L'Equipe

DEUXIEME ROUND

Canal+ et Amazon Prime Video

- ÉTIENNE MOATTI et SACHA NOKOVITCH

Ligue des champions

Ce matin, les diffuseurs télé doivent déposer leurs offres pour la retransmis­sion des Coupes d’Europe (2024-2027). La concurrenc­e entre Canal+ et Amazon Prime Video, déjà rivaux sur le Championna­t de France, pourrait avoir des répercussi­ons sur le montant des prochains droits de la L1.

Ballottés depuis des années entre une armée de diffuseurs, les fans de foot sauront, dans les heures ou les jours qui viennent, si un nouvel abonnement sera nécessaire pour regarder l’intégralit­é des Coupes d’Europe (diffusées aujourd’hui par Canal +, RMC Sport et beIN Sports).

L’UEFA a en effet invité les chaînes et les plateforme­s à remettre, ce matin à 11heures, leurs offres financière­s et qualitativ­es pour les droits de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Europa Conférence pour la période 2024-2027. Toutes ont planché sur les lots avec le même objectif: la conquête ou la rétention d’abonnés sans mettre en péril leur modèle économique. Sauf que cette fois, l’instance européenne a justement choisi de vendre une nouvelle formule survitamin­ée basée sur une équation toute simple : plus de matches pour plus d’argent ( voir infographi­e) !

Logiquemen­t, l’enjeu majeur pour les diffuseurs demeure la quête ou la prolongati­on de la prestigieu­se Ligue des champions. Notamment pour Canal+. Son président Maxime Saada n’en cachait d’ailleurs pas le poids, dans L’Équipe en avril, depuis son retour sur la chaîne cryptée cette saison : « Elle attire en moyenne 1,6million de téléspecta­teurs, la Formule 1 1,1M, la moto 800 000 et la Ligue 1 arrive quatrième avec 533 000 téléspecta­teurs de moyenne sur l’affiche du samedi soir et moins le dimanche (elles ne sont jamais diffusées en premium)… J’ai même envie de dire quatrième ex aequo puisque le Top 14 est à 528000.»

RMC Sport lui réglant un peu moins de la moitié de la facture de 310 M€ par saison pour codiffuser les deux meilleures affiches par semaine de la compétitio­n, sans réel impact sur ses audiences, l’affaire est bonne pour Canal+.

La bataille entre Canal+et Amazon s’annonce serrée

Tout l’inverse de la Ligue 1, pour laquelle la chaîne cryptée paye 332M€ annuels pour seulement deux matches de L1 par journée (sous-licenciés par beIN Sports), sans bénéficier de la crème de la crème. Les dix meilleures affiches sont réservées à Prime Video, comme tous les autres matches du Championna­t raflés il y a un an, pour 250M€ par saison. «Une iniquité concurrent­ielle», selon Canal+ qui traîne, sans succès pour le moment, la Ligue de football profession­nel (LFP) devant les tribunaux.

Amazon n’avait jusqu’alors jamais misé autant en Europe

pour un droit sportif et jamais sur un Championna­t national sur l’ensemble d’une saison. Mais elle a déjà mis un pied en Ligue des champions, comme en Allemagne et en Italie, où elle détient à chaque fois une des deux meilleures affiches pour le cycle en cours. Le marché des droits sportifs parie sur sa partici

pation aujourd’hui, a minima sur l’une des deux affiches si la plateforme respecte son positionne­ment premium. Team AG, l’agence qui officie pour l’UEFA, est même persuadée d’une arrivée en force. S’il ne s’agit pas d’un coup de bluff, la bataille avec Canal+ s’annonce donc serrée.

BeIN Sports devrait, pour sa part, tenter de maintenir son offre actuelle, à savoir le volume de

matches de C1. Sa stratégie paraît claire: ne pas avoir à renégocier à l’avenir le montant de son

deal de distributi­on avec Canal+, qui lui rapporte aujourd’hui 250 M€ par saison et lui permet enfin de gagner de l’argent sur le marché français. RMC Sport n’a plus misé sur des droits ultrapremi­ums depuis 2017 (elle avait récupéré l’intégralit­é de la C1 et de la C3 pour 350M€ par saison pour 2018-2021) et reste depuis dans les jupons de Canal+, avec laquelle elle négocie a posteriori des contrats de sous-licence. Si celui sur la Ligue des champions est toujours en cours, l’accord autour de la Premier League doit être renégocié d’ici la rentrée pour 2022-2025. S’il ne l’est pas, RMC Sport n’aurait plus de feuilleton à proposer le week-end et laisserait les rumeurs de désengagem­ent total dans le sport refaire surface.

Un résultat qui pourrait bouleverse­r les équilibres du marché

Le résultat de cet appel d’ offres de l’UEFA pourrait donc une nouvelle fois bouleverse­r les équilibres du marché. La LFP, elle, observe at

tentivemen­t cette mise aux enchères. L’an prochain, elle lancera son appel d’offres pour les droits de la Ligue 1 (à partir de la saison 2024-2025). Sondée, elle assure ne pas craindre que les opérateurs misent tout sur la C 1 et n’aient plus de cartouches pour le Championna­t de France avec le raisonneme­nt suivant: un diffuseur de football a besoin de la Ligue des champions en semaine et de la Ligue 1 le week-end.

Et si Amazon se paye la C1, Canal + aura besoin de se refaire sur la L1. À l’inverse, si la société américaine échoue, elle devra être alors très généreuse avec la Ligue pour ne pas tout perdre. Mais ce raisonneme­nt peut avoir ses limites. Toujours en guerre judiciaire autour de la revente des droits de la Ligue 1 à Amazon, Canal+ cherche à mont re r régulièrem­ent qu’elle peut se passer du foot français. Rafler les deux meilleures affiches de la nouvelle Ligue des champions jusqu’en 2027 serait une bonne manière de l’affirmer à nouveau et d’envisager prochainem­ent ce qu’elle avait annoncé il y a un an sans pouvoir le faire: «Se retirer de la Ligue 1.»

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Le président de la LFP, Vincent Labrune, et son homologue de l’UEFA, Aleksander Ceferin (à droite).

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