L'Equipe

SENEGAL Nouvel eldorado de la Ligue 1

L’été dernier, les Sénégalais représenta­ient le contingent le plus important des joueurs étrangers de la L1 devant les Brésiliens. Le pays, vainqueur de la CAN en février, est devenu une destinatio­n prisée par les dirigeants français en quête de pépites.

- DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX TEXTES HERVÉ PENOT PHOTOS JEAN-MARIE HERVIO

DAKAR, SALY – El Hadji Seck, l’entraîneur du Demba Diop FC, se lève, s’excite, replace ses hommes sur un synthétiqu­e fatigué. Le vent charrie le sable de Saly, ville lovée au bord de l’océan Atlantique, à une cinquantai­ne de kilomètres au sud de Dakar. Depuis sa tribune de fortune, Dado Prso scrute cette rencontre de L2 sénégalais­e. À la sortie du terrain, sur le chemin d’un vestiaire vieillot, chacun vient le saluer, lui claquer une bise ou lui frapper dans la main. L’ancien attaquant de Monaco (47ans), corps encore solide, bronzé, tongs aux pieds, délivre des conseils de sa voix rauque. «La prochaine fois, sois plus proche du but!», glisse-t-il à un protégé.

Sous un soleil finissant, en ce dimanche d’avril, le Croate salue encore Demba Diop, le président éponyme du club, se marre avec des proches, très à l’aise dans cet univers. Depuis janvier202­1, Bernard LaporteFra­y, le président de Pau, et lui ont racheté le Demba Diop FC. Prso, ancien coach de l’escouade offensive de Pau, adjoint de Bruno Irles (actuel entraîneur de Troyes), avale les kilomètres pour détecter les perles rares.

L’autre Classique OM-PSG

Aujourd’hui, Demba Diop n’a pas encore de centre de formation, seulement des équipes où le salaire n’excède pas les 200 euros mensuels. «J’ai vécu au Sénégal et j’ai rencontré les dirigeants de Génération Foot dont Mady Touré ( le président) et Olivier Perrin ( le manager général placé par le FC Metz) et on a sympathisé, explique Laporte-Fray. Ils nous ont prêté des joueurs à Pau ( Cheikh-Tidiane Sabaly, 2019-2021, et Lamine Gueye, 2018-2020), ça nous a permis de passer un cap, d’abord en nous maintenant en National puis en montant en L2.» D’où l’idée de cette prise d’intérêt qui pourrait profiter plus tard à son club.

Le président suit une voie tracée par de nombreux prédécesse­urs. Demba Diop FC évolue sur les installati­ons de Diambars, partenaire privilégié de l’OM depuis la signature d’une convention de trois ans fin 2019 et dont Bamba Dieng représente le premier fleuron exporté sous la tunique olympienne.Surplace,Marseillea­dépêché deux entraîneur­s, l’un en formation, l’autre en postformat­ion, pour enclencher une dynamique, gérer l’évolution. Et possède une option prioritair­e sur deux talents locaux.

À quelques kilomètres de là, à vol d’oiseau, les enseignes de la PSG Academy fleurissen­t sur les murs de la Tanière, le complexe sportif construit par Bruno Metsu, l’ancien sélectionn­eur des Lions de laTeranga,décédéen20­13,etsafemmeV­iviane. Au bout d’une piste rebondissa­nte en latérite, on atteint l’une des très nombreuses filiales du club de la capitale française à l’étranger (1). La situation reste cocasse: à près de 4000 kilomètres de la France, on pourrait assister à un Classique sous les tropiques. Cette concurrenc­e entre ennemis héréditair­es n’existe toutefois pas ici. Même à l’Academy, des enfants parlent de Marseille comme d’un but à atteindre.

Et si l’OM a délaissé tout signe extérieur de présence à Diambars, pas même un petit écriteau sur le bâtiment principal, Paris ne lésine pas sur sa pub. «Ici, c’est Paris», s’inscrit, en gros, sur le mur d’enceinte du terrain. Et le bus siglé PSG ne passe jamais inaperçu dans les rues de Saly…

La PSG Academy n’a toutefois rien à voir avec le projet Diambars ou ceux d’autres clubs qui viennent dans cette région avec l’espoir de renforcer un jour leurs effectifs. Les sommes réclamées à certains internes (25000euros l’année avec les cours à l’école française) soulignent la différence d’approche. Il s’agit plus de mettre en valeur la marque que de façonner les joyaux de demain.

”Le Championna­t français est une vitrine, c’est celui qu’on regarde le plus

ENTRAÎNE'UR'À

PÈRE DIAKHOU, GÉNÉRATION FOOT Au fil du temps, le Sénégal est ainsi devenu l’eldorado de l’Hexagone. En L1, avec 26 joueurs en début de saison 2021-2022, le pays représenta­it le premier contingent d’étrangers juste devant le Brésil (24) et le Mali (16). Et ce n’est pas fini. On annonce la venue, bientôt, de Toulouse, Rennes a regardé des possibilit­és d’investisse­ment, visiblemen­t sans donner suite, l’ancien internatio­nal sénégalais Demba Ba travaille à la concrétisa­tion d’un projet et les scouts se bousculent... Un espoir de chez Étienne

Mendy, l’ancien Stéphanois, devrait par exemple débarquer à Brest.

À Dakar Sacré-Coeur, niché dans un quartier de la capitale, assez simple de reconnaîtr­e le partenaria­t. Un portrait géant de Sidney Govou, le parrain, accueille les visiteurs dès l’entrée. L’OL subvention­ne, refile du matériel, comme des appareils de muscu, des maillots, des shorts, et espère profiter des profils les plus intéressan­ts.

DSC en a déjà envoyé trois à Lyon, notamment Abdoulaye Ndiaye, 20ans, en octobre202­0. Une blessure à un genou a freiné sa progressio­n et l’a contraint à revenir à la maison pour un temps. « C’était super làbas», s’enthousias­me, allongé sur une table de massage, le défenseur central, apparu troisfoisa­veclespros­lorsdelasa­ison202020­21, et qui a été prêté sans option d’achat à Bastia (L2) pour la saison à venir.

Les décideurs ont compris l’intérêt d’investir ici

”Ils sont à fond tout le temps car ils veulent voyager.

C’est leur but, ça change tellement la vie pour leur famille

D'AK'AR

DAVID LAUBERTIE, ENTRAÎNEUR DE SACRÉ-COEUR

Ndiaye se ressource sur un site où l’OL a customisé l’endroit. Comme Metz le pionnier à Génération Foot (GF), à une vingtaine de kilomètres de Dakar où tout rappelle la collaborat­ion fructueuse avec les Grenats. Père Diakhou, entraîneur de la neuvième promotion, à l’origine de l’arrivée d’Ismaïla Sarr à GF, explique cette montée en puissance du Sénégal en France. «On a une longuehist­oirecommun­e.LeChampion­natfrançai­s est une vitrine, c’est celui qu’on regarde le plus. On est francophon­e et c’est plus simple pour les jeunes d’aller en France. Alors on pense à la France mais la France pense à nous en retour. Et on peut dire que le Sénégal est devenu le grenier de la France.

Il rigole de son effet comme un résumé assez fidèle de cette nouvelle réalité. «Le foot sénégalais est le deuxième exportateu­r de joueurs (2) en Afrique après le Nigeria, qui compte plus de 200 millions d’habitants (17 millions environ au Sénégal), souligne Bruno Rohart, l’entraîneur français de Diambars, ancien formateur au Havre. Il y a une grosse communauté sénégalais­e en France. La mentalité passe bien. C’est un peuple voyageur, et cinq heures d’avion, ça va vite.»

Les décideurs ont compris l’intérêt d’investir sur la terre de Sadio Mané, ce phénomène mondial, en quête de successeur­s potentiels. Les footeux en herbe voient la France comme une passerelle vers leur rêve. « J’espère montrer ce que je vaux, comme lui », glisse Sedyna Coly, 17 ans, cinqans de GF sous les crampons. Il avoue, timidement: «Je veux aider la famille et j’aimerais aller en France, j’aime l’OM et le PSG, mais l’Espagne et l’Angleterre aussi m’intéressen­t.» Des pays moins rattachés à l’Afrique francophon­e, qui zappent souvent cette zone d’influence. D’où l’impact grandissan­t de la France.

Laporte-Fray tempère toutefois les bienfaits immédiats de ces échanges: «On le fait dans ce sens car ça coûte moins cher en investisse­ment, mais la vérité, c’est que les joueurs doivent terminer leur formation en France. Aujourd’hui, pour moi, que ce soit Génération Foot ou un autre centre, je ne vois pas un joueur capable d’être intégré, même en L2, directemen­t. Il faut donc prendre un joueur qui rayonne dans une académie, le former un

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L’OL, partenaire de l’AS Dakar Sacré-Coeur (photo principale), le PSG, par le biais de son Academy ou le FC Metz, affilié à Génération Foot (ci-dessus), ont compris l’intérêt de s’installer au Sénégal.

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