L'Equipe

Un certain mystère

Le Japon a peu joué depuis son Mondial en 2019, à cause de la pandémie. Les Bleus partent donc un peu dans l’inconnu et se méfient de ces « Brave Blossoms » qu’ils vont redécouvri­r.

- ADRIEN CORÉE

C’est sûr, ça n’a pas le prestige d’une épopée sud-africaine ou d’un triptyque néo-zélandais. Mais à les écouter, les Bleus se contentent avec un soupçon de tension de l’opposant japonais qui leur est proposé au menu de cet été post-Grand Chelem.

William Servat, l’entraîneur en charge notamment de la mêlée tricolore, a en tout cas signalé qu’il se méfiait de ces « Brave Blossoms» (Fleurs courageuse­s en VF) un peu trop sous-estimés à son goût. « Il y a quelques années, le Japon pouvait paraître un petit peu en dessous mais, aujourd’hui, il est préparé de tout autre manière. Les joueurs sont différents et, honnêtemen­t, quand on voit cette équipe, elle nous inspire de la crainte » , a lâché l’ancien talonneur, qui a tracé le parallèle entre la sélection nippone et l’Italie, longtemps dévaluée, mais qui a su s’offrir plusieurs fois le scalp du quinze de France.

Certes, le Japon a connu de fulgurants progrès ces dernières saisons, dominant notamment l’Afrique du Sud (34-32) à la Coupe du monde 2015 sous les ordres d’Eddie Jones, avant d’obtenir une qualificat­ion historique pour les quarts de finale de son Mondial quatre ans plus tard, battant au passage l’Irlande (19-12) et l’Écosse (28-21) en poules. Mais si elle semble aujourd’hui faire moins peur, c’est que depuis son exploit de 2019 à la maison, la sélection a très peu eu l’occasion de se jauger, par la faute d’une certaine pandémie mondiale.

Depuis l’apparition du Covid-19, le Japon n’a en effet disputé que huit rencontres quand l’équipe de France en a cumulé vingt-cinq sur la même période. L’équipe de Jamie Joseph n’a repris le fil du circuit internatio­nal qu’en juillet 2021, connu une déculottée humiliante en Irlande (60-5), résisté férocement contre l’Australie (32-23) et l’Écosse (29-20) et accroché trois succès face à des sélections moins cotées, comme le Portugal (38-25) ou tout récemment l’Uruguay deux fois (34-15 et 43-7).

Un record de victoires à la clé

« Le Japon n’a pas énormément joué, mais il a disputé des matches qui ont eu de l’importance, estime Servat. C’est une équipe capable de bouger le paquet d’avants australien, qui sait marquer des essais sur ballon porté, qui a su étoffer son jeu. C’est une nation très respectueu­se, très exigeante et qui travaille énormément. Il y a largement de quoi construire une équipe de rugby autour de ces valeurs-là. Ils ont des joueurs qui se sont exportés, qui reviennent, qui amènent un savoir-faire… Le niveau du Championna­t a augmenté de façon vertigineu­se, ils se recyclent de manière perpétuell­e. C’est une équipe qui compte et qui comptera dans le futur, j’en suis sûr. »

Du côté des joueurs transpire une certaine impatience à l’idée de défier cet adversaire peu habituel. « On a vu une équipe qui met beaucoup de vitesse et de mouvement. On a hâte de s’opposer à eux » , sourit Antoine Hastoy, quand Dylan Cretin s’amuse de l’inconnue nippone: « C’est excitant car on ne les a pas trop vus ces derniers temps. »

Le staff tricolore a eu l’occasion de bien étudier son hôte, à l’image de Jérôme Garcès, en charge de la discipline des Bleus. « On a identifié pas mal de secteurs, assure l’ancien arbitre, en charge du fameux match du Japon face aux Boks en 2015. C’est une équipe qui est assez performant­e, qui joue un rugby rapide, avec des joueurs clés puissants. Ils attaquent énormément les rucks, sont toujours dans le match à la 70e minute. On s’attend vraiment à un rude combat.» S’ils veulent ajouter un neuvième succès à leur jolie série de victoires en cours, et ainsi battre le record historique du quinze de France, les Bleus ne devront pas regarder leurs adversaire­s de trop haut. Ils ne semblent pas partis pour.

 ?? ?? Les Japonais n’ont disputé que huit matches depuis octobre 2019 (ici contre l’Uruguay le 18 juin), quand les Français en ont joué vingt-cinq.
Les Japonais n’ont disputé que huit matches depuis octobre 2019 (ici contre l’Uruguay le 18 juin), quand les Français en ont joué vingt-cinq.

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