L'Equipe

Sénéchal, chef de meute

Après Rémi Cavagna l’an passé, Florian Sénéchal : avec seulement trois représenta­nts au départ, les Quick Step ont encore régné sur la course des Championna­ts de France.

- DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE DOMINIQUE ISSARTEL

CHOLET (MAINE-ET-LOIRE) – Sur le podium, en écoutant la Marseillai­se interprété­e a cappella, Florian Sénéchal se mit à pleurer doucement. « C’était une vraie chanteuse, je n’avais jamais connu ça, c’était très émouvant. » Il pense à ce maillot tricolore et à ce qu’il s’était dit, vendredi soir, lors de la présentati­on des équipes, en saluant le public aux côtés des deux seuls autres membres de l’équipe Quick Step, Julian Alaphilipp­e et Rémi Cavagna. « J’étais dans notre tenue habituelle, à côté du maillot arc-en-cieletduma­illotbleu-blancrouge, et je me disais que ce serait bien que ce soit mon tour. »

Lui, le fidèle équipier, qui avait remporté sa plus belle victoire l’an dernier sur la Vuelta, en emmenant le sprint pour un Fabio Jakobsen qui s’était montré incapable de le suivre, il y croyait, malgré le maigre effectif de sa bande comparé aux armadas des écuries françaises (15 coureurs pour B & B Hotels et Arkéa-Samsic, 14 pour TotalEnerg­ies, Cofidis et AG2R-Citroën et 13 pour Groupama-FDJ). « Quand on est allés reconnaîtr­e le circuit avec Julian, racontait-il une fois redescendu du podium, on était un peu foufous en réalisant qu’il n’était pas si facile malgré tous les commentair­es qui disaient que ça finirait en sprint massif. Je le sentais bien, ça ne s’explique pas. » Ou peut-être que si. Car il suffisait d’observer au départ le petit groupe formé par Florian Sénéchal, Rémi Cavagna et Julian Alaphilipp­e pour percevoir leur joie d’être ensemble, soudés face aux autres. « C’est rigolo de se rendre compte qu’on leur fait peur depuis deux ans ( Alaphilipp­e avait terminé 3e en 2020 et Cavagna l’avait emportél’andernier), àtroiscont­redixhuit ( sic), expliquait le Nordiste de 28 ans. Pour se motiver, entre nous, on se dit: “On va les niquer!” Et ça marche! » Cette année encore, ils ont préparé leur coup sans pression pendant deux jours, en allant au restaurant avec le directeur sportif Geert De Bondt, le coach Franck Alaphilipp­e, le masseur et le mécano dépêchés par Quick Step. « Il y avait aussi Marion (Rousse, la compagne d’Alaphilipp­e) et ma femme (Margaux), poursuit Sénéchal, qui d’habitude ne vient jamais car il y a trop d’agitation. Là, il n’y avait aucun stress; Julian répétait qu’il était là pour se faire plaisir. Bon, moi, vraiment, je voulais gagner! »

Dans le bus hier matin, alors que les trois coureurs de Quick Step savaient qu’il faudrait durcir la course pour éliminer les deux meilleurs sprinteurs, Arnaud Démare et Bryan Coquard, c’est lui qui a esquissé la stratégie. « J’ai dit qu’on ne devait pas aller dans l’échappée car les mecs ne rouleraien­t pas si l’un de nous était dans le groupe. J’ai suggéré qu’on attende les deux derniers tours.» Àce moment-là, à 30 kilomètres du but, Rémi Cavagna, véritable machine à rouler, était autorisé à tenter sa chance « mais il n’y avait que deux gars (Adrien Petit et Mathis Louvel) avec [lui] et c’était compliqué de faire un écart» .

Sa sélection au Tour de France toujours en suspens

Derrière, dans le peloton, Julian Alaphilipp­e faisait comprendre à Sénéchal que ses jambes n’ étaient «pas au top » et que ce serait à lui de jouer. « À ce moment-là, se souvient ce dernier, Cofidis et la FDJ imposaient un gros rythme, si fort que Bryan et Arnaud souffraien­t. Quand j’ai vu ça, j’ai demandé à Julian de me remonter. Un champion du monde qui te replace, c’est motivant. Il y a

“Pour se motiver, entre nous, on se dit : “On va les niquer !” Et ça marche ''

FLORIAN SÉNÉCHAL

deux ans, sur le circuit de GrandChamp ( en Bretagne), j’avais mis le peloton en file indienne pour lui et je savais qu’il me renverrait l’ascenseur. L’avoir là, juste devant moi, cela me donnait confiance, je sentais ma puissance. »

Au fil du long sprint qui s’est engagé entre lui et Anthony Turgis (TotalÉnerg­ies), encore deuxième des Championna­ts de France après 2018, il ne craquait pas. «Ça fait du bien après un début de saison où j’ai accumulé les pépins: chutes, crevaisons, problèmes mécaniques (notamment sur Paris-Roubaix). Cette victoire est maintenant la plus belle de ma carrière. » Seule ombre au tableau, l’incertitud­e qui plane sur la sélection Quick Step pour le Tour de France (1er-24 juillet) et qui ne concerne pas seulement Alaphilipp­e. Quand on évoque le sujet, Florian Sénéchal se ferme un peu: « Cette année, c’est compliqué; on est à cinq jours, on ne sait pas. Mais moi, je ne suis que coureur, c’est le staff qui est responsabl­e. J’aurais peut-être un message sur la route enrentrant­chezmoices­oir,oupeutêtre demain matin, ou peut-être pas du tout. C’est sûr que j’adorerais porter le maillot tricolore sur les étapes dans le nord de la France, chez moi, à Arenberg et à Calais… En attendant, j’ai hâte de voir à quoi il va ressembler. Bon, j’ai vu celui de Rémi toute l’année mais j’ai envie de voir le mien, de le toucher.»

 ?? ?? Florian Sénéchal a réglé au sprint une échappée de cinq coureurs, devançant sur la ligne de Cholet Anthony Turgis, Axel Zingle (à gauche), Warren Barguil et Benjamin Thomas (à droite).
Florian Sénéchal a réglé au sprint une échappée de cinq coureurs, devançant sur la ligne de Cholet Anthony Turgis, Axel Zingle (à gauche), Warren Barguil et Benjamin Thomas (à droite).
 ?? ?? Toute l’émotion du nouveau champion de France sur le podium, au moment d’écouter « la Marseillai­se », le maillot tricolore sur les épaules.
Toute l’émotion du nouveau champion de France sur le podium, au moment d’écouter « la Marseillai­se », le maillot tricolore sur les épaules.
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