La haute per­for­mance n’est plus une op­tion !

L'Informaticien - - DOSSIER HÉBERGEMEN­T WEB : TOUJOURS PLUS DE SERVICE -

Les in­ter­nautes sont de plus en plus sen­sibles au temps d’af­fi­chage des pages web. Les pro­prié­taires de sites web ré­clament donc des in­fra­struc­tures per­for­mantes et une ges­tion sans faille des pics de charge. Pour y ré­pondre, les hé­ber­geurs misent sur la stan­dar­di­sa­tion des CMS, le Cloud et une col­la­bo­ra­tion étroite avec les dé­ve­lop­peurs web.

«Les in­ter­nautes ne sont plus du tout pa­tients. Si votre site est trop lent, ils partent et ne re­viennent que ra­re­ment. » Voi­là le ré­su­mé de la si­tua­tion don­né par Sé­bas­tien Baert, di­rec­teur as­so­cié de Ru­ni­so. Un avis par­ta­gé pour tous les autres prin­ci­paux hé­ber­geurs fran­çais que nous avons in­ter­ro­gés. Une ré­cente étude amé­ri­caine illustre cette ten­dance en chiffres. Une se­conde de plus pour af­fi­cher la page d’ac­cueil d’Ama­zon re­vient à faire chu­ter son chiffre d’af­faires an­nuel de 1,6 mil­liard de dol­lars. Autre chiffre, tou­jours concer­nant Ama­zon, une la­tence de +100 ms im­plique une perte de plus de 1 % des ventes. Chez Ya­hoo, 400 ms de trop lui font perdre 7 à 9 % du tra­fic. En moyenne, un ache­teur en ligne s’at­tend à ce que les pages web se chargent en deux se­condes maxi­mum. Au-de­là de trois se­condes, jus­qu’à 40 % des cy­ber­con­som­ma­teurs quittent le site. Ce chiffre grimpe à 74 % lorsque le temps d’at­tente dé­passe cinq se­condes. « Une fois ces vi­si­teurs par­tis, il est très dif­fi­cile de les faire re­ve­nir : 88 % des consom­ma­teurs en ligne sont moins sus­cep­tibles de consul­ter à nou­veau un site sur le­quel ils n’ont pas eu une bonne ex­pé­rience » , conclut l’étude. Un site trop lent est donc for­te­ment sanc­tion­né par les in­ter­nautes. Mais il l’est éga­le­ment par Google qui dé­grade son ré­fé­ren­ce­ment dans son mo­teur de re­cherche. Le géant du Web in­tègre ain­si des cri­tères de vi­tesse de char­ge­ment dans son ré­fé­ren­ce­ment de pages web. Il a même di­vi­sé le Web en deux ca­té­go­ries : les sites ra­pides, qui chargent en moins de 1,5 se­conde, et les sites lents, qui dé­passent la se­conde et de­mie. Face à cette si­tua­tion, les pro­prié­taires de sites web exigent de plus en plus de leur hé­ber­geur d’être ca­pables de pro­po­ser un haut ni­veau de per­for­mance. Pour ré­pondre à cette de­mande, les hé­ber­geurs dé­ploient dif­fé­rents ou­tils d’op­ti­mi­sa­tion au ni­veau de leur ar­chi­tec­ture dont la très clas­sique mise en cache des conte­nus sta­tiques (images, scripts ja­vas­cript, feuilles de styles). Mais la ten­dance est sur­tout de « rap­pro­cher » l’in­ter­naute du ser­veur web afin de ré­duire le temps de la­tence entre le site et l’in­fra­struc­ture. Le prin­cipe est d’aug­men­ter le maillage ré­seau afin que l’in­ter­naute se connecte à un ser­veur géo­gra­phi­que­ment as­sez proche. En 2012, OVH a ain­si ren­for­cé son in­fra­struc­ture in­ter­na­tio­nale dans 21 villes, no­tam­ment Hong-Kong, Sin­ga­pour, To­kyo, San Jose, Los An­geles ou Dal­las. Il n’y a pas dé­ployé des da­ta­cen­ters com­plets, mais sim­ple­ment des ser­veurs hé­ber­gés chez des par­te­naires lo­caux, qui ac­cé­lèrent le tra­fic à l’in­ter­na­tio­nal. En 2012, OVH a éga­le­ment ins­tal­lé un centre de don­née com­plet à proxi­mi­té de Montréal au Qué­bec. « Ce maillage in­ter­na­tio­nal de notre in­fra­struc­ture per­met d’amé­lio­rer les per­for­mances des sites par­tout dans le monde » , ex­plique Octave Kla­ba.

Spécialisa­tion au­tour des prin­ci­paux CMS

Si elle peut en­core lé­gè­re­ment pro­gres­ser, l’op­ti­mi­sa­tion de l’in­fra­struc­ture com­mence à at­teindre ses li­mites, ex­pliquent bon nombre d’hé­ber­geurs. En re­vanche, il reste une belle marge de pro­gres­sion dans l’op­ti­mi­sa­tion du soft­ware. Si le co­dage du site web n’est pas réel­le­ment du res­sort de l’hé­ber­geur, il peut en re­vanche ap­por­ter des conseils au ni­veau du sys­tème de ges­tion de conte­nu ou CMS (Content Ma­na­ge­ment Sys­tem), qui est à la base du site web. Et dans ce do­maine, la grande ten­dance est d’op­ter pour des plates-formes « ou­vertes » telles que Pres­ta­shop, Ma­jen­to, Dru­pal ou en­core Joom­la. Elles per­mettent de créer un site à par­tir de briques exis­tantes. Comme ces briques sont connues, l’hé­ber­geur peut op­ti­mi­ser une par­tie de son in­fra­struc­ture pour tel ou tel CMS. Ce­la est bien en­ten­du plus simple que d’op­ti­mi­ser des ser­veurs spé­ci­fi­que­ment pour chaque site web. De­puis plu­sieurs mois, OVH tra­vaille ain­si avec les équipes de Pres­ta­shop pour pro­po­ser une offre pa­cka­gée et op­ti­mi­sée pour ce CMS, at­ten­due pour ce mois d’avril. De­puis la fin 2012, Nuxit pro­pose des ser­veurs op­ti­mi­sés Ma­jen­to. De son cô­té, Ikou­la a ob­te­nu la cer­ti­fi­ca­tion Pres­ta­shop en sep­tembre 2012. « Pour un hé­ber­geur, cette cer­ti­fi­ca­tion est un vrai ar­gu­ment com­mer­cial. De­puis notre cer­ti­fi­ca­tion, plus de deux cents clients ont op­tés pour ce type d’hé­ber­ge­ment spécialisé Pres­ta­shop » , ex­plique Ré­da Be­louiz­dad, son di­rec­teur mar­ke­ting. Un avis par­ta­gé par Éric San­son­ny d’Aru­ba IT pour qui : « Pres­ta­shop est au­jourd’hui l’ac­teur le plus dy­na­mique sur ce mar­ché. » En­fin, Cla­ra­net, qui s’est no­tam­ment spécialisé au­tour de Dru­pal, sou­ligne que la plu­part des clients ayant le choix d’un CMS pro­prié­taire sont tous en train d’évo­luer vers ces plates-formes ou­vertes. « Cette stan­dar­di­sa­tion des CMS re­pré­sente l’une des grandes ten­dances ac­tuelles de l’op­ti­mi­sa­tion des per­for­mances » , as­sure Oli­vier Beau­det, son PDG.

Une col­la­bo­ra­tion in­con­tour­nable avec les dé­ve­lop­peurs web

De plus en plus d’hé­ber­geurs em­ploient au­jourd’hui des in­gé­nieurs web ca­pables de tra­vailler avec les équipes des SSII et autres web agen­cy qui dé­ve­loppent les sites. Cette étroite col­la­bo­ra­tion est de plus en plus re­pen­due, ex­pliquent les hé­ber­geurs : « Il faut éta­blir un par­te­na­riat fort avec les dé­ve­lop­peurs du site et or­ga­ni­ser ré­gu­liè­re­ment de co­mi­tés de pi­lo­tage » , in­dique ain­si Sé­bas­tien Barte, chez Ru­ni­so. Même son de cloches chez Nuxit. « Lorsque l’on tra­vaille sur un site évo­lué, no­tam­ment un site e-com­merce, il y a une re­la­tion in­dis­pen­sable entre l’hé­ber­geur, le client et l’équipe qui a dé­ve­lop­pé le site. On ne peut tra­vailler l’un sans l’autre » , in­dique son di­ri­geant Mathieu Chou­teau. Cô­té SSII, on confirme cette né­ces­saire col­la­bo­ra­tion. « Le tra­vail avec l’hé­ber­geur est dé­sor­mais pri­mor­dial » , in­dique Ni­co­las Grué de GFI In­for­ma­tique. Sur­tout que dans la ma­jo­ri­té des cas, c’est l’hé­ber­geur qui est ap­pe­lé en pre­mier en cas de panne ou de ra­len­tis­se­ment. « Comme nous sommes en bout de chaîne, nous sommes ap­pe­lés en pre­mier. Ce­la fait dé­sor­mais par­tie de notre mé­tier de pou­voir iden­ti­fier la cause d’un ra­len­tis­se­ment, même au ni­veau du CMS » , in­dique Ch­ris­tophe Le Jeune, chez Cla­ra­net.

Une nou­velle so­lu­tion aux pics de charges

Les pics de charge sont l’une des prin­ci­pales rai­sons de ra­len­tis­se­ment d’un site web. Les hé­ber­geurs sont ce­pen­dant à même d’adap­ter de mieux en mieux les res­sources pour évi­ter qu’un site ne ra­len­tisse sous le poids des re­quêtes. Tous les hé­ber­geurs ex­pliquent que le plus im­por­tant dans ce do­maine est d’an­ti­ci­per ses pics avec leur client. « Nous avons mis en place de nom­breuses tech­niques de tests de charge qui si­mulent le com­por­te­ment de l’in­ter­naute afin de sa­voir quelle ca­pa­ci­té né­ces­si­te­ra le site dans telle ou telle si­tua­tion » , ex­plique ain­si Sé­bas­tien Barte, chez Ru­ni­so. « C’est ce que nous fai­sons pour le site du Si­dac­tion, qui est une opération ponc­tuelle né­ces­si­tant un très large ren­fort de res­sources. » Cô­té in­fra­struc­ture, la pro­blé­ma­tique des pics de charge trouvent dé­sor­mais une nou­velle ré­ponse : le Cloud Com­pu­ting. « L’hé­ber­ge­ment web est un très bon can­di­dat pour le Cloud Com­pu­ting, car cette technologi­e offre une grande élas­ti­ci­té des res­sources et une consom­ma­tion à la de­mande » , ex­plique Ra­phaël Tord­j­ma, ma­na­ger chez So­lu­com, ca­bi­net de conseil en ma­na­ge­ment et sys­tème d’in­for­ma­tion. En pro­po­sant une in­fra­struc­ture mo­du­lable se­lon les be­soins, le Cloud pa­raît to­ta­le­ment adap­té à un site dont l’au­dience est va­riable. Bo­ris Le­coeur, bu­si­ness ma­na­ger chez Ama­zon Web Ser­vices, donne ain­si l’exemple de son client Lam­bor­ghi­ni. « Ce construc­teur au­to­mo­bile a lan­cé en 2012 un nou­veau mo­dèle, Aventador. Il était as­sez dif­fi­cile d’an­ti­ci­per quelle au­dience al­lait avoir ce lan­ce­ment sur son site web. Notre client a donc op­té pour une offre cloud fac­tu­rée à la de­mande et dont les res­sources étaient très ex­ten­sibles. Fi­na­le­ment nous avons sup­por­té un pic de tra­fic de 250 % su­pé­rieur à la nor­male » , ex­plique le res­pon­sable. Chez 1&1, on confirme l’in­té­rêt gran­dis­sant des clients pour les offres cloud. « Ces so­lu­tions à la de­mande prennent tout leur sens au­près des PME dont les be­soins peuvent va­rier se­lon les pics d’ac­ti­vi­té qu’elles en­re­gistrent tout au long de l’an­née » , sou­ligne Cé­cile Esch, PR Ma­na­ger France. Mais l’hé­ber­geur al­le­mand note en­core un dé­fi­cit de po­pu­la­ri­té de l’in­for­ma­tique dans les nuages au­près des PME. « Le dé­ve­lop­pe­ment de ce type de so­lu­tions reste tri­bu­taire de notre ca­pa­ci­té à sen­si­bi­li­ser les chefs d’en­tre­prise des PME fran­çaises qui, à l’heure ac­tuelle, ont en­core trop peu de connais­sance concer­nant le Cloud com­pu­ting. » Un manque de connais­sances confir­mé par Fran­çois Bar­reau, chef de pro­duit Com­pu­ting chez Orange Bu­si­ness Ser­vices. « Les PME/TPE uti­lisent en­core peu de ser­vices cloud car elles ma­ni­festent de grandes ré­ti­cences à chan­ger le type d’hé­ber­ge­ment de leur site. Elles pré­fèrent le plus sou­vent pro­lon­ger leur so­lu­tion exis­tante. Un deuxième frein reste les faibles en­jeux per­çus par eux en termes de flexi­bi­li­té du di­men­sion­ne­ment de leur hé­ber­ge­ment. Les clients à po­ten­tiel pour le Cloud sont donc ceux qui me­surent une forte crois­sance de leur ac­ti­vi­té sur le Web, avec des pro­jets d’évo­lu­tion ré­gu­lier de leur site » , conclut le res­pon­sable.

Le Cloud ne sé­duit pas tout le monde

Les gros ac­teurs de l’e-com­merce ne sont pas en­core tous pas­sés du cô­té de l’in­for­ma­tique dans les nuages. C’est le cas par exemple de voyage-SNCF.com, nu­mé­ro un fran­çais de l’ecom­merce, qui table plu­tôt sur la bonne vieille so­lu­tion de sur­di­men­sion­ner l’in­fra­struc­ture d’hé­ber­ge­ment pour sup­por­ter les éven­tuels pics de charge. L’agence de voyage en ligne a ain­si op­té pour des res­sources quatre fois su­pé­rieures à la charge quo­ti­dienne nor­male d’en­vi­ron 500 000 in­ter­nautes. Ce­la lui per­met par exemple de sup­por­ter le pic du mois d’oc­tobre lorsque les billets de train pour les congés de Noël sont mis en vente. Le site re­çoit alors 1,5 mil­lion de vi­si­teurs par jour et Voyages-sncf.com vend jus­qu’à vingt billets par se­conde. « Nous uti­li­sons 48 ser­veurs sto­ckés pour moi­tié dans les lo­caux de la SNCF et pour l’autre moi­tié chez d’IBM qui est notre par­te­naire de­puis main­te­nant deux ans » , pré­cise Phi­lippe Mar­tin, di­rec­teur tech­nique chez Voyages-sncf.com. Ce prin­cipe de l’in­fra­struc­ture sur­di­men­sion­née a éga­le­ment été re­te­nu par Mee­tic. « Notre in­fra­struc­ture est pré­vue pour sup­por­ter deux fois plus que la charge no­mi­nale, avec par exemple des pics de 100 000 connexions si­mul­ta­nées le soir » , ex­plique Oli­vier Sieg­wart, CIO/di­rec­teur des sys­tèmes d’in­for­ma­tion de Mee­tic Group. Le spé­cia­liste des sites de ren­contres mise sur une in­fra­struc­ture gé­rée par Colt qui com­prend 600 ser­veurs dont 400 phy­siques et 200 vir­tuels.

Oli­vier Beau­det, PDG de Cla­ra­net.

Ikou­la dis­pose de son propre da­ta­cen­ter ba­sé à Reims qui abrite plus de 5000 ser­veurs.

Oli­vier Sieg­wart, CIO de Mee­tic Group.

Ra­phaël Tord­j­ma, ma­na­ger chez So­lu­com.

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