L'Express (France)

LE BON SENS

- M. P.

PAR MICHEL BERNARD LA TABLE RONDE, 208 P., 20 €.

C’était il y a deux ans. Dans Le Bon Coeur, l’énarque Michel Bernard retraçait d’une plume alerte et précise l’époustoufl­ante destinée de la jeune Lorraine à l’étendard blanc. De quoi emballer les plus réfractair­es à la figure de Jeanne D’Arc. Rebelote cette année avec un bond dans l’histoire. En 1449, dix-huit ans après la mort de Jeanne, les troupes de Charles VII, livrant les derniers assauts de la guerre de Cent Ans, reprennent enfin Rouen aux Anglais. L’occasion de se remémorer le triste sort de la pieuse Pucelle d’Orléans. Une chaîne d’hommes de bonne volonté se constitue afin de faire rouvrir le procès. A commencer par Guillaume Manchon, le scrupuleux greffier de la première procédure, dont Michel Bernard brosse un portrait plein de respect. Puis c’est au tour de Thomas de Courcelles, proche conseiller du roi, alors le plus jeune juge de Jeanne, qui rédige, enfin, le procès-verbal du procès – non sans biffer le passage notifiant son vote pour la torture. Deux autres conseiller­s viennent en renfort.

Mais le roi se fait prier, avant de céder, tout en pleurant sa maîtresse morte en couches durant l’hiver 1450 : Agnès Sorel, la belle Agnès, moult fois représenté­e par le peintre Jean Fouquet, dont, en fin connaisseu­r, l’auteur des Deux remords de Claude Monet rappelle ici l’immense talent. Avec l’aval du Vatican, mené par le cardinal d’Estoutevil­le, le procès en réhabilita­tion de Jeanne peut débuter. La mère et les frères de la bergère sont là, tout comme les clercs accusateur­s d’hier. L’émotion affleure, l’hypocrisie et la morgue des universita­ires se font patentes, et le bon sens l’emporte au terme de ce roman historique de haut vol – sélectionn­é pour le prix des lecteurs de L’Express/BFMTV.

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