CE QU’IL VA FAL­LOIR SUR­VEILLER

CHEZ MI­CRO­SOFT EN 2018

L'Informaticien - - T E N D A N C E S’ 1 8 - LOïC DUVAL

SOUS L’IM­PUL­SION DE SATYA NADELLA, MI­CRO­SOFT A RE­TROU­VÉ DU DY­NA­MISME ET PRO­FON­DÉ­MENT TRANS­FOR­MÉ SES BU­SI­NESS. LES DÉ­FIS DE LA MO­BI­LI­TÉ ET DU CLOUD SONT POUR­TANT TOU­JOURS AUS­SI CRI­TIQUES POUR SON AVE­NIR. ET LA ROAD­MAP DE L’EN­TRE­PRISE POUR 2018 S’AVÈRE BIEN CHAR­GÉE…

Res­ter per­ti­nent dans un uni­vers qui a pro­fon­dé­ment été trans­for­mé par le Cloud et la mo­bi­li­té… Les dé­fis qui at­tendent Mi­cro­soft en 2018 ne dif­fèrent guère, en fin de compte, de ceux des der­nières an­nées. Et si, avec Azure et Of­fice 365, Mi­cro­soft a sans conteste réus­si son vi­rage cloud, ce­lui de la mo­bi­li­té reste un cui­sant échec qui met en pé­ril l’ave­nir même de Win­dows. 2017 a vu l’ar­ri­vée de Win­dows 10 S pour conte­nir la pro­gres­sion des Ch­ro­me­books, mais sur­tout pour pré­pa­rer, pe­tit à pe­tit, un monde Win­dows cen­tré sur les ap­pli­ca­tions uni­ver­selles UWP et le Win­dows Store. 2018 ver­ra la mul­ti­pli­ca­tion des PC « Al­ways Con­nec­ted » prin­ci­pa­le­ment à base de pro­ces­seurs ARM qui, eux aus­si, fe­ront la part belle au Win­dows Store tout en pro­po­sant une au­to­no­mie en­core ja­mais vue sur PC et dé­pas­sant al­lè­gre­ment les 20 heures de tra­vail consécutiv­es. Ces ef­forts visent à mo­der­ni­ser l’image du PC et de Win­dows. Mais ils ne masquent pas le fait que 2017 au­ra sur­tout vu l’aban­don des smart­phones Lu­mia et l’im­plé­men­ta­tion de tech­no­lo­gies « Conti­nue on PC » sous An­droid et iOS pour ten­ter de rap­pro­cher Win­dows 10 de ces en­vi­ron­ne­ments mo­biles concur­rents. Reste que, de l’aveu même de Satya Nadella, Mi­cro­soft n’en a pas ter­mi­né avec l’uni­vers des smart­phones et de l’ul­tra- mo­bi­li­té, et veut en­core ten­ter de nou­velles choses…

L’ère du cross- plat­form

Après avoir un temps en­vi­sa­gé d’in­suf­fler une com­pa­ti­bi­li­té An­droid au coeur de Win­dows 10 mo­bile ( pro­jet As­to­ria), l’édi­teur a pré­fé­ré op­ter pour une po­li­tique à plus long terme : faire de Win­dows 10 la plate- forme de dé­ve­lop­pe­ment uni­ver­selle pour le Cloud et la mo­bi­li­té. Un ef­fort qui s’est tra­duit d’une part par l’ap­pa­ri­tion des Bash Ubun­tu, Fe­do­ra, OpenSuse et

Suse LES au coeur de Win­dows 10 ( via la couche Win­dows Sub­sys­tem for Li­nux) et d’autre part par l’ab­sorp­tion de Xa­ma­rin pour faire de Visual Stu­dio l’ou­til de dé­ve­lop­pe­ment des ap­pli­ca­tions mo­biles cross plates- formes. Des ini­tia­tives qui s’ac­com­pagnent aus­si de l’ar­ri­vée de Visual Stu­dio pour Mac, et du dé­ve­lop­pe­ment en Open Source de . NET Core ( dot­net. github. io), ASP. NET, Po­werS­hell, Vi­sualS­tu­dio Code, etc. En un peu plus d’un an, Mi­cro­soft a donc pla­cé toutes les briques né­ces­saires pour per­mettre aux dé­ve­lop­peurs . NET de créer in­dif­fé­rem­ment des ap­pli­ca­tions Win­dows 10 UWP, An­droid et iOS. Même les concepts vi­suels « Fluent De­si­gn » de Win­dows 10 com­mencent à émer­ger dans les ap­pli­ca­tions mo­biles iOS et An­droid créées avec les outils de dé­ve­lop­pe­ment de Mi­cro­soft. L’ob­jec­tif en 2018 est pour l’édi­teur de peau­fi­ner cette vi­sion cross pla­te­forme afin de l’im­po­ser à da­van­tage de dé­ve­lop­peurs mo­biles Google & Apple, une tâche qui n’est pas simple et un chal­lenge loin d’être rem­por­té.

Pro­gres­sive Web Apps

Pa­ral­lè­le­ment à cet ef­fort, Mi­cro­soft de­vrait aus­si concré­ti­ser dans le cou­rant de l’an­née 2018 – a prio­ri avec Win­dows 10 Red­stone 4 – le sup­port des Pro­gres­sive Web Apps ( PWA). Rap­pe­lons qu’une PWA est une ap­pli­ca­tion créée avec les tech­no­lo­gies tra­di­tion­nelles du Web ( HTML, Ja­vaS­cript, CSS) et s’exé­cu­tant comme une app na­tive sans tout l’at­ti­rail vi­suel du na­vi­ga­teur. Les PWA s’adaptent aux dif­fé­rentes tailles d’écrans et for­mats de ter­mi­naux, sup­portent les no­ti­fi­ca­tions et l’Ac­tion Cen­ter, et s’exé­cutent même hors connexion. Ini­tiées par Google, elles ne sont pour l’ins­tant sup­por­tées que par Chrome. Mi­cro­soft a an­non­cé son in­ten­tion non seule­ment de sup­por­ter les concepts PWA dans Edge, mais éga­le­ment de par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à leur for­ma­li­sa­tion et à leur en­ri­chis­se­ment. Il est d’ailleurs amu­sant de voir com­ment les vi­sions de ces deux en­tre­prises se sont rap­pro­chées : Google par­lait de « Strea­ming Apps » pour An­droid avant de pseu­do- for­ma­li­ser PWA, et dans le même temps Mi­cro­soft lan­çait le concept de « Hos­ted Web Apps » pour pu­blier les Web Apps sous forme d’Apps UWP, du PWA avant l’heure. Dès 2018, les PWA pour­ront donc s’exé­cu­ter sous Win­dows 10 comme une App na­tive – en ti­rant pro­fit des no­ti­fi­ca­tions par exemple – et se dif­fu­ser via le Win­dows Store. Ce sup­port pour­rait en­fin per­mettre à Win­dows de com­bler son fa­meux manque d’apps « mo­dernes » . Car les dé­ve­lop­peurs semblent de plus en plus adhé­rer à ce nou­veau for­mat. Twit­ter, Trel­lo, Slack, et d’autres l’ont dé­jà adop­té. D’au­tant que Google pousse aus­si ac­ti­ve­ment vers cette mi­gra­tion : l’édi­teur est en passe de re­ti­rer le sup­port des « Chrome Apps » sur les ver­sions Win­dows, Mac et Li­nux de son na­vi­ga­teur et en­cou­rage dé­sor­mais les dé­ve­lop­peurs d’apps pour Ch­ro­me­Books à op­ter pour PWA au lieu de s’ap­puyer sur les API Chrome Apps. De son cô­té, Mi­cro­soft ex­ploite dé­jà l’ap­proche PWA avec son app Flow ( ga­laxie Of­fice 365) et a ré­vé­lé qu’en 2018, la ver­sion Win­dows de Mi­cro­soft Teams dif­fu­sée via le Win­dows Store se­rait, elle aus­si, une PWA !

Le mys­tère An­dro­me­da OS

Tout ce­ci nous amène à ce qui est sans au­cun doute le se­cret le mieux gar­dé de Mi­cro­soft. Vous ne trou­ve­rez per­sonne chez l’édi­teur, même sous le sceau de l’ano­ny­mat, pour s’ex­pri­mer sur le su­jet. Pour­tant, à Red­mond, le pro­jet ac­ca­pare un nombre im­por­tant d’in­gé­nieurs. Ce que l’on sait du sys­tème, c’est qu’il concré­tise plus de dix ans d’ef­fort de dé­tri­co­tage des couches de Win­dows. Ces ef­forts ont dé­jà don­né « OneCore » , la ver­sion ac­tuelle sur la­quelle s’ap­puie Win­dows 10 et Win­dows 10 mo­bile, mais aus­si Win­dows Ser­ver Core et Win­dows Na­no Ser­ver. Car, mal­gré les ef­forts d’uni­fi­ca­tion, Win­dows 10 Mo­bile reste dans les faits une ver­sion dif­fé­rente de Win­dows 10 Desk­top.

Si l ’ on en croit le s in­dis­cré­tions ré­col­tées par les gé­né­ra­le­ment- très- bien- in­for­més Paul Thu­rott et Ma­ry- Jo Fo­ley, Mi­cro­soft veut, avec « An­dro­me­da OS » , dé­bou­cher sur un Win­dows « Core OS » ( WCOS) mi­ni­ma­liste, mo­du­laire, et unique, do­té d’un nou­veau Bu­reau/ Shell, dé­nom­mé CS­hell, ca­pable de s’adap­ter à tous les for­mats d’ap­pa­reil. Tou­jours se­lon eux, le pro­jet An­dro­me­da OS de­vrait ani­mer une nou­velle gé­né­ra­tion d’ap­pa­reils mo­biles à mi- che­min entre le smart­phone et le PC ul­tra­mo­bile : le pro­jet « An­dro­me­da / Sur­face Phone » , que cer­taines ru­meurs dé­crivent comme un smart­phone à double écran ca­pable d’exé­cu­ter les ap­pli­ca­tions PC. Au- de­là, An­dro­me­da OS de­vrait per­mettre à Mi­cro­soft et aux construc­teurs d’ima­gi­ner n’im­porte quel type d’ap­pa­reils sans avoir à pro­duire une ver­sion spé­ciale de Win­dows à chaque fois – alors que Win­dows 10 a dû être dé­cli­né en va­riantes IoT, mo­bile, Xbox, Sur­face Hub et Ho­lo­lens. Pour l’ins­tant, An­dro­me­da OS sou­lève beau­coup de ques­tions sans ré­ponse : L’OS est- il « Win­dows 10 Red­stone 5 » ou un pro­jet dif­fé­rent ? Son as­pect mo­du­laire lui per­met- il de trans­po­ser l’es­sen­tiel de son in­ter­face uti­li­sa­teur sous An­droid ou un autre OS ? Fait- il la part belle à UWP, aux PWA ou à autre chose ? Son UX est- elle sim­ple­ment l’abou­tis­se­ment de ce que Mi­cro­soft cher­chait à faire avec Con­ti­nuum ou une to­tale re­fonte des concepts de bu­reau et d’écran d’ac­cueil ? Il fau­dra pro­ba­ble­ment at­tendre la fin 2018 pour ob­te­nir les pre­miers élé­ments de ré­ponse.

Quan­tum Com­pu­ting

Comme si re­don­ner de la per­ti­nence à Win­dows et s’as­su­rer un ave­nir dans la mo­bi­li­té n’était pas suf­fi­sant, l’autre grand dé­fi de Mi­cro­soft en 2018 se­ra de se faire une place dans le Quan­tum Com­pu­ting. L’édi­teur a in­ves­ti des sommes pha­rao­niques en re­cherche fon­da­men­tale sur ce thème. Pour­tant, son nom est en­core trop ra­re­ment ci­té dans les ar­ticles por­tant sur le su­jet, les re­gards étant sur­tout tour­nés vers IBM, Google et Atos. Mais, avec son ap­proche to­po­gra­phique ori­gi­nale, Mi­cro­soft pour­rait en fin de compte bien dis­po­ser de la tech­no­lo­gie la plus pro­met­teuse, à même d’of­frir dans un ave­nir proche quelque 100 Qu­bits de cal­cul. Mi­cro­soft croit fer­me­ment au po­ten­tiel de l’in­for­ma­tique quan­tique, mais sait aus­si à quel point cette tech­no­lo­gie est si contre- in­tui­tive, im­pli­quant une pen­sée si dif­fé­rente de l’in­for­ma­tique clas­sique, qu’il faut dès main­te­nant for­mer les fu­turs dé­ve­lop­peurs « quan­tiques » avant même la dis­po­ni­bi­li­té des or­di­na­teurs. C’est pour­quoi l’édi­teur a lan­cé, à la fin 2017, son Mi­cro­soft Quan­tum De­ve­lop­ment Kit qui com­porte un nou­veau lan­gage de dé­ve­lop­pe­ment ( Q#) pour ma­ni­pu­ler qu­bits et portes quan­tiques, un en­semble de li­brai­ries « quan­tiques » pré- créées par Mi­cro­soft et sur­tout deux si­mu­la­teurs : le pre­mier per­met d’ému­ler un or­di­na­teur quan­tique de 30 qu­bits sur un PC lo­cal ( 16 Go de RAM né­ces­saire pour 30 qu­bits) et le se­cond fonc­tionne sous Azure pour vous per­mettre de dé­pas­ser les 30 qu­bits. Pour in­fo, ému­ler un or­di­na­teur 40 Qu­bits né­ces­site 16 To de RAM ! Pour en sa­voir plus : www. mi­cro­soft. com/ quan­tum­dev­kit. Bien sûr, les dé­fis de la firme de Red­mond ne se li­mitent pas à ces chan­tiers phares. Ils s’étendent aus­si à Azure qui doit conti­nuer d’évo­luer au même rythme ra­pide pour conti­nuer de se rap­pro­cher des parts de mar­ché d’AWS, tout en contrant les vel­léi­tés de Google Cloud et IBM Blue­mix. Le suc­cès du Cloud Mi­cro­soft passe no­tam­ment par l’ex­pan­sion des Da­ta­cen­ters fran­çais qui viennent juste de dé­mar­rer et par une large dif­fu­sion d’Azure Stack, brique es­sen­tielle pour im­po­ser Azure en Cloud Pri­vé et concré­ti­ser les scé­na­rios hy­brides pro­mis de longue date. L’IoT, l’IA, l’in­for­ma­tique am­biante ( no­tam­ment via Cor­ta­na) sont au­tant d’autres do­maines ul­tra- concur­ren­tiels et por­teurs que l’en­tre­prise, créée par Bill Gates il y a 43 ans, ne peut se per­mettre d’igno­rer et sur les­quels elle de­vra ba­tailler ferme en 2018. ❍

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