L'Equipe

Muller passe le message

Après deux années difficiles, la Mosellane, lâchée par de nombreux partenaire­s, s’est rappelée hier au souvenir de tous en décrochant l’argent sur le 5 km des Mondiaux de Budapest.

- SOPHIE DORGAN

Certaines performanc­es forcent le respect. Sa médaille d’argent du 5km, sa septième en Championna­ts du monde, Aurélie Muller est allée la chercher hier à Budapest à la force de sa déterminat­ion et de sa passion.

Depuis les Mondiaux de Gwangju (Corée du Sud) en 2019 et une cruelle onzième place sur 10km, synonyme de non-qualificat­ion aux Jeux de Tokyo, la Mosellane a nagé en eaux contraires. Malgré un palmarès long comme le bras, elle a perdu quasiment tous ses sponsors, s’est fait virer du club de Nice et a repris le chemin de son club d’enfance, Sarreguemi­nes (Moselle), pour retisser le lien de son histoire auprès de son nouvel entraîneur, Gilles Cattani.

“Cette médaille est aussi ma réponse aux partenaire­s qui m’ont laissé tomber ''

AURÉLIE MULLER

« Retrouver mon club, le cercle nautique de Sarreguemi­nes, retrouver mon territoire, la Moselle, ma famille, mes amis, m’a fait beaucoup de bien, avoue-t-elle.

Avec Gilles, on a appris à se connaître pendant ces quelques mois, ça récompense tout le travail qu’on a accompli durant une année. Je suis très fière de moi et très fière de nous.»

À 32ans, la triple championne du monde (10 km à Kazan en 2015 et 10 km et relais mixte à Budapest en 2017) a encore montré son tempéramen­t et son intelligen­ce de course. Depuis son arrivée en Hongrie, elle trépignait d’envie d’en découdre. «Ça faisait très longtemps que je n’avais pas fait une course à ce niveau, senti l’adrénaline, raconte en souriant la Française. Ça m’a même fait un peu bizarre pendant ces derniers jours, je n’en pouvais plus, il fallait que je plonge parce que je savais que j’étais prête.»

Sous le soleil de plomb de Budapest (35 degrés et une eau à 27 degrés), elle est restée en embuscade lors des deux premiers tours pour «garder de l’énergie» dans la perspectiv­e d’un dernier round costaud. Quand Ana Marcela Cunha a appuyé sur l’accélérate­ur, elle a suivi, mais la Brésilienn­e, double championne du monde du 5 et 10km en Corée du Sud, était trop forte.

« Il n’y a pas de regrets, Ana a été plus forte, c’est la meilleure nageuse du monde en eau libre, résume-t-elle. J’ai fait une course parfaite. Ça fait plaisir. Durant ces deux dernières années, je n’ai pas lâché et c’était vraiment très compliqué. J’ai perdu pratiqueme­nt tous mes partenaire­s. Cette médaille est aussi ma réponse aux partenaire­s qui m’ont laissé tomber. Je remarque que quand on vieillit, on nous lâche, c’est le cas dans plein d’autres sports. C’est vraiment pas cool. J’ai 32ans mais je suis toujours là, je suis en route pour Paris. » Tous les matins, elle se lève à l’aube pour s’entraîner dans le bassin de 25 mètres à Sarreguemi­nes. Elle mène une vie d’ascèse pour accéder à son rêve olympique, avec notamment deux stages d’un mois en altitude à Font-Romeu cette année, des kilomètres avalés avec Magali Mérino qui s’occupe du foncier. Aurélie Muller n’a pas dit son dernier mot, elle compte bien faire encore parler d’elle demain sur le 10 km, distance olympique. Les sponsors sont prévenus.

 ?? ?? Après la médaille d’argent, hier, sur le 5 km, Aurélie Muller compte bien se montrer demain sur le 10 km.
Après la médaille d’argent, hier, sur le 5 km, Aurélie Muller compte bien se montrer demain sur le 10 km.

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