur que j’avais depuis un an et demi. À l’entraîneme­nt, je n’ai plus connu ces horribles journées où ça faisait terribleme­nt mal », racontait-il en conférence de presse avant-hier.

Un pied à l’an vert

S’il a opté pour ce traitement de la dernière chance plutôt que l’opération, qui l’aurait tenu éloigné des courts un long moment sans garantie de retour au plus haut niveau, Nadal est bien conscient de son caractère fragile, même s’il semble taire aujourd’hui la douleur. «L’évolution est satisfaisa­nte. C’est une avancée. Le traitement n’a pas guéri ma blessure, il m’a re

tiré de la douleur. Pour combien de temps ? Je ne veux pas y penser quand je vais sur le court», aviset-il désormais.

Nadal et le gazon, ce n’est pas une histoire étale et ordinaire. Plutôt une valse à trois temps. Au départ, l’Espagnol n’a ni le profil ni le jeu typé pour se régaler sur cette surface. Pourtant, dès 2003, pour sa première apparition à «Wim», Nadal atteint les demi-finales chez les juniors. Son intensité sur les appuis, sa mobilité, primordial­e sur gazon, font merveille et compensent allègremen­t un service pas franchemen­t dévastateu­r.

De 2006 à 2011, Nadal honore tous les rendez-vous avec cinq finales en cinq tournois (il est absent en 2009) dont ses deux titres, en 2008 après une finale d’anthologie face à Roger Federer et en 2010 contre Tomas Berdych. Derrière, l’histoire est moins folle. Blessé au genou gauche au deuxième tour contre le Tchèque Lukas Rosol en 2012, l’Espagnol, soudain, appréhende l’événement. Moins engagé, beaucoup plus prudent sur les appuis et les flexions, Nadal ne dépasse plus le stade des huitièmes de finale jusqu’en 2017 ! Mais lorsque ses genoux le laissent tranquille et font le travail à nouveau, comme en 2018 et en 2019, l’Espagnol retrouve sa place au premier rang et aligne deux demi-finales, dont un combat magnifique perdu en cinq sets (8-10 au 5e) face à Novak Djokovic il y a quatre ans.

Qu’en sera-t-il de ce Wimbledon, dans la foulée d’une demiannée impensable et inespérée pour le Majorquin? «C’est le tournoi le plus imprévisib­le pour moi. Ça fait longtemps que je n’ai plus joué ici. C’est plus simple quand vous avez un historique récent, des repères», tempérait-il avant-hier. Certes. Mais si son pied gauche ne le tourmente pas, Nadal sera à la bagarre pour le titre. L’histoire tambourine à sa porte comme jamais elle n’a toqué de toute sa carrière. Même le terrain semble avoir été damé pour lui. Avec les quelques entraîneme­nts disputés sur le Centre Court, à rebours de la sacro-sainte tradition du All England, l’herbe n’est déjà plus impeccable­ment verte et l’Espagnol pourra presque y voir un bout de terre rassurant dès son premier tour, demain, face à l’Argentin Francisco Cerundolo (40e).

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 ?? ?? Rafael Nadal ajuste ses bandages au pied gauche lors d’un entraîneme­nt, vendredi à Wimbledon. Juste avant, il était tout sourire dans les allées du All England.
Rafael Nadal ajuste ses bandages au pied gauche lors d’un entraîneme­nt, vendredi à Wimbledon. Juste avant, il était tout sourire dans les allées du All England.
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Rafael Nadal entame demain son 15e Wimbledon, avec l’espoir d’un 3e titre en Grande-Bretagne et d’un 23e Majeur.

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