Cloud Com­pu­ting : les nuages dans le flou

L'Informaticien - - TENDANCES 2013 -

De­puis main­te­nant deux ans, l’in­for­ma­tique en nuage s’est peu à peu im­po­sée mais pas for­cé­ment de la ma­nière dont on s’y at­ten­dait. A cô­té des offres pro­fes­sion­nelles dans les dif­fé­rentes ca­té­go­ries du cloud à sa­voir In­fra­struc­ture as a Ser­vice ( IaaS), Plat­form as a Ser­vice ( PaaS) et Soft­ware as a Ser­vice (SaaS), ce sont les ser­vices de sto­ckage per­son­nels comme Sky­drive, Drop­Box, Drive et autres iCloud qui se sont na­tu­rel­le­ment im­po­sés au­près du grand pu­blic voire des pe­tites & moyennes en­tre­prises. Du coup sont nées de nou­velles op­por­tu­ni­tés pour les pro­fes­sion­nels qui ont re­bap­ti­sé Cloud des ser­vices de sto­ckage dis­tant. Mais dans le do­maine du vé­ri­table cloud com­pu­ting, l’es­sor se fait at­tendre en place pour des rai­sons tech­niques et ju­ri­diques.. La rai­son de cette contro­verse est liée au Pa­triot Act amé­ri­cain. En ef­fet se­lon les termes de cette loi vo­tée dans la fou­lée des at­ten­tats du 11 sep­tembre 2001, les Amé­ri­cains se sont ar­ro­gés le droit d’inspecter les don­nées sto­ckées sur leur ter­ri­toire. Pour cette rai­son, nombre d’ac­teurs amé­ri­cains du cloud se sont em­pres­sés de mettre en place des centres de don­nées dans d’autres ré­gions du monde afin d’échap­per aux ef­fets du Pa­triot Act. Mais tout ce­ci ne semble pas vrai ain­si que l’a rap­pe­lé un groupe de ju­ristes au mois de no­vembre der­nier. En ef­fet, il existe dans le Pa­triot Act une no­tion d’ex­tra-ter­ri­to­ria­li­té qui per­met donc d’inspecter les don­nées si­tuées hors du ter­ri­toire amé­ri­cain si les­dites in­for­ma­tions fi­gurent dans des en­tre­prises amé­ri­caines. De­puis la pu­bli­ca­tion de ces tra­vaux de­puis quelques se­maines se mul­ti­plient les ar­gu­ties ju­ri­diques sur la vé­ra­ci­tés des pro­pos de ces cher­cheurs ba­taves. Mais quelles que soient les ré­ponses, tout ce­ci n’est pas fa­vo­rable pour le dé­ve­lop­pe­ment de cette ac­ti­vi­té. Aus­si ce­la a conduit en France à l’émer­gence de deux offres fran­co-fran­çaises : CloudWatt et Nu­mer­gy avec comme ac­teurs Orange et Bull pour le pre­mier ci­té et SFR et Tha­lès pour le se­cond. Et la ten­dance va se pour­suivre avec l’ar­ri­vée de so­lu­tions de clouds spé­cia­li­sés se­lon les mé­tiers avec des centres de don­nées adap­tés di­vers ac­ti­vi­tés (dis­tri­bu­tion, fi­nance, in­dus­trie ….) et des lo­ca­li­sa­tions de ser­veurs comme de na­tio­na­li­té des en­tre­prises per­met­tant d’échap­per aux te­nailles du Pa­triot Act.

Vers des so­lu­tions eu­ro­péennes

S’il est vrai qu’il ne faut pas tom­ber dans la tarte à la crème comme le pré­ci­sait Ber­nard La­mon chez nos confrères de 01net car des sys­tèmes si­mi­laires existent par­tout, il ne faut pas non plus faire preuve d'une la to­tale nai­ve­té. Dans cet ar­ticle (http:// pro.01net.com/edi­to­rial/ 581893/cloud- as­sezde-la-tarte-a-la-creme-du-pa­triot-act/), Ber­nard La­mon pré­cise que « l'équi­valent fran­çais du Pa­triot Act s’est d’abord ap­pe­lé Lops­si (Loi d’orien­ta­tion et de pro­gram­ma­tion pour la per­for­mance de la sé­cu­ri­té in­té­rieure) puis Lops­si 2. On rap­pel­le­ra que la lutte contre le ter­ro­risme est confiée en France à la DCRI (Di­rec­tion cen­trale du ren­sei­gne­ment in­té­rieur, fu­sion des an­ciens Ren­sei­gne­ments gé­né­raux et de la DST), qui est un ser­vice de po­lice ju­di­ciaire. » . Tout ce­ci est par­fai­te­ment exact mais compte te­nu de l’im­por­tance des ac­teurs amé­ri­cains dans ce do­maine ( HP, IBM, Oracle, Mi­cro­soft, Google, Apple, Ama­zon, Sa­les­force …) le rap­port de force n’est pas tout à fait le même. Aus­si, il nous semble que le dé­ve­lop­pe­ment de so­lu­tions eu­ro­péennes, d’une part, et spé­cia­li­sées par type de mé­tiers, d’autre part, a un grand ave­nir pour l’an­née 2013, par­ti­cu­liè­re­ment pour les don­nées sen­sibles des plus grandes en­tre­prises. En ef­fet, si ce­la n’ef­fraie per­sonne que des pho­tos de va­cances puissent être consul­tées par qui­conque sans au­to­ri­sa­tion ex­pli­cite, ce n’est pas la même chose pour des se­crets in­dus­triels ou com­mer­ciaux. Les Etats-Unis sont bien évi­dem­ment un pays de droit et l’ap­pli­ca­tion du PA­triot Act re­quiert théo­ri­que­ment une au­to­ri­sa­tion ju­di­ciaire mais les ten­ta­tions peuvent être fortes et nos voi­sins d’outre-at­lan­tique ont à maintes re­prises mon­tré leur dé­ter­mi­na­tion dès lors qu’il s’agis­sait de la dé­fense de leurs in­té­rêts éco­no­miques. C’est pour­quoi nous pen­sons que l’in­ter­pré­ta­tion du Pa­triot Act de­vrait être ame­née à évo­luer car les so­cié­tés amé­ri­caines pré­ci­tées ont beau­coup plus à perdre qu’à ga­gner si la si­tua­tion res­tait en l’état.

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