L’édito

L'Informaticien - - SOMMAIRE - Sté­phane Lar­cher

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Un pro­chain or­di­na­teur se­ra-t-il ca­pable de dé­pas­ser le cer­veau hu­main ? À vos co­pies, vous avez quatre heures… Pour notre part, nous se­rions bien en peine de ré­pondre à cette ques­tion qui est peut-être la ques­tion. Celle qui est de na­ture à chan­ger pro­fon­dé­ment l’ave­nir de l’hu­ma­ni­té dans les pro­chaines an­nées. Ce­pen­dant, le dé­bat a pris un tour nou­veau avec l’ar­ri­vée de Ray Kurz­weil chez Google, où ce brillant in­gé­nieur a pour ob­jec­tif de créer le pro­chain su­per-or­di­na­teur su­per-in­tel­li­gent ca­pable de com­prendre notre vaste monde bien mieux que n’im­porte quel hu­main ou groupe d’êtres hu­mains. Lorsque l’on connaît un peu les tra­vaux de Kurz­weil, sa pas­sion pour l’In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle et son in­las­sable pro­sé­ly­tisme sur la sin­gu­la­ri­té tech­no­lo­gique ( Sin­gu­la­ri­ty en an­glais), on se dit que Google a cer­tai­ne­ment choi­si « la bonne per­sonne pour la bonne mis­sion » . En ef­fet, ce concept qui re­monte à John von Neu­mann, fut re­mis au goût du jour dans les an­nées 60 avec les pre­miers tra­vaux sur l’In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle et n’a ces­sé de pro­gres­ser no­tam­ment sous la forte im­pul­sion de M. Kurz­weil. Se­lon lui, la si­mu­la­tion du fonc­tion­ne­ment du cer­veau hu­main de­vrait être pos­sible au mi­lieu des an­nées 2020, ce qui com­mence à ne plus être très loin… « Le fait que le cer­veau hu­main contienne des mil­liards de cel­lules et des mil­liers de mil­liards de connexions ne si­gni­fie pas né­ces­sai­re­ment que son fonc­tion­ne­ment pri­maire soit complexe », écrit Ray Kurz­weil dans un livre. La con­clu­sion va de soi : il suf­fi­rait de do­ter les or­di­na­teurs de ca­pa­ci­tés si­mi­laires pour ar­ri­ver aux mêmes ré­sul­tats, le tout avec des mor­ceaux d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. C’est évi­dem­ment bien plus complexe que ce­la mais tel est glo­ba­le­ment le prin­cipe. Tou­jours évi­dem­ment, de telles avan­cées posent des ques­tions qui vont très au-de­là de simples consi­dé­ra­tions tech­no­lo­giques et qui mettent en pers­pec­tive l’ave­nir du genre hu­main dans toutes ses com­po­santes. Quoi que l’on en pense et même si l’on est d’un na­tu­rel op­ti­miste, il convient d’ad­mettre que ça fait un p’tit peu peur ». Fort heu­reu­se­ment – ou pas –, d’autres scien­ti­fiques battent en brèche cette vi­sion. C’est le cas de Mi­guel Ni­co­le­lis, l’un des prin­ci­paux spé­cia­listes des sciences cog­ni­tives de l’université de Duke, ci­té par le jour­nal du MIT. Ce­lui-ci af­firme que les or­di­na­teurs ne se­ront jamais ca­pables de ré­pli­quer le cer­veau hu­main et le concept tech­no­lo­gique de « Sin­gu­la­ri­ty » n’est que du vent. « Le cer­veau n’est pas “com­pu­table ” et au­cune ingénierie ne peut le re­pro­duire » , af­firme-t-il. Pour­quoi ? M. Ni­co­le­lis consi­dère que « la conscience hu­maine – et si vous y croyez l’âme – ne peut pas être ré­pli­quée sur du si­li­cone pour la simple rai­son que ces fonc­tions les plus im­por­tantes sont le ré­sul­tat d’in­ter­ac­tions non li­néaires et non pré­vi­sibles entre des mil­liards de cel­lules », pré­cise-t-il. Il va même plus loin et consi­dère que le cer­veau hu­main va ap­prendre des ma­chines et non pas l’in­verse. Tout aus­si fu­tu­riste que Kurz­weil, mais dans l’autre sens, M. Ni­co­le­lis pense dans le fu­tur que des hu­mains do­tés d’im­plants dans le cer­veau pour­ront opé­rer des ma­chines à dis­tance, res­sen­tir des rayons X, ou na­vi­guer dans des es­paces vir­tuels avec leurs pen­sées, dans la me­sure où le cer­veau s’ac­com­mo­de­ra d’ob­jets étran­gers y com­pris des or­di­na­teurs fai­sant par­tie de lui-même. Ne croyez sur­tout pas qu’il s’agisse de di­va­ga­tions d’un sa­vant fou : de telles ex­pé­riences sont ac­tuel­le­ment me­nées pour qu’un singe puisse contrô­ler son ava­tar in­for­ma­tique, ex­plo­rer un monde vir­tuel et même sen­tir phy­si­que­ment sa pré­sence. Là aus­si, tout ce­ci fait un p’tit peu peur. Mais tout de même un p’tit peu moins… Si le cer­veau reste le boss, on de­vrait pou­voir s’en sor­tir.

Des hu­mains do­tés d’im­plants dans le cer­veau pour­ront opé­rer

des ma­chines à dis­tance, res­sen­tir des rayons X, ou na­vi­guer dans des es­paces vir­tuels

avec leurs pen­sées…

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