French Tech Bor­deaux

La da­ta en chais

L'Informaticien - - SOMMAIRE - GUILLAUME PéRISSAT

La French Tech Bor­deaux a connu une crise ma­jeure. La presse lo­cale s’en était lar­ge­ment fait l’écho, no­tam­ment en mai der­nier. L’as­so­cia­tion était en ces­sa­tion de paie­ment, les sa­laires de ses trois per­ma­nents n’avaient pas été ver­sés. En cause le blo­cage par Bor­deaux Mé­tro­pole, prin­ci­pal fi­nan­ceur – à hau­teur de 64 % des fonds – de la French Tech Bor­deaux, de la sub­ven­tion 2017. En ar­rière plan, un drôle de mé­nage où la ville, la CCI Bor­deaux Gi­ronde et le Con­seil ré­gio­nal, d’un autre bord po­li­tique, s’af­frontent ; et un dé­lé­gué gé­né­ral de la French Tech, Xa­vier Lai­né, dans une si­tua­tion in­stable, avec un co­mi­té à l’ori­gine de la la­bel­li­sa­tion bien em­bar­ras­sé. La crise qu’a connu la French Tech Bor­deaux est, semble- t- il, avant tout po­li­tique. La Ré­gion sou­hai­tait « s’im­pli­quer da­van­tage » , pro­po­sant que la French Tech Bor­deaux soit in­té­grée au pôle d’ex­cel­lence ré­gio­nal sur le nu­mé­rique. Or, la Mé­tro­pole s’y était ir­ré­vo­ca­ble­ment op­po­sée. Bi­lan : une as­so­cia­tion to­ta­le­ment pa­ra­ly­sée. On crai­gnait même que Bor­deaux perde son la­bel au 1er jan­vier 2018… La feuille de route 2017 de l’ini­tia­tive de­vait être re­mise avant no­vembre 2016 : et en mai 2017, elle se fai­sait en­core at­tendre. « Il faut que tout le monde puisse en­fin se re­mettre au­tour de la table : il y a trop de po­li­tique dans French Tech Bor­deaux, ce­la ne convient pas à la grande ma­jo­ri­té de ses membres en­tre­pre­neurs et ce n’est pas du tout son ob­jet » , ex­pli­quait Xa­vier Lai­né à La Tri­bune, dans sa der­nière in­ter­view en tant que dé­lé­gué gé­né­ral. Après quoi il était qua­si im­pos­sible de sa­voir de l’ex­té­rieur qui di­ri­geait la French Tech. Ce n’est que très ré­cem­ment que nous avons ap­pris que l’as­so­cia­tion se pas­sait de dé­lé­gué gé­né­ral, de­puis « la fin du pre­mier se­mestre » . De­puis, c’est le co­or­di­na­teur, Pierre Dejean, qui in­carne plus ou moins le vo­let opé­ra­tion­nel.

Dé­po­li­ti­ser la French Tech

On ne sait si c’est par dé­pit ou par vo­lon­té de faire bou­ger les choses que l’in­té­gra­li­té du co­mi­té de pi­lo­tage de la French Tech Bor­deaux ( Ch­ris­tophe Charle, co­fon­da­teur de CDis­count, Ju­lien Par­rou- Du­boscq, fon­da­teur de Con­cours­ma­nia, Ma­thieu Llo­rens, di­rec­teur gé­né­ral d’AT In­ter­net, Fran­çois Goube, pré­sident de Co­gni­teev, Jé­rôme Le Feuvre, di­rec­teur gé­né­ral de News Re­pu­blic, et Agnès Gran­gé, du groupe

La po­li­tique n’in­té­resse pas les en­tre­pre­neurs : la gou­ver­nance doit être en­tre­pre­neu­riale Jé­rôme Le­leu, pré­sident de la French Tech Bor­deaux

La Poste et fi­gure de proue de la French Tech Bor­deaux) a dé­mis­sion­né en mai. En fin juin, l’as­sem­blée gé­né­rale de la French Tech Bor­deaux élit une nou­velle équipe, pla­çant à sa tête Jé­rôme Le­leu, CEO de Sim­forHealth. Puis, c’est le si­lence ra­dio… Jus­qu’au 12 dé­cembre. L’évè­ne­ment French Tech Connect ras­semble quelque 4 600 per­sonnes au Pa­lais de la Bourse. Grands groupes et start- up étaient pré­sents, mais aus­si le se­cré­taire d’État au Nu­mé­rique, Mou­nir Mah­jou­bi. « Une réus­site » se ré­jouit Jé­rôme Le­leu. Ces six der­niers mois, le nou­veau co­mi­té n’a pas chô­mé. « Il y avait des choses à ca­ler dans l’as­so­cia­tion » , nous ex­plique au té­lé­phone le pré­sident de la French Tech Bor­deaux. Son fonc­tion­ne­ment et sa gou­ver­nance ont été re­vues, les as­pects fi­nan­ciers ré­glés. « Le bud­get a été va­li­dé par le co­mi­té et les per­ma­nents ont été payés » , in­dique Jé­rôme Le­leu. « Les fonds viennent tou­jours à 100 % du pu­blic, mais nous ré­flé­chis­sons en 2018 à ini­tier des re­ve­nus four­nis par des ac­teurs pri­vés, comme c’est le cas dans d’autres French Tech. » Et ce, en de­hors de toute consi­dé­ra­tion po­li­tique. De toute fa­çon, « la po­li­tique n’in­té­resse pas les en­tre­pre­neurs » . Aux yeux de l’ac­tuel pré­sident, si la Mé­tro­pole, le CCI et la Ré­gion conti­nuent de fi­nan­cer l’as­so­cia­tion, « la gou­ver­nance doit être en­tre­pre­neu­riale » . Pour au­tant, Jé­rôme Le­leu ne se voile pas la face et veut être le plus trans­pa­rent pos­sible. Il re­con­naît sans am­bages que la French Tech Bor­deaux a connu une pé­riode dif­fi­cile, tout en sou­li­gnant que « l’an­cien co­mi­té a fait un tra­vail im­por­tant pour créer ce la­bel et dy­na­mi­ser cet éco­sys­tème » . Reste en­core à re­cru­ter un nou­veau dé­lé­gué gé­né­ral pour rem­pla­cer Xa­vier Lai­né.

Une nou­velle gou­ver­nance

Mais la crise semble bel et bien ter­mi­née, en at­teste l’image de la Ré­gion, de la mé­tro­pole et de la CCI tra­vaillant de concert pour en­voyer une qua­ran­taine de start- up lo­cales au Con­su­mer Elec­tro­nic Show de Las Ve­gas, en jan­vier. « Dans l’es­prit French Tech » , se fé­li­cite le pré­sident du Co­mi­té, « Il y a main­te­nant une bonne dy­na­mique, tout le monde va dans le même sens et les col­lec­ti­vi­tés sou­tiennent la di­men­sion en­tre­pre­neu­riale. » Faut- il pour au­tant croire que la French Tech Bor­deaux s’est dé­bar­ras­sée du fardeau des ri­va­li­tés po­li­tiques ? Celles- ci se sont au moins ef­fa­cées et une feuille de route a en­fin pu être va­li­dée par l’en­semble du Co­mi­té et les col­lec­ti­vi­tés. D’un point de vue plus « opé­ra­tion­nel » , ce co­mi­té se réunit tous les mois afin de va­li­der cer­tains as­pects tech­niques et les per­ma­nents, dé­lé­gué gé­né­ral et co­or­di­na­teur en tête, ont pour mis­sion de « mettre en mu­sique ce qui a été dé­ci­dé par le Co­mi­té » . Pour l’heure, la French Tech Bor­deaux n’est pas do­tée d’un bâ­ti­ment to­tem : la Ci­té du nu­mé­rique, fu­turs lo­caux des per­ma­nents, est en construc­tion. Le chan­tier de­vrait s’ache­ver fin 2018 ou dé­but 2019. Le nou­veau co­mi­té s’est or­ga­ni­sé en sys­tème de bi­nômes, cha­cun dé­dié à un axe du plan d’ac­tion dé­fi­ni par le dossier de la­bel­li­sa­tion : In­ter­na­tio­nal, Ac­cé­lé­ra­tion, Ta­lents, Ani­ma­tion et Vi­si­bi­li­té Eco­sys­tème. Ce qui per­met aux en­tre­pre­neurs dé­bar­quant dans la ré­gion et aux an­ciens d’avoir des in­ter­lo­cu­teurs spé­cia­li­sés dans le do­maine qui les touchent. Mais at­ten­tion, Jé­rôme Le­leu veut évi­ter toute confu­sion quant à la mis­sion de la French Tech Bor­deaux. « Sur cet as­pect prag­ma­tique, il a fal­lu re­dé­fi­nir le rôle de la French Tech Bor­deaux. On doit être une sorte de ra­dar pour l’en­tre­pre­neur qui veut s’ins­tal­ler dans la ré­gion Nou­velle Aqui­taine » , ex­plique- t- il. Il ne s’agit donc pas d’une struc­ture qui au­rait pour pré­ten­tion de ras­sem­bler les dif­fé­rents ac­teurs de l’éco­sys­tème en son sein, mais d’un « car­re­four entre les en­tre­pre­neurs et les ac­teurs du ter­rain, un la­bel qui ren­voie vers telle ou telle struc­ture qui ac­com­pagne » . Par­mi les pro­jets à court terme de l’équipe, se­ra mis en place dans les pro­chaines se­maines un dis­po­si­tif de men­to­rat ba­sé sur le vo­lon­ta­riat, où un par­rain ou une mar­raine dé­jà im­plan­té vien­dra ap­por­ter son ex­pé­rience sur cer­tains su­jets aux jeunes pousses dé­si­reuses de se dé­ve­lop­per. Autre pro­jet dans le car­tons de la French Tech Bor­deaux, des évé­ne­ments trans­verses mê­lant en­tre­prises du nu­mé­rique et des en­tre­prises « moins nu­mé­riques » . Et l’en­voi d’en­tre­prises au CES mais aus­si au MWC, à l’IFA ou en­core à Vi­va Tech fait par­tie des prio­ri­tés de la nou­velle équipe. Sym­bole que la French Tech Bor­deaux a bien re­pris du poil de la bête. ❍

Pour l’heure, la French Tech Bor­deaux ne dis­pose pas de bâ­ti­ment to­tem. La Ci­té du Nu­mé­rique de­vrait être ache­vée à la fin 2018.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.