PI­LO­TAGE DES VILLES

LES SO­LU­TIONS GLO­BALES DIS­PO­NIBLES

L'Informaticien - - SMART CITY - JÉ­RÔME CARTEGINI

L’UN DES PRIN­CI­PAUX DÉ­FIS DES VILLES IN­TEL­LI­GENTES RE­POSE SUR L’ANA­LYSE ET LE TRAI­TE­MENT DE LA MASSE DE DON­NÉES QUO­TI­DIENNE QUI ÉMANE AUS­SI BIEN DES CI­TOYENS QUE DES IN­FRA­STRUC­TURES, DES ÉQUI­PE­MENTS ET DES SER­VICES CONNEC­TÉS. DE GRANDS GROUPES TELS QUE EN­GIE, BOUYGUES, VIN­CI ENERGIES OU EN­CORE THALES, DÉ­VE­LOPPENT DES PLATES-FORMES LOGICIELLE­S PER­MET­TANT DE PI­LO­TER TOUT OU PAR­TIE D’UNE VILLE.

Les villes dites in­tel­li­gentes re­gorgent d’in­fra­struc­tures et d’équi­pe­ments ur­bains connec­tés pi­lo­tés par des lo­gi­ciels in­té­grés ou non à leur centre de contrôle. Il n’existe pas à l’heure ac­tuelle une so­lu­tion gé­né­ra­li­sée qui per­met­trait de pi­lo­ter l’en­semble de l’es­pace pu­blic via une seule et même in­ter­face. Les ins­tal­la­tions ur­baines in­tel­li­gentes sont gé­né­ra­le­ment très sec­to­ri­sées et dé­ployées couche par couche se­lon les be­soins des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Chaque pres­ta­taire dé­ve­loppe sa propre plate-forme lo­gi­cielle qui s’in­ter­face avec le sys­tème d’in­for­ma­tion et les équi­pe­ments exis­tants de la ville. Ils se chargent de for­mer le per­son­nel des col­lec­ti­vi­tés lo­cales à l’uti­li­sa­tion de leurs ou­tils, où ces der­niers sont ex­ter­na­li­sés et gé­rés par leurs propres équipes. Pour fa­ci­li­ter les usages, la com­pré­hen­sion, la pla­ni­fi­ca­tion et la prise de dé­ci­sion, la mo­dé­li­sa­tion 3D est omniprésen­te dans les so­lu­tions logicielle­s dé­ployées no­tam­ment par des groupes comme Vin­ci ou En­gie Éner­gies. Les édi­teurs réa­lisent de gros ef­forts pour sim­pli­fier l’usage de leurs plates-formes smart ci­ty, mais tous les ac­teurs s’ac­cordent à dire qu’une plate-forme ou­verte et com­mune à tous les ser­vices de la ville consti­tue­rait une so­lu­tion idéale. Ce­la per­met­trait éga­le­ment de mu­tua­li­ser et de croi­ser des don­nées qui ne le sont pas for­cé­ment à des fins d’op­ti­mi­sa­tion de la gou­ver­nance de la ville, d’éco­no­mies et d’ef­fi­ca­ci­té.

Un poste de com­mande gé­né­ra­li­sé

Créer un poste de com­mande gé­né­ra­li­sé pour pi­lo­ter l’en­semble de l’es­pace pu­blic, c’est l’ob­jec­tif que s’est fixé la ville de Di­jon pour le se­cond se­mestre de 2018. La mé­tro­pole de la Côte-d’Or a en ef­fet lan­cé un ap­pel d’offres pour nu «tout-en-un» in­édit, bap­ti­sé «Smart ci­ty», qui pré­voit la concep­tion et l’ex­ploi­ta­tion d’un poste de com­mande à dis­tance des équi­pe­ments ur­bains intelligen­ts tels que l’éclai­rage pu­blic, la sé­cu­ri­té, le centre de po­lice mu­ni­ci­pale, la cir­cu­la­tion, la su­per­vi­sion ur­baine, le ser­vice d’e-ad­mi­nis­tra­tion, et le poste de ges­tion neige. Di­jon se­ra la pre­mière ville en France 100% connec­tée qui re­po­se­ra sur une plate-forme lo­gi­cielle unique. En at­ten­dant la réa­li­sa­tion de ce chan­tier hors norme, les pro­jets de ville in­tel­li­gente mis en place, ou en cours de dé­ve­lop­pe­ment en France, concernent un ou plu­sieurs do­maines qui fonc­tionnent gé­né­ra­le­ment de ma­nière to­ta­le­ment indépendan­te. Pour l’heure, il se­rait plus réa­liste de par­ler de villes

par­tiel­le­ment in­tel­li­gentes en de­ve­nir que de vé­ri­tables smart ci­ties. Chris­tine Le Brun, in­gé­nieur d’af­faires chez Si­ra­del, a un avis bien tran­ché sur la ques­tion : «Une ville in­tel­li­gente, c’est vrai­ment l’in­té­gra­tion du nu­mé­rique dans tous les do­maines de la ville qui sont im­por­tants, de ma­nière à être plus per­for­mant, plus per­ti­nent et à rendre de meilleurs ser­vices aux ci­toyens. Les ou­tils smart ci­ty se doivent de prendre en compte tous les su­jets, et pas seule­ment l’éclai­rage, la mo­bi­li­té ou la sé­cu­ri­té. »

Quar­tier in­tel­li­gent ex­pé­ri­men­tal

De nou­veaux quar­tiers intelligen­ts sont sor­tis en re­vanche de terre, no­tam­ment à Is­sy-les-Mou­li­neaux, avec le pro­jet Is­syG­rid. Créé à l’ini­tia­tive de la ville et de Bouygues Im­mo­bi­lier, ce la­bo­ra­toire ur­bain re­groupe de nom­breux par­te­naires clés tels que Al­stom, Bouygues Energies et Ser­vices, Mi­cro­soft, Sch­nei­der Elec­tric, Ste­ria, ou en­core EDF et ERDF. Le quar­tier re­pose sur une plate-forme lo­gi­cielle qui ga­ran­tit une in­ter­opé­ra­bi­li­té des don­nées entre tous les ac­teurs de l’éco­quar­tier. Pa­ral­lè­le­ment, un échan­tillon d’ha­bi­tants-tes­teurs peut ac­cé­der à cer­taines in­for­ma­tions et con­seils re­la­tifs à leur lo­ge­ment : consom­ma­tion éner­gé­tique du lo­ge­ment et des équi­pe­ments, guides de coa­ching pour op­ti­mi­ser la consom­ma­tion, etc.

Sou­plesse et in­ter­opé­ra­bi­li­té

Les grands groupes fran­çais Bouygues, Eif­fage, En­gie ou en­core Vin­ci Energies consti­tuent le qua­tuor qui truste et rem­porte la plu­part des ap­pels d’offres de pro­jets de concep­tion de ville in­tel­li­gente en France. Ils sont éga­le­ment om­ni­pré­sents à l’étran­ger où on les re­trouve dans des villes comme Mexi­co, Du­baï, Sin­ga­pour, Shan­ghai, etc. En fonc­tion des be­soins des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, tous pro­posent des so­lu­tions logicielle­s mo­du­lables plus ou moins com­plètes et gé­né­ra­le­ment in­ter­opé­rables avec les sys­tèmes exis­tants. Le groupe Vin­ci Éner­gies a dé­ve­lop­pé une brique lo­gi­cielle, bap­ti­sée Hy­per­vi­seur, qui per­met à un seul opé­ra­teur de gé­rer no­tam­ment un grand quar­tier d’af­faires de Pa­ris, ou en­core le Pé­ri­phé­rique et les voies sur berges de la ca­pi­tale. Cet ou­til de pi­lo­tage consti­tue une sorte de socle tech­nique mo­du­lable qui offre la pos­si­bi­li­té d’in­té­grer les équi­pe­ments exis­tants de la ville tels que des sys­tèmes de contrôle d’ac­cès (bornes es­ca­mo­tables, bar­rières…), de sur­veillance du tra­fic, des bornes de re­charge de vé­hi­cules élec­triques, de vi­déo­sur­veillance, d’éclai­rage, de su­per­vi­sion d’éner­gie dans les bâ­ti­ments, etc. Pré­sent à Pa­ris et à Rouen, pour la par­tie ex­ploi­ta­tion, et en dé­mons­tra­tion dans la ville de Chartres, l’Hy­per­vi­seur fait le lien entre les tech­no­lo­gies et les usages vou­lus par les col­lec­ti­vi­tés. Ar­naud Mas­sip, chez Vin­ci Energies, ex­plique son fonc­tion­ne­ment : « L’offre lo­gi­cielle smart ci­ty de Vin­ci Energies s’or­ga­nise au­tour d’un trip­tyque. Le pre­mier, bap­ti­sé BIMCi­ty, est à des­ti­na­tion de l’ex­ploi­tant. Cette so­lu­tion d’ex­ploi­ta­tion ré­cu­père les don­nées des dif­fé­rents équi­pe­ments sur le ter­rain au tra­vers soit des su­per­vi­sions tech­niques dé­jà en place, soit de notre plate-forme IoT qui fé­dère et cor­rèle l’en­semble de ces in­for­ma­tions. Cette plate-forme in­tègre un mo­teur per­met­tant de pré­sen­ter des alertes d’ex­ploi­ta­tion et des plans d’ac­tion as­so­ciés. La deuxième brique Ci­tyApp est un ou­til de mo­bi­li­té sur ta­blette des­ti­né aux main­te­neurs. Ces der­niers re­çoivent en temps réel des no­ti­fi­ca­tions de pannes, sai­sissent leurs comptes ren­dus d’interventi­ons, et ils peuvent être gui­dés jus­qu’aux équi­pe­ments grâce à la géo­lo­ca­li­sa­tion. Nous avons éga­le­ment le pen­dant pour les ci­toyens, qui s’ap­pelle Ci­tyZen. Cette ap­pli­ca­tion leur per­met de faire des dé­cla­ra­tions d’in­ci­dents ou de pannes d’équi­pe­ments ur­bains (can­dé­labre, borne élec­trique...) qui re­montent di­rec­te­ment à l’ex­ploi­tant et aux main­te­neurs. Ci­tyZen four­nit éga­le­ment des in­for­ma­tions sur l’oc­cu­pa­tion des places de par­king sou­ter­rain ou sur la voi­rie. »

La 3D au ser­vice des smart ci­ty

L’ob­jec­tif des smart ci­ty est d’ap­por­ter, d’une part, tou­jours plus de conforts, de sé­cu­ri­té et de ser­vices aux ci­toyens et, d’autre part, de faire des éco­no­mies no­tam­ment dans les do­maines de l’éner­gie et de l’éclai­rage pu­blic. Le géant de l’éner­gie En­gie est l’un des prin­ci­paux ac­teurs de la trans­for­ma­tion nu­mé­rique des villes en France. En 2016, il a fait l’ac­qui­si­tion stra­té­gique de Si­ra­del, un édi­teur spé­cia­li­sé de­puis plus de vingt ans dans le do­maine de la mo­dé­li­sa­tion 3D des villes. Cette so­cié­té ren­naise, qui pos­sède des bu­reaux à To­ron­to et Hong Kong, ren­force l’offre «Smart Ci­ties» du groupe avec des ou­tils de pointe qui ont dé­jà fait leur preuve no­tam­ment à Shan­ghai, San­tia­go du Chi­li, ou en­core Rio de Ja­nei­ro. La so­lu­tion de Si­ra­del com­prend un ou­til de mo­dé­li­sa­tion agré­gé à des don­nées géo­lo­ca­li­sées des ter­ri­toires per­met­tant de créer un ré­fé­ren­tiel 3D d’une ville avec

ses bâ­ti­ments, sa voi­rie, son mo­bi­lier ur­bain, ses es­paces verts, etc. Elle en­globe éga­le­ment le lo­gi­ciel Smart Ci­ty Ex­plo­rer qui est une plate-forme open source in­te­rac­tive de vi­sua­li­sa­tion 3D. Con­crè­te­ment, ce lo­gi­ciel offre la pos­si­bi­li­té de se pro­me­ner vir­tuel­le­ment à l’in­té­rieur de la ville un peu comme dans un jeu vi­déo. Pour Chris­tine Le Brun, chez Si­ra­del, la mo­dé­li­sa­tion 3D est in­dis­pen­sable au dé­ve­lop­pe­ment des smart ci­ties : «Smart Ci­ty Ex­plo­rer est un ou­til d’en­gi­nee­ring et de pla­ni­fi­ca­tion qui per­met d’agré­ger toutes sortes de don­nées géo­ré­fé­ren­cées (carte de ré­seaux, consom­ma­tion des bâ­ti­ments, sé­cu­ri­té, dé­mo­gra­phie…) pro­ve­nant de la ville, des opé­ra­teurs, et de dif­fé­rentes en­tre­prises. Ce socle 3D per­met de contex­tua­li­ser les don­nées et de les vi­sua­li­ser dans un en­vi­ron­ne­ment beau­coup plus in­tui­tif qu’une carte à plat ou un fi­chier Ex­cel. Ce­la per­met de mieux com­prendre comment fonc­tionne la ville et de faire res­sor­tir les grands in­di­ca­teurs. En­suite, le lo­gi­ciel aide à pla­ni­fier des pro­jets de trans­for­ma­tion ur­baine qui peuvent être liés à la mo­bi­li­té, à la sé­cu­ri­té, à l’éclai­rage pu­blic, à l’éner­gie, etc. Grâce à un al­go­rithme, il est pos­sible de faire toutes sortes de si­mu­la­tions sur ces dif­fé­rents su­jets et vi­sua­li­ser ce que ce­la peut don­ner. C’est une plate-forme ou­verte qui ac­cepte une cin­quan­taine de for­mats de don­nées en en­trée. Elle est pré­vue pour pou­voir être in­ter­opé­rable avec d’autres ou­tils de par­te­naires ex­perts dans les dif­fé­rents do­maines de la smart ci­ty.»

Un mar­ché dis­pa­rate

La plu­part des géants du sec­teur de la smart ci­ty jouent sur plu­sieurs ta­bleaux en pro­po­sant tout à la fois des so­lu­tions ca­pables de s’in­ter­fa­cer avec le poste de com­mande de la ville ou de le rem­pla­cer com­plè­te­ment. Au­cun ac­teur n’a mis en place pour le mo­ment une so­lu­tion glo­bale avec un ta­bleau de bord gé­né­ra­li­sé à tous les do­maines de la ville. C’est le dé­fi très at­ten­du que de­vra re­le­ver le fu­tur lau­réat de l’ap­pel d’offres de la ville de Di­jon. Le dé­ve­lop­pe­ment des smart ci­ty ne fait que com­men­cer…❚

Les gra­phismes 3D de l’Hy­per­vi­seur de Vin­ci Energies per­mettent à l’ex­ploi­tant de vi­sua­li­ser et pi­lo­ter les équi­pe­ments connec­tés à dis­tance.

Les opé­ra­teurs contrôlent la ville à dis­tance par le biais d’in­ter­faces car­to­gra­phiques 3D.

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