L'Equipe

Gigot arrive à point

Le défenseur central, premier nouveau visage du mercato de l’OM, revient chez lui en Provence, à 28 ans, après un long séjour à l’étranger.

- MÉLISANDE GOMEZ (avec Ba. C.)

C’est l’heure de la rentrée et Samuel Gigot va goûter pour la première fois aux terrains de la Commanderi­e, ce mercredi, mais il ne devrait pas se sentir trop dépaysé. D’abord, parce qu’il a assez bourlingué pour s’adapter partout. Ensuite, parce qu’il connaît plutôt bien le coin, lui le natif d’Avignon (Vaucluse) qui a grandi au rythme des matches de l’OM que son père l’emmenait parfois voir au Stade-Vélodrome.

À 28ans, l’enfant de la région va toucher au rêve de jouer dans son club de toujours et sa joie est perceptibl­e, chaque jour ou presque, depuis qu’il a signé son contrat, en janvier. «On sentait qu’il réalisait un désir de gosse et il en était très fier, il en parlait souvent», témoigne son dernier entraîneur au Spartak Moscou, l’Italien Paolo Vanoli, limogé début juin.

Car c’est en Russie, oui, que Gigot s’était installé depuis l’été 2018 et sa signature au Spartak, étape la plus lointaine d’une carrière vite envolée vers l’étranger et la Belgique, à Courtrai en 2015, puis à Gand en 2017. Pas grandchose, pourtant, ne le prédestina­it à voyager autant, lui qui avait lancé son chemin sur un rayon bien plus court, d’abord à la MJC Avignon puis au Pontet, quelques kilomètres plus loin. Il a 18 ans quand il rejoint l’AC Arles-Avignon, il en a 19 quand il débute avec les pros, à l’été 2013. «C’était un gamin avec d’énormes qualités athlétique­s, qui n’avait peur de rien mais n’était pas non plus embêté avec ses pieds, se souvient Garry Bocaly, son coéquipier d’alors. Et un gros bosseur aussi. À l’époque, il y avait des noms en défense à Arles, entre Zebina, Givet et Chimbonda, mais il a réussi à s’imposer petit à petit.»

Gaël Givet, alors en fin de carrière, le prend sous son aile. «C’était un garçon très rigolo, souriant, humain, le contact est vite passé, se souvient l’ancien internatio­nal. Je me suis reconnu dans la mentalité et dans le jeu. Il a une personnali­té rare, des valeurs qui se perdent un peu aujourd’hui. Et il avait les qualités pour le plus haut niveau. À Arles, cela s’est fini en queue de poisson et aucun club français ne lui a proposé quelque chose. Il a dû partir en Belgique mais, même à ce moment-là, je n’ai pas douté.»

Il n’y avait pas de quoi douter, en effet: personnage important du vestiaire pour son caractère solaire et son sens du collectif, Gigot a gravi les échelons un par un, découvrant la Ligue Europa à La Gantoise puis les barrages de la Ligue des champions à Moscou, s’imposant comme un titulaire partout. La première saison en Russie est compliquée, pourtant, à cause d’une rupture du ligament croisé, mais le Français finit par se faire adopter et conclut son aventure russe par le premier trophée de sa carrière, une Coupe de Russie face au Dynamo, le 29mai (2-1).

«C’est la juste récompense de son comporteme­nt, il méritait de partir avec cette victoire parce qu’il est resté exemplaire même après avoir signé à Marseille, apprécie

Paolo Vanoli, qui en avait fait son titulaire dans l’axe d’une défense à trois. Il lit bien le jeu et est excellent dans le duel. Techniquem­ent il peut encore progresser mais il est tout à fait satisfaisa­nt. Et il a bien progressé dans sa manière de défendre dans ses 16 mètres, où il anticipe de mieux en mieux. Je pense qu’il a atteint la maturité pour un grand club comme l’OM.»

L’OM le pense aussi et, dès décembre, les contacts s’accélèrent parce que Pablo Longoria a senti labonneaff­aire:Alvaroeste­nfroid avec le coach, Caleta-Car perpétuell­ement sur le marché et Saliba en prêt sec; Gigot, lui, est à six mois de sa fin de contrat. Jorge Sampaoli est convaincu et quand le nouveau directeur sportif du Spartak, Luca Cattani, arrive midécembre, c’est déjà trop tard. «Il a été transparen­t avec moi, il avait déjà pris sa décision de rejoindre Marseille, raconte l’ancien recru

teur du PSG. J’ai essayé de faire une nouvelle offre de prolongati­on, très haute, mais il a refusé, il voulait retourner en France.» Pourserapp­rocher de sa famille à Avignon, de son frère Tony, joueur de rugby à XIII, de ses parents, de son fils aussi. Et de l’OM, évidemment.

“Humainemen­t,

il est au-dessus DIRECTEUR du lot 'SPO'RTIF LUCA CATTANI,

DU SPARTAK MOSCOU

Mais, avant, il fallait bien finir avec le Spartak. Libre de se libérer de son contrat dès le mois de mars sur décision de la FIFA, Gigot a choisi de rester. «Humainemen­t, il est au-dessus du lot», estime Luca Cattani, qui se souvient de la réaction du joueur quand, en janvier, le directeur sportif lui annonce qu’il doit faire des choix sur la liste à donner à l’UEFA. Chaque club n’a droit qu’à trois nouveaux joueurs pour la phase à éliminatio­n directe et Gigot, au club depuis 2018, fait partie de ces trois-là, puisqu’il vient de se faire prêter par l’OM: «Un soir, je le convoque pour lui dire que l’accord avec Marseille est bouclé. Il était heureux, mais quand il a su qu’il allait priver un coéquipier de Coupe d’Europe, il était dégoûté et m’a même proposé de l’enlever de la liste.» Il ne privera personne, à l’OM, qualifié en Ligue des champions.

Le défi est pointu mais ses proches sont confiants, à l’image du néo-Stéphanois Anthony Briançon, ami depuis leur rencontre à la MJC Avignon: «Il a la personnali­té, l’aspect athlétique, la technique: il est fait pour ce club. Je suis heureux de le voir là, parce que c’est une personne en or, et je ne suis pas étonné de sa réussite.» «La France va découvrir un super joueur et un super mec, lui fait écho Givet, qui est retourné s’installer à Arles, sa ville natale. Je ne suis pas allé au stade depuis longtemps mais pour lui, c’est sûr, j’irai.»

“Je pense qu’il a atteint la maturité pour un grand club comme l’OM

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PAOLO VANOLI, ANCIEN ENTRAÎNEUR DU SPARTAK MOSCOU

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Samuel Gigot, au côté de Pablo Longoria, a signé à l’OM en janvier avant d’être prêté au Spartak Moscou.
 ?? ?? Le défenseur français Samuel Gigot quitte le Spartak Moscou après trois ans.
Le défenseur français Samuel Gigot quitte le Spartak Moscou après trois ans.

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