L'Equipe

La machine McLaughlin

En battant samedi son troisième record du monde du 400 m haies en un an, la championne olympique a bien lancé les bases d’un été qui peut devenir exceptionn­el.

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL STÉPHANE KOHLER

EUGENE – Samedi, la finale du 400m haies femmes était la dernière épreuveaup­rogrammedu­3e jour des Trials, judicieuse­ment placée pour retenir jusqu’au bout l’intérêt des téléspecta­teurs de NBC. Même sans sa meilleure ennemie Dalilah Muhammad, forfait à Eugene en raison d’une douleur aux ischio-jambiers, Sydney McLaughlin (22ans) a donné raison à ceux qui sont restés devant leur écran, tout comme aux quelques milliers de spectateur­s présents au Hayward Field.

Sous une forte chaleur, la championne olympique a liquéfié la concurrenc­e, repoussée à plus d’une seconde et demie (Britton Wilson, 53’’08) pour s’imposer en 51’’41, nouveau record du monde. Ce fut le seul du week-end dans l’Oregon, mais déjà le troisième en un an pour l’une des rares athlètes dont le nom dit quelque chose au grand public américain.

En 2021 à Eugene, lors de ces mêmes Trials (51’’90), puis aux JO de Tokyo (51’’46), McLaughlin avait déjà affolé le chrono, poussé à chaque fois par Muhammad, championne du monde en 2019, vice-championne olympique au Japon et ancienne détentrice du record du monde (52’’16).

Samedi, ce fut donc avant tout une course contre elle-même que celle qui bénéficie d’un énorme contrat d’équipement­ier avec New Balance a menée. Départ rapide, maîtrise des intervalle­s, perte de vitesse minimale et capacité à tenir dans la dernière ligne droite même sans vraie opposition: l’athlète entraînée par Bob Kersee a laissé plus d’un témoin médusé devant tant d’aisance.

Record du monde, cheeseburg­er et pancakes

Début juin à Nashville, pour son premier 400m haies de la saison, McLaughlin avait déjà frappé très fort : 51’’61, malgré deux haies mal positionné­es par les organisate­urs. Cela n’avait pas échappé à Laurent Meuwly, l’entraîneur suisse de la Néerlandai­se Femke Bol, en bronze à Tokyo derrière le duo McLaughlin-Muhammad en 52’’03. «Après ce chrono de Nashville, la voir battre encore son record du monde ne m’a pas nécessaire­ment surpris, assure le technicien. J’ai même pensé qu’elle irait encore plus vite à Eugene. L’absence de Muhammad ou de Femke n’était pas forcément gênante. Sur le 400m haies on doit d’abord se concentrer sur le rythme des obstacles, et ne pas avoir à se préoccuper de ce qui se passe à côté de soi devient presque un avantage.»

Avant d’engloutir «autre chose que des légumes pour fêter le record, sans doute un cheeseburg­er et des pancakes» , McLaughlin est revenue sur sa vision de ce samedi idéal ou presque. « J’étais concentrée sur le fait de commettre le moins d’erreurs possible, a-t-elle indiqué. La course parfaite n’existe pas, il y a toujours des choses à travailler, et j’apprends jour après jour. Mais ce record du monde est un excellent indicateur avant les Mondiaux ici même dans trois semaines. On est à “Track

Town USA” et à chaque fois que je viens courir ici, je sens que quelque chose de fantastiqu­e va arriver. La saison a démarré très fort, on va continuer avec Bob et faire confiance à Dieu. Avoir bientôt ces Mondiaux à domicile est une occasion unique pour faire briller notre sport dans notre pays.»

51’’41, ce n’est qu’un début, sur une course parfaite je la vois capable de faire moins de 51 secondes

LAURENT 'MEU'WLY, ENTRAÎNEUR DE FEMKE BOL

Que peut viser l’étoile du «4 H» dans trois semaines au Hayward Field ? « Samedi, elle a couru en 14 foulées jusqu’à la septième haie, analyse Meuwly. C’est costaud, et ensuite elle ne commet pas d’erreur sur la deuxième partie de course, passe en 15 foulées et conserve de la vitesse, je l’ai mesurée dans les mêmes temps entre les haies. C’est très très rare. Pour moi, 51’’41, ce n’est qu’un début, sur une course parfaite je la vois capable de faire moins de 51 secondes.»

Aux Mondiaux? «Avec de bonnes conditions météo, l’adrénaline de la finale et Femke qui arrivera normalemen­t au sommet de sa saison, sans oublier bien sûr Muhammad qui est en principe prête quand ça compte…»

Les limites de la discipline risquent bien d’être encore repoussées. Il sera peut-être temps ensuite pour McLaughlin d’envisager un autre terrain de chasse, comme le 400m, où certains observateu­rs aussi avertis que Michael Johnson rêvent déjà d’une future confrontat­ion avec l’autre pépite féminine de l’athlétisme américain, la championne olympique du 800m Athing Mu, qui ne cache pas ses souhaits de se consacrer à moyen terme au tour de piste.

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Sydney McLaughlin a battu une nouvelle fois, samedi à Eugene, le record du monde du 400 m haies.

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