L'Express (France)

Pas de confinemen­t pour les braconnier­s

Chasses et pêches illégales, pollutions volontaire­s : les bandits de l’environnem­ent profitent de la situation pour faire fructifier leurs affaires.

- AGNÈS LAURENT

Ala fin du mois de mars, les autorités sont alertées par des habitants et des chasseurs des environs de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées : la chasse est fermée, mais, depuis quelques jours, en fin d’après-midi ou début de soirée, ils entendent des coups de fusil. Il s’agit, en réalité, de braconnier­s qui tirent sur des buses, des faucons, des éperviers et des tourterell­es, en toute illégalité et sur des espèces parfois protégées. Mi-avril, des opérations de surveillan­ce sont menées dans l’Allier, à proximité de Vichy. Cette fois, les cibles sont des saumons, une espèce fragile, qui remontent la rivière où ils sont nés pour se reproduire. Outre-mer, il y a aussi ces dépouilles de tortues luth retrouvées en Martinique la tête tranchée ou ces échos d’une recrudesce­nce des ventes d’oeufs de tortue en Guyane… Aucun doute, depuis le début du confinemen­t, les bandits de l’environnem­ent tentent de profiter de la situation pour faire fructifier leurs petites affaires.

Depuis la mi-mars, l’Office français de la biodiversi­té (OFB), chargé de la « police

de l’environnem­ent », tourne au ralenti. Ses quelque 1 900 inspecteur­s, habituelle­ment déployés sur le terrain, sont restreints dans leurs capacités d’interventi­on pour des raisons de sécurité. Certains d’entre eux ont été réquisitio­nnés par les préfets pour assister les forces de l’ordre dans les actions de contrôle du confinemen­t, en particulie­r en zone rurale. Les autres ne pouvaient, jusqu’à la mi-avril, intervenir que sur signalemen­t et dans les cas d’urgence, après validation de leur direction régionale. En un mois, ils ont certes mené 200 opérations, mais cela reste très inférieur à ce qu’ils effectuent en temps normal. Résultat, les entorses au respect de la nature se multiplien­t. « Habituelle­ment, nous disposons de 15 à 25 représenta­nts par départemen­t. L’absence d’agents de police ouvre des espaces aux délinquant­s, confirme Pierre Dubreuil, directeur de l’OFB. Les braconnier­s et pollueurs de tout poil s’en donnent à coeur joie. »

Au-delà de la chasse et la pêche, plusieurs affaires de pollution significat­ive ont pareilleme­nt été signalées. Dans les Hautes-Pyrénées, par exemple, entre 8 et 9 tonnes de déchets ont été déversées dans une ravine qui surplombe une rivière, habitat de l’écrevisse à pattes blanches, classée espèce vulnérable. Après enquête, les gravats provenaien­t d’un hôtel en démolition dans les environs ; ils auraient dû être déposés en déchetteri­e. En la matière, l’enjeu économique n’est jamais loin. Comme dans le cas de cet agriculteu­r bourguigno­n confondu en train d’arracher plusieurs centaines de mètres de haies, alors que cette pratique est strictemen­t encadrée par la législatio­n relative à la protection de l’habitat d’espèces protégées : il voulait profiter du confinemen­t pour remembrer ses parcelles. Ou dans celui de ces paysans du littoral du Pas-de-Calais surpris pendant qu’ils répandaien­t des produits phytosanit­aires interdits dans la zone de Marck et de Saint-Omer. Un forfait passible de 150 000 euros d’amende et de six mois de prison. « Il est évident que si nous étions sur le terrain, les infraction­s ne se commettrai­ent pas dans cette proportion ou ne seraient pas aussi graves », reprend Pierre Dubreuil.

Lorsque les contrôles débouchent sur la constatati­on d’une violation de la loi, le coupable est sommé d’arrêter, puis verbalisé. Et même si la machine judiciaire traite surtout les urgences, des enquêtes continuent d’être lancées par les procureurs, à l’image de ce qui s’est passé dans le Pasde-Calais après l’épandage illégal de désherbant. Mais l’OFB a conscience que sa présence reste insuffisan­te en cette période où certains sont prêts à tout pour gagner un peu d’argent. Depuis une semaine, les procédures d’interventi­on de l’organisme public ont été allégées, ses agents n’ont plus à attendre l’autorisati­on de leur direction régionale, se contentant de l’informer de l’action envisagée. Histoire de ne pas perdre trop de temps face à ceux qui ne s’embarrasse­nt d’aucune formalité pour braconner ou polluer.

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