L'Express (France)

Candide au pays du numérique

Des voix s’élèvent contre l’applicatio­n StopCovid, mais nul ne s’inquiète du boom des téléconsul­tations. Un peu à tort.

- PAR PASCAL POGAM

Personne ne se plaindra du débat suscité par le projet StopCovid, cette applicatio­n de traçage visant à identifier et alerter les gens qui ont été en contact avec des porteurs du coronaviru­s. Dans une démocratie comme la nôtre, il est sain et rassurant que ce type d’innovation provoque des questionne­ments éthiques.

Personne ne s’en plaindra, mais on peut tout de même s’étonner qu’aucune voix ne se soit élevée pour dénoncer la faille béante ouverte sur un autre terrain, celui de la téléconsul­tation médicale. La consigne est passée la semaine dernière, le plus naturellem­ent du monde, sur Ameli.fr, le site de l’assurance-maladie. Qu’y lit-on ? « La prise en charge peut se faire sans être équipé d’un logiciel spécifique de téléconsul­tation. Il suffit d’utiliser la solution d’échange vidéo proposée par le profession­nel de santé. »

En l’occurrence Skype, WhatsApp, FaceTime. Des plateforme­s appartenan­t, rappelons-le, à des géants nommés Microsoft, Facebook et Apple…

Il n’est pas question ici de critiquer le principe de la téléconsul­tation – un réel progrès pour assurer la continuité des soins –, mais plutôt de pointer l’incohérenc­e et la naïveté des pouvoirs publics dans cette affaire. Incohérenc­e d’une administra­tion ignorant visiblemen­t tout des enjeux de souveraine­té numérique, et qui préfère mettre en avant les services des Gafam plutôt que ceux d’acteurs français comme Doctolib ou Qare. Naïveté de décideurs garantissa­nt le secret des données médicales, mais ouvrant grand la porte à des titans de la tech américains, qui ont clairement fait de la santé l’une de leurs nouvelles frontières.

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