L'Equipe

Discrète sérénade

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL DAVID LORIOT

Serena Williams, ancienne n° 1 mondiale et septuple vainqueur de Wimbledon, opposée aujourd’hui à la Française Harmony Tan, revient sur le circuit un an après son abandon au premier tour sur le Centre Court. Dans quelle forme et avec quelles ambitions, l’Américaine n’en dit pas trop.

LONDRES – Tout le monde veut savoir. La presse américaine déterre les maigres indices comme des os au fond du jardin. Serena Williams, la diva du tennis féminin, 23 Grands Chelems au compteur, est de retour sur le Centre Court de Wimbledon. Invitée par les organisate­urs, l’Américaine, 1204e mondiale désormais et sept fois vainqueur ici, retrouve le circuit près d’un an après son abandon et ses larmes au premier tour face à Aliaksandr­a Sasnovich. À 40 ans, l’ancienne n°1 mondiale fait face au défi le plus immense de sa carrière. Alors qu’elle a déjà largement creusé le sillon de sa deuxième vie, mère de famille et businesswo­man accomplie, elle remonte une dernière fois dans le grand manège.

Forcément, on interroge, on quête. Qu’est-ce qui la pousse, que cherche-t-elle dans cet ultime come-back? Autour, la caravane s’émeut, trépigne aussi. Iga Swiatek, la Polonaise nouvelle reine indomptabl­e de la WTA, l’a croisée il y a quelques jours avec un sourire d’enfant. «Quand je l’ai vue, j’étais presque un peu bouleversé­e, racontait-elle. J’avais l’impression d’être revenue quelques années en arrière, quand j’étais trop timide pour oser dire bonjour à qui que ce soit.»

Serena Williams se pose là, sans rien dire ou presque, et l’ombre de l’icône plane loin, toujours. L’Américaine se contente de deux, trois phrases banales pour conter son improbable retour. Depuis ses premiers pas et ses deux victoires à Eastbourne en double, associée à la Tunisienne Ons Jabeur, la semaine passée, les mots ne se battent pas. «Je ne sais pas exactement quand j’ai pris la décision de revenir. J’ai fait de bonnes sessions d’entraîneme­nt, j’ai plutôt bien frappé la balle à Eastbourne. C’est en train de connecter» , résume-t-elle sans trémolos.

“Personne ne veut jouer contre elle au premier tour

'' PAULA BADOSA, 4e MONDIALE

Désormais suivie par Eric Hechtman, l’ancien coach de sa soeur Venus, Serena Williams n’entre pas non plus dans le secret de sa séparation d’avec son coach de dix ans, Patrick Mouratoglo­u. À la question d’un retour sur le Centre Court sans lui, elle répond avec une pointe de cynisme. «Oh, je n’y avais même pas pensé. Ça se passe bien.» La fin de la collaborat­ion est assez nébuleuse. Six semaines avant le début de Roland-Garros, Mouratoglo­u aurait tâté le terrain pour connaître la position de Williams quant à une participat­ion éventuelle au Majeur parisien. «Elle m’a dit qu’elle ne savait pas. Je lui ai dit que je l’attendais lundi pour l’entraîneme­nt et que si elle ne venait pas, je me considérer­ais comme libre» , rapportait Mouratoglo­u, cité par le média roumain Gazeta Sporturilo­r et engagé désormaisa­uprès deSimonaHa­lep.

Le halo de mystère demeure donc avant ses premiers pas dans l’herbe. Tennistiqu­ement, on ne sait pas grand-chose non plus. En double à Eastbourne, Serena Williams n’a joué qu’à moitié. Si le service et le coup droit demeurent puissammen­t armés, la mobilité de l’Américaine et sa vitesse de réaction sur gazon restent à juger sur un rectangle entier. Certaines de ses consoeurs envisagent d’ailleurs une reprise délicate. « Je pense que ce sera difficile, même super difficile pour elle » , prédit ainsi la n°7 mondiale, Karolina Pliskova.

Mais voilà, Serena Williams reste une « légende » comme le rappelait Swiatek. Et même à bientôt 41 ans, sans victoire en simple depuis le 4juin 2021 face à

Danielle Collins à Roland-Garros, et sans certitudes sur ses capacités physiques à tenir l’ensemble d’un match, ses adversaire­s du circuit étaient peu à vouloir se colleterav­ec«labête». «Biensûrque je ne veux pas jouer contre elle, clamait l’Espagnole, 4e mondiale, Paula Badosa. Personne ne veut jouer contre Serena au premier tour à Wimbledon.» Cet honneur revient aujourd’hui à la Française Harmony Tan. Une mémorable première fois.

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Serena Williams s'est entraînée sur le Centre Court avant Wimbledon le 24 juin.

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