EDGE COM­PU­TING

QUAND LES DA­TA­CEN­TERS ENTRENT DANS LES VILLES

L'Informaticien - - SMART CITY - E. E.

Après une cen­tra­li­sa­tion des opé­ra­tions dans le Cloud, l’in­for­ma­tique de­vrait à nou­veau connaître une vague de dé­cen­tra­li­sa­tion. Cette fois-ci, il s’agit de dé­por­ter au plus près des ap­pa­reils une puis­sance et une ca­pa­ci­té de trai­te­ment de don­nées. Ce­la dé­pen­dra de nom­breux fac­teurs, comme la cri­ti­ci­té de la don­née en pre­mier lieu. Ce concept porte un nom à me­sure qu’il com­mence à être com­pris et adop­té : Edge Com­pu­ting. Cette évo­lu­tion vers le Edge Com­pu­ting a dé­jà dé­bu­té et si cette no­tion est sou­vent liée au monde de l’In­ter­net des Ob­jets, elle couvre d’autres su­jets et d’autres pro­blé­ma­tiques sur cer­tains sec­teurs, à l’image de ce­lui des té­lé­com­mu­ni­ca­tions. «Avec l’ar­ri­vée de la 5G, son mo­dèle cen­tra­li­sé et les dé­bits qui se­ront mul­ti­pliés, l’en­cap­su­la­tion va de­ve­nir un vrai gou­lot d’étran­gle­ment», rap­pelle Nick Bar­cet, di­rec­teur pro­duit OpenS­tack chez Red Hat. C’est une ma­nière de mon­trer à quel point le mo­dèle cen­tra­li­sé ac­tuel de­vient pro­blé­ma­tique à plus d’un titre. Et ce­la s’illustre en­core mieux avec le cas du strea­ming vi­déo : ima­gi­nez qu’un four­nis­seur de vi­déos en strea­ming puisse faire du ca­ching au plus près de l’uti­li­sa­teur, et donc ré­duire la lon­gueur des tuyaux pour trans­por­ter les don­nées. Consé­quence : il se­rait pos­sible de ga­gner en temps de la­tence, de consom­mer moins de bande pas­sante et donc d’amé­lio­rer la qua­li­té du stream pour les uti­li­sa­teurs. Ce n’est pas tout : en trai­tant lo­ca­le­ment la don­née, il est aus­si pos­sible d’ana­ly­ser le com­por­te­ment des uti­li­sa­teurs et par exemple d’en­voyer un flux adap­té à la taille de l’ap­pa­reil. Dans l’in­dus­trie, les pro­jets d’Edge Com­pu­ting se ré­pandent plus ra­pi­de­ment, par exemple dans des usines qui ont be­soin de réa­li­ser des trai­te­ments lo­ca­li­sés et ra­pides. Et c’est as­sez lo­gique car «si l’on dé­cide de col­lec­ter toutes les in­for­ma­tions pour les ana­ly­ser, il s’en­suit un coût de trans­port des don­nées, mais aus­si des in­fra­struc­tures de sto­ckage, de ges­tion, etc. Ce­la ne fait pas tou­jours du sens. Par ailleurs, lors­qu’une don­née voyage elle s’ex­pose, et aug­mente les risques liés à la sé­cu­ri­té. Idem lorsque de gros vo­lumes de don­nées sont trans­mis, il existe des risques de cor­rup­tion de la don­née ce qui en­traîne des coûts sup­plé­men­taires», sou­ligne quant à elle Flo­rence La­get, res­pon­sable Big Da­ta chez HPE France. Dans l’in­dus­trie, IDC es­time que 43% des en­tre­prises au­ront re­cours au trai­te­ment grâce au Edge Com­pu­ting dès 2018.

«Avec l’ar­ri­vée de la 5G, l’en­cap­su­la­tion va de­ve­nir un vrai gou­lot d’étran­gle­ment » Nick Bar­cet di­rec­teur pro­duit OpenS­tack, Red Hat

L’in­té­rêt de l’Edge Com­pu­ting

Cette « tech­no­lo­gie » de Edge Com­pu­ting n’ar­rive pas à n’im­porte quel mo­ment. Elle ré­pond en fait à de nou­veaux be­soins mé­tier en ma­tière de flexi­bi­li­té, de sé­cu­ri­té et de ra­pi­di­té. Mais ce­la peut tou­te­fois prendre dif­fé­rentes formes. En l’oc­cur­rence il est pos­sible de dé­bu­ter avec des ga­te­ways dites in­tel­li­gentes qui em­barquent de la ca­pa­ci­té de trai­te­ment, ana­ly­tique, etc. Bref : tout ce qui est né­ces­saire pour faire fonc­tion­ner des ap­pli­ca­tions. « Ce type de sys­tème peut par exemple prendre place der­rière une ca­mé­ra vi­déo et lan­cer une ac­tion ra­pi­de­ment après un trai­te­ment de don­nées ana­ly­tique dont la so­lu­tion fonc­tionne sur une ga­te­way. C’est dé­jà uti­li­sé no­tam­ment pour faire fonc­tion­ner des ap­pli­ca­tions plus consé­quentes comme de la main­te­nance pré­dic­tive», ex­plique Flo­rence La­get. At­ten­tion : de tels sys­tèmes ne signent pas pour au­tant l’ar­rêt de mort des gros da­ta­cen­ters, qui au­ront tou­jours une uti­li­té. L’idée gé­né­rale du Edge Com­pu­ting est uni­que­ment de dé­por­ter les don­nées lo­ca­le­ment lorsque c’est né­ces­saire. Mais une ap­pli­ca­tion peut très bien fonc­tion­ner en deux temps : trai­ter les don­nées au plus près pour les rai­sons évo­quées, puis en­voyer une autre par­tie au datacenter dans le­quel se­ront réa­li­sés par exemple de plus gros trai­te­ments en ma­tière de ma­chine lear­ning ou deep lear­ning, au sein de da­ta lakes par exemple. Cette no­tion de par­tage va éga­le­ment dans le sens de l’His­toire : de­puis quelques an­nées, l’in­for­ma­tique a as­sis­té à l’avè­ne­ment de la vir­tua­li­sa­tion puis des conte­neurs et autres mi­cro-ser­vices. Bref, de nou­velles ar­chi­tec­tures dans les­quelles les lo­gi­ciels sont de plus en plus dé­cou­pés sous formes de com­po­sants es­seu­lés. «Il s’agit avant tout de scin­der les fonc­tion­na­li­tés pour amé­lio­rer la gra­nu­la­ri­té », rap­pelle Nick Bar­cet. « La lo­gique de mi­cro-ser­vice est de­ve­nue structurel­le pour toutes les nou­velles ap­pli­ca­tions dans le monde », ren­ché­rit-on chez HPE.

Des mini-da­ta­cen­ters dans les villes

Si l’on a évo­qué les ga­te­ways in­tel­li­gentes, d’autres concepts com­mencent à émer­ger en ma­tière de Edge Com­pu­ting, et se rap­prochent plu­tôt du mini-datacenter. C’est no­tam­ment ce sur quoi tra­vaille l’en­tre­prise fran­çaise Rug­gedPOD qui a con­çu le pro­duit du même nom. « C’est une boîte noire qui dis­pose de toutes les op­tions d’un datacenter avec le contrôle des tem­pé­ra­tures et de l’hu­mi­di­té et qui ne né­ces­site au­cune éner­gie pour re­froi­dir», nous ra­content Jean-Jacques Chanut et Jean-Ma­rie Ver­dun. La tech­no­lo­gie se dé­ploie de ma­nière in­cré­men­tale, et se dé­ploie un peu par­tout, sur des toits-ter­rasses par exemple. Con­crè­te­ment, un Rug­gedPOD em­barque quatre cartes bi-Xeon. Ajou­tez à ce­la un rac­cor­de­ment élec­trique 220V et une connexion ré­seau. « Nous tra­vaillons ac­tuel­le­ment sur la pos­si­bi­li­té d’ali­men­ter les Rug­gedPOD avec des sources d’éner­gies re­nou­ve­lables. Nous avons be­soin de 1 kW de puis­sance, ce qui pour­rait être four­nit par 6 m² de pan­neaux so­laires ! », ajoutent-ils. D’autres pro­jets sont bien en­ten­du en cours, no­tam­ment pour in­té­grer des cartes gra­phiques «afin d’ac­cé­lé­rer cer­tains trai­te­ments et de ré­pondre aux be­soins des ap­pli­ca­tions d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle no­tam­ment». Mais le prin­cipe reste d’être ou­vert. Rug­gedPOD fait par­tie de l’Open Com­pute Pro­ject et a dé­jà sé­duit cer­taines en­tre­prises à l’image d’Orange R&D qui est par­te­naire et dis­pose dé­jà d’un POD. «La tech­no­lo­gie est fonc­tion­nelle mais né­ces­site en­core quelques adap­ta­tions », pré­cisent les deux hommes.

« Lors­qu’une don­née voyage elle s’ex­pose, et aug­mente les risques liés à la sé­cu­ri­té» Flo­rence La­get res­pon­sable Big Da­ta, HPE France

Jean-Jacques Chanut et Jean-Ma­rie Ver­dun, chez Rug­gedPOD, dé­ve­loppent une so­lu­tion de mini-da­ta­cen­ters qui se dé­ploient dans les en­vi­ron­ne­ments ur­bains no­tam­ment.

Ar­chi­tec­ture sché­ma­tique de l'Edge Com­pu­ting.

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