Fran­che­ment ! Vous re­gar­dez en­core la té­lé­vi­sion ?

L'Informaticien - - SOMMAIR -

Com­pa­ra­ti­ve­ment aux vagues de ran­çon­gi­ciels qui sé­vissent dans le monde ou l’ar­ri­vée d’un nou­veau pré­sident de moins de 40 ans à la tête de notre pays, le su­jet de ce Bul­let Point peut pa­raître à pre­mière vue fu­tile. Il est ce­pen­dant le mi­roir d’une réa­li­té éton­nante où les té­lé­spec­ta­teurs sont sur tout des PC spec­ta­teurs ou des uti­li­sa­teurs de ta­blettes, non pour suivre des grilles de pro­gramme pro­po­sées par les chaînes que nous connais­sons mais de plus en plus par de nou­veaux ca­naux pro­po­sant des sé­ries ou pro­grammes en strea­ming ou en té­lé­char­ge­ment. La ques­tion n’est dé­jà plus de sa­voir si tout ce­la est lé­gal, ou bien, ou pas bien. Le phé­no­mène est le re­flet de ce que, au­jourd’hui aux États- Unis, la plu­part des jeunes sont plus sur des four­nis­seurs comme Hu­lu, Netflix ou HBO que sur les chaînes ha­bi­tuelles. De même, en France, de plus en plus d’adeptes se mettent à choi­sir les pro­grammes qu’ils sou­haitent re­gar­der, au lieu de suivre les pro­po­si­tions des chaînes clas­siques ou thé­ma­tiques. Ils pi­corent des pro­grammes à la de­mande et quand ils le sou­haitent, en fonc­tion de leurs in­té­rêts du mo­ment, des conver­sa­tions avec les col­lègues ou amis. Qui ne dis­cutent des der­nières sé­ries ou feuille­tons à voir ? Le succès pla­né­taire de Game of Th­rones ou de Vi­kings n’est que la consé­quence de ces nou­veaux usages et de la glo­ba­li­sa­tion dans la de­mande de pro­grammes. Cultu­rel­le­ment, le phé­no­mène fait que tout le monde, c’est- à- dire la plu­part des per­sonnes sur cette pla­nète, lisent ou re­gardent la même chose. Les sé­ries té­lés ni­vellent en­core plus les dif­fé­rences que la soi- di­sant glo­ba­li­sa­tion dont les can­di­dats ont tant par­lé lors de la der­nière cam­pagne pré­si­den­tielle. En termes d’au­diences, les meilleures se si­tuent au­tour des évé­ne­ments spor­tifs, et, en moyenne, le plus sou­vent au­tour de sé­ries té­lé­vi­sées. Les grands ré­seaux de notre pays comme TF1 avaient l’ha­bi­tude de trus­ter ces

meilleures au­diences. Ils conti­nuent pour l’ins­tant à le faire mais avec de plus en plus de dif­fi­cul­tés. L’ir­rup­tion des opé­ra­teurs té­lé­coms comme SFR, qui vient d’ac­qué­rir les droits pour les matchs de foot­ball, dans le jeu va cham­bou­ler ce pay­sage tra­di­tion­nel de la TV. Des chaînes payantes comme Ca­nal + peuvent s’in­quié­ter vis- à- vis des nou­veaux en­trants.

Une dé­fense à la Ma­gi­not !

Pour contre­car­rer ces chan­ge­ments d’usages des té­lé­spec­ta­teurs et la mon­tée en puis­sance des nou­veaux en­trants sur ce mar­ché par les Box, qui per­mettent de sto­cker des pro­grammes et donc de les re­gar­der quand vous le sou­hai­tez, les grands ré­seaux ou chaînes tra­di­tion­nelles pro­posent quoi ? Des pro­grammes payants par la vi­déo à la de­mande, ou de la té­lé de rat­tra­page où les spec­ta­teurs peuvent re­trou­ver l’épi­sode de la sé­rie pour une se­maine. Ca­nal + es­saie de jouer sur la créa­tion avec des sé­ries ori­gi­nales, comme Ver­sailles. Si vous n’êtes pas abon­nés, là en­core, l’ac­cès aux épi­sodes est payant. Je vous le dis tout net, ce n’est pas très ma­lin lors­qu’il suf­fit de ta­per « Ver­sailles strea­ming » sur Google pour trou­ver je ne sais com­bien de sites qui vous offrent « gra­tui­te­ment » , c’est- à- dire en échange de vi­sion­nage de pub in­tem­pes­tive ou d’aver­tis­se­ments sur de fausses at­taques de votre PC, la pos­si­bi­li­té de re­gar­der l’en­semble de la sai­son de cette sé­rie. Je le concède le plus sou­vent en an­glais sous- ti­tré en fran­çais ! Euh, ça marche aus­si pour Bra­quo, une autre créa­tion ori­gi­nale de Ca­nal + ! La di­ver­si­fi­ca­tion par des chaînes thé­ma­tiques sur le TNT n’a pas ame­né non plus de nou­velles car­touches aux ré­seaux ha­bi­tuels ou aux grandes chaînes. Ce­la a juste mas­qué la chute des ren­trées pu­bli­ci­taires en les ré­par­tis­sant sur dif­fé­rents ré­seaux qui sont, comme en son temps sur le Web, mas­si­fiés pour don­ner l’illu­sion que les au­diences sont im­por­tantes. Elles ne sont ce­pen­dant pas en crois­sance ! Les pou­voirs pu­blics conti­nuent eux aus­si une po­li­tique qui est vouée à l’échec face à ces nou­veaux usages avec Ha­do­pi. 7,5 mil­lions d’aver­tis­se­ments entre 2010 et 2016, 72 condam­na­tions et pour­quoi ? Pour que rien ne change. Si, du té­lé­char­ge­ment, les fans de sé­ries sont pas­sés au strea­ming qui ne contre­vient pas ex­pli­ci­te­ment aux règles eu­ro­péennes de pro­tec­tion des droits d’au­teur. La si­tua­tion reste donc dans un flou ju­ri­dique qui pro­fite à de nom­breux sites dou­teux qui gagnent beau­coup d’ar­gent au­près des grands fai­seurs de la pub en ligne avec des mes­sages plus ou moins bi­dons et sou­vent avec des pro­po­si­tions que la mo­rale ré­prouve ! Les droits des ar­tistes et des au­teurs n’en sont donc pas mieux pro­té­gés et la va­leur de leur tra­vail leur échappe en­core un peu plus.

Non… non, rien n’a chan­gé ! ( hom­mage aux Pop­pies !)

En fait, la mise en place d’Ha­do­pi et des autres me­sures de pro­tec­tion des droits des ar­tistes n’ont rien chan­gé du tout, s’ils n’ont pas ag­gra­vé le pro­blème. Il se­rait temps que les dif­fu­seurs et autres in­ter­ve­nants au­tour de la té­lé­vi­sion se mettent au­tour d’une table pour trou­ver une so­lu­tion à ce casse- tête : comment ré­mu­né­rer les créa­teurs tout en per­met­tant aux consom­ma­teurs de ces créa­tions de les re­gar­der quand ils veulent et à par­tir de n’im­porte quel ter­mi­nal. Le « Fair use » existe dans les consom­ma­tions sur In­ter­net pour les don­nées. Au- de­là d’un cer­tain ni­veau, votre ac­cès est bri­dé jus­qu’à ce que votre consom­ma­tion re­vienne à un ni­veau nor­mal. Les opé­ra­teurs pour­raient par­fai­te­ment l’ap­pli­quer dans la plu­part des cas vis- à- vis des « strea­mers » fous. Il s’agit ce­pen­dant de trai­ter à part les uti­li­sa­teurs de VPN plus ou moins exo­tiques. La so­lu­tion d’un paie­ment for­fai­taire pour avoir ac­cès aux dif­fé­rents conte­nus a te­nu le haut du pa­vé en son temps mais ne semble plus en cours au­jourd’hui. Il se­rait sur­tout plus im­por­tant que les chaînes mettent à dis­po­si­tion plus ra­pi­de­ment et pour le plus grand nombre les pro­grammes ori­gi­naux que les nou­veaux té­lé­spec­ta­teurs de­mandent sa­chant que, comme en mu­sique, ce­lui qui té­lé­char­geait était aus­si ce­lui qui était le plus en­clin à ache­ter. Le fan d’une sé­rie ne va pas juste la re­gar­der une fois, il va aus­si ache­ter les Blu- Ray de la sai­son pour pou­voir y re­ve­nir quand il le sou­haite. Les chaînes ne per­draient pas leurs re­ve­nus sur ce type de pro­duits. Eh oui, de­puis 2009 et la mise en place de tout ce­la, je veux dire l’Ha­do­pi et tous les dé­bats au­tour de cette ques­tion, rien n’a chan­gé et rien n’avance. À croire que la si­tua­tion sa­tis­fait en réa­li­té tout le monde dans ce flou sta­tu quo ! ❍

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