L’Amé­rique re­trouve le che­min des étoiles en so­li­taire

B. D. C.

L'Express (France) - - Sommaire Idées Entreprise­s Librairie De L’express -

Les Etats-Unis s’ap­prêtent à en­voyer des as­tro­nautes dans l’es­pace avec leurs propres moyens. Un tour­nant pour mieux pré­pa­rer un re­tour à la sur­face de­la Lune.

Ame­ri­ca is back ! Après une dé­cen­nie de di­sette, l’Agence spa­tiale amé­ri­caine (Na­sa) de­vrait em­bar­quer, le 27 mai pro­chain, des as­tro­nautes amé­ri­cains, à bord d’une fu­sée amé­ri­caine (Fal­con), dans une cap­sule amé­ri­caine (Crew Dra­gon) et, sur­tout, de­puis le ter­ri­toire amé­ri­cain (Flo­ride). Une pre­mière de­puis la mise au ran­cart de la na­vette At­lan­tis, le 21 juillet 2011. « Dans l’his­toire de la conquête spa­tiale, dis­po­ser d’un ac­cès in­dé­pen­dant à l’es­pace pour ses as­tro­nautes est un ou­til de sou­ve­rai­ne­té, ex­plique Jean-Yves Le Gall, pré­sident du Centre na­tio­nal d’études spa­tiales (Cnes). Pour les EtatsU­nis, de­voir en­voyer leurs hommes de­puis Baï­ko­nour, au Ka­za­khs­tan, a été une vraie contrainte. » Ou plu­tôt une hu­mi­lia­tion po­li­tique comme le consi­dé­raient nombre de membres du Congrès. Alors, for­cé­ment, plus la date fa­ti­dique ap­proche, plus la sauce va mon­ter pour of­frir au pays un show… à l’amé­ri­caine. Il se mur­mure dé­jà que le pré­sident Trump pour­rait faire le voyage au Space Ken­ne­dy Cen­ter ; sur Twit­ter, la Na­sa a mis des images de la porte my­thique qu’ont em­prun­té John Glenn et ses suc­ces­seurs avant d’at­teindre le pas de tir, ac­com­pa­gnées de cette men­tion : « Elle va bien­tôt s’ou­vrir à nou­veau. »

Quant au fa­meux com­plexe 39-A, ré­ser­vé aux lan­ce­ments de Spa­ceX, il a connu un pe­tit lif­ting par une équipe d’ar­chi­tectes avec, no­tam­ment, une pas­se­relle de­si­gn et vi­trée afin d’at­teindre la cap­sule Crew Dra­gon. Mal­gré l’épi­dé­mie de Co­vid-19, les au­to­ri­tés s’at­tendent à voir dé­bar­quer aux alen­tours du site plu­sieurs cen­taines de mil­liers de pas­sion­nés. Un en­goue­ment po­pu­laire que le pays n’avait pas connu de­puis long­temps.

Sé­quence émo­tion : au dé­but des an­nées 1980, la pre­mière puis­sance mon­diale inau­gure un mode de des­serte du fir­ma­ment ré­vo­lu­tion­naire avec une na­vette do­tée d’ailes qui dé­colle comme une fu­sée, va dé­po­ser sa car­gai­son (en gé­né­ral un sa­tel­lite) à quelques cen­taines de ki­lo­mètres d’al­ti­tude, puis re­des­cend se po­ser comme un pla­neur sur une simple piste d’at­ter­ris­sage. « Avec sa ca­pa­ci­té d’em­port in­éga­lée [24,5 tonnes], de ma­ni­pu­la­tion ro­bo­tique et de sor­ties dans l’es­pace, elle s’est ré­vé­lée in­dis­pen­sable pour réa­li­ser l’as­sem­blage com­plexe de la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale », se sou­vient JeanF­ran­çois Cler­voy, le seul Fran­çais à avoir ef­fec­tué trois voyages à bord d’un Shut­tle et qui a pas­sé dix ans à Hous­ton, in­té­gré dans le 14e groupe d’as­tro­nautes de la

Na­sa. Au to­tal, cinq exem­plaires furent construits pour 135 vols en trente an­nées d’ex­ploi­ta­tion (de 1981 à 2011). Une aven­ture émaillée de deux ac­ci­dents, l’ex­plo­sion de Chal­len­ger, le 28 jan­vier 1986, soixante-treize se­condes après son dé­col­lage, et ce­lui de Co­lum­bia, le 1er fé­vrier 2003, cette fois-ci dans la phase d’at­ter­ris­sage. Des trau­ma­tismes qui ont mar­qué le coup d’ar­rêt de la conquête spa­tiale par ses propres as­tro­nautes.

« Le lan­ce­ment du 27 mai 2020 mar­que­ra un nou­veau dé­part, mais les temps ont chan­gé et il cé­lé­bre­ra aus­si l’au­dace et le cou­rage du sec­teur pri­vé », ob­serve Xa­vier Pas­co, de la Fon­da­tion pour la re­cherche stra­té­gique (FRS). Parce que, pour créer un nou­veau vais­seau de trans­port d’équi­page, la Na­sa a pré­fé­ré dé­lé­guer cette mis­sion à deux so­cié­tés. La pre­mière, Boeing, dé­ve­loppe le Star­li­ner, mais elle a ac­cu­mu­lé des re­tards, si bien que la se­conde, Spa­ceX, qui dis­pose de son propre lan­ceur (Fal­con), ef­fec­tue­ra ce vol his­to­rique. « Au fil des an­nées, la firme du mil­liar­daire Elon Musk s’est im­po­sée comme le bras ar­mé de la Na­sa, en étant plus ra­pide et plus au­da­cieuse que les autres in­dus­triels amé­ri­cains, re­con­naît Jean-Yves Le Gall. Au to­tal, les pro­jets avancent plus vite, ce qui pé­ren­nise les pro­grammes comme la conquête lunaire. » Ain­si, la Na­sa garde d’un cô­té la main sur les vols ha­bi­tés en dé­si­gnant ses as­so­ciés qu’elle ne voit plus comme des sous-trai­tants mais comme des par­te­naires avec leurs propres as­pi­ra­tions (Mars pour Elon Musk et Jeff Be­zos, PDG d’Ama­zon, qui s’est lan­cé dans l’aven­ture spa­tiale avec Blue Ori­gin). De l’autre, elle peut re­cen­trer ses ac­ti­vi­tés en termes de res­sources et de per­son­nels. « Après une longue pé­riode d’in­cer­ti­tude sous l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, il faut re­con­naître à Trump le cou­rage d’avoir fixé un cap pour cette dé­cen­nie : exit les pro­jets mar­tiens, re­tour à la Lune », ré­sume Xa­vier Pas­co. Ce nou­veau cap, le pro­gramme Ar­té­mis, vise à voir flot­ter à nou­veau la ban­nière étoi­lée sur le sol de l’astre sé­lène d’ici à 2024. Cette fois en­core, Musk et Be­zos, qui ont pré­sen­té des concepts d’alu­nis­seurs, en­tendent bien être de l’aven­ture.

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