L'Equipe

Mignoni: « Cette année, ce qu’on a construit a pris tout son sens»

Alors qu’il prend ses fonctions de comanager – avec Franck Azéma – du RC Toulon, l’ex-coach lyonnais est revenu sur ses sept années passées au LOU, ponctuées par un titre en Challenge européen.

- PATRICK SOWDEN

Pierre Mignoni (45 ans), qui a passé un septennat à la tête de Lyon, revient à Toulon, dont il a entraîné les lignes arrière entre2011 et2015. Retour sur ses années lyonnaises qui se sont achevées en beauté avec un titre en Challenge européen obtenu en finale face à ... Toulon (30-12).

«Voussouven­ez-vousdevotr­etout premier match sur le banc lyonnais?

C’ était un derby face àBour go in au Mat mu t St adium de Ve nis si eux (30-19, le 21 août 2015). Il y avait 5000 à 6000 spectateur­s, la majorité venue deBour go in. Et pour mon dernier match, c’ était 22000 personnes au Mat mu tdeGer land avec les deux champions d’ Europe( Lyon et La Rochelle) sur le terrain. Ça résume le travail qui a été réalisé et j’ en suis fier. DeBour go in à La Rochelle, ça fait 215 match es à la tête du L OU. Yen a-t-il un qui vous reste particuliè­rement enmémoire? Il yen a tant! J’ en citer ai deux dont on a peu parlé. Contre le Ra cingetf ace à Castres lors de la première année en Top 14. Face au Ra cing,c’ est notre premier àGer land, un match incroyable (37-25, le28janvie­r2017). Cettevicto­ire nous avait donné énormément de confiance car il y avait beaucoup de pression. On venait juste d’ être sacrés champions de France de Pro D 2. On avait attaqué en Top 14 et déménagé en pleine saison. Le centre d’ entraîneme­nt n’ était pas prêt. On a bricolé comme on a pu. C’ était des moments à vivre! Il a fallu vite s’ adapter tout en jouant notre saison sportive. Ce club n’ arrivait pas à se maintenir et il y avait de gros en jeux économique­s et sportifs. Avec le recul, je vois que ça nous a resserrés. On était condamnés à réussir.

EtCastres?

Notre victoire à Castres (16-17, le8avril20­17) scellenotr­e maintien définitive­ment. J’ avais l’ impression que les gens ne parlaient que de ça. Donc ça a été une délivrance et d’ un coup on pouvait passer à autre chose.

Et vous enchaînez avec deux demi-finales d’ affilée!V ou savez des regrets de ne pas êtreallésa­ubout? Aucun, car les deux fois, la défaite était logique. La première à Déc in es face à Montpellie­r (40-14), c’ est la défaite d’ un club jeune qui n’ est pas prêt à jouer ces matches-là. Pareil contre Clermont l’annéesuiva­nte( 33-13), onnemérita­itpas de gagner mêmes ion avait progressé. Vousauriez­peut-êtrepuendi­sputer une troisième si le Top 14 nes’étaitpas arrêtéen raisondu

Covid

Sans doute. On était deuxièmes, on aurait certaineme­nt fait la phase finale. C’ est comme ça! Il faut relativise­r. Des gens ont beaucoup souffert, alors l’ arrêt d’ un Championna­t… Cette période duCov ida été très dure, plus que triste. Mon pire souvenir de mes sept années ici. Les stades vides, la gestion du stress des gens, les n égos pour baisser les salaires, les réunions zoom… Ça a fait du mal dans tous les domaines, aux joueurs, supporters, partenaire­s, actionnair­es, la presse, toute l’ économie du sport. L’ année suivante, on a eu du ma là digérer, à repartir alors qu’ on était sur une dynamique. Pour votre dernière saison, vous remportez le Challenge européen( face à Toulon ,30-12) mais échouez à accrocher le top 6. Quel bilan faites-vous? Cette saison, on a déconné sur des moments clés. En même temps, cette année, tout a pris du relief, tout ce qu’ on a noué ensemble, staff et joueurs. Ce qu’ on a construit a pris tout son sens, toutes a valeur. L’ équipe était au centre de tout. C’ est ce qui te fait gagner sur les moments clés. C’ est ma plus grande fierté, au-delà du titre à Marseille. Parceque la vie ne s’ arrête pas aprèsunevi­ctoire. Mais elle était très importante, non? Bien sûr, car ça valide des choses, ça permet de garder confiance dans le projet. Gagner ce Challenge n’ est pas une finalité mais un tremplin. J’ ai entendu que ce n’ est pas un titre majeur. Quelque soit le titre, quelque soit le niveau, gagner un trophée est toujours important. Et c’ était face à Toulon– votrefutur­club–,qui vousavaité­jectés dutop6plus­tôt

danslasais­on.

(Il rit ). Il y a peut-être une destinée! Non, c’ est le hasard des choses. Quand j’ ai décidé de partir, rien n’ était fait avec Toulon. Bien sûr qu’ il y a de l’ affectif dans ma décision mais ce n’ est pas la raison principale. L’ idée, c’ est de continuer à construire l’ histoire de ce club. Avec Franck (Azéma) car je ne serais pas venu s’ il n’ avait pas été d’ accord sur le projet global. Cette victoire européenne ne vous donne pas de regret d’ avoir choisi de partir? Je fais le parallèle avec ma carrière de joueur. Je voulais arrêter en étant encore bien sur le terrain. C’ est un choix très personnel de dire stop, c’ est la même chose comme entraîneur. Il y a la peur de faire l’ année de trop. Je ne voulais pas vivre ça. Donc j’ ai dit stop. Peut-être ai-je tort mais c’ était mon choix. J’ en ai discuté avec Yann( R ou bert, président du L OU) et Olivier (Gin on, actionnair­e ). Je pouvais partir en 2023 comme prévu par rapport à mon contrat mais c’ était compliqué. Olivier Gin on était plutôt parti pour que je prolonge de cinq ans .“Plus, si vous voulez ”, m’ a-t-il dit .( Il sourit ). Ce n’ était pas le sujet. Doncaucunr­egret? Le seul, je l’ ai dit, c’ est que je n’ ai pas pu dire à mes joueurs les yeux dans les yeux que je partais car tout avait fui té deux jours avant la venue du Stade Français (26-22, le 5 février ). Mais les joueur sont été des seigneurs.Jordan( Taufua), lecapitain­e,m’a dit :“Si tues d’ accord, on ne parle pas de ça avant le match et tu nous en parles après .” Ça veut tout dire, c’ est venu de lui, d’ eux. Ce sont les joueurs qui sont déterminan­ts, pas les coach es. Les joueurs m’ ont tellement apporté! On a créé des liens forts. Pour moi, c’ est de l’ amour, une forme d’ amour. D’ où votre émotion lors du dernier match? J’ étais surpris par tous ces témoignage­s, tous ces cadeaux. J’ étais même gêné car on ne pense pas mériter tout ça, on fait juste son boulot. En arrivant au stade, il y avait la haie d’ honneur et tout au bout j’ ai vu ma femme, mes filles et derrière elles, toute la famille qui était montée, mes parents, mes oncles, mes cousins… Je n’ étais pas au courant. Ça a dû faire quelquecho­se à mon père de vivre ce moment dans ce stade .»

Ce sont les joueurs qui sont déterminan­ts, pas les coaches. Les joueurs m’ont tellement apporté ! On a créé des liens forts. Pour moi, c’est de l’amour, une forme d’amour ’’

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Pierre Mignoni garde de son passage au LOU le souvenir d’une aventure collective, au plus près de ses joueurs.
 ?? ?? Pierre Mignoni, le 5 juin, en marge de Lyon-La Rochelle (26-29), lors de la dernière journée de Top 14.
Pierre Mignoni, le 5 juin, en marge de Lyon-La Rochelle (26-29), lors de la dernière journée de Top 14.

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