La fièvre peut- elle ga­gner le desktop ?

La grande vague du « As a Service » s’in­té­resse aus­si aux PC. Dignes hé­ri­tiers du VDI en en­tre­prise, de nom­breux ser­vices de type « Desktop as a Service » ( DaaS) sont pro­po­sés aux en­tre­prises, mais l’économie du Cloud s’ap­puie en­core sur le poste client

L'Informaticien - - SOMMAIRE - ALAIN CLAPAUD

VM­ware, Ci­trix, Oracle, Orange, mais aus­si Ama­zon Web Ser­vices, OVH et bien­tôt Mi­cro­soft lui- même… les en­tre­prises dis­posent dé­sor­mais d’un vaste choix de so­lu­tions et pres­ta­taires pour hé­ber­ger des ma­chines vir­tuelles de leurs postes client. An­non­cé comme la nou­velle ré­vo­lu­tion du poste client par les ana­lystes au dé­but des an­nées 2010, le couple client lé­ger + service Desktop as a Service a bien du mal à trou­ver son pu­blic. Une en­quête du JDN/ Club Dé­ci­sion DSI réa­li­sée

en 2017 mon­trait que seule­ment 11 % des en­tre­prises fran­çaises avaient gé­né­ra­li­sé ce type de so­lu­tions dans leur sys­tème d’in­for­ma­tion, 10 % l’ayant li­mi­té à une par­tie seule­ment de leurs sa­la­riés. Le DaaS a notamment été frei­né par la qua­li­té des ré­seaux d’en­tre­prises, trop de la­tence et une bande pas­sante in­suf­fi­sante pou­vant en­trai­ner un re­jet ra­pide de la so­lu­tion par ses uti­li­sa­teurs po­ten­tiels. En outre, les po­li­tiques de li­cen­cing des édi­teurs qui obli­geaient les en­tre­prises à ache­ter leurs li­cences y com­pris pour des uti­li­sa­tions tem­po­raires ren­daient le mo­dèle « as a Service » fi­na­le­ment peu per­ti­nent.

Le mar­ché du DaaS prend – en­fin – vie !

Tou­te­fois, les choses ont évo­lué, avec des tech­no­lo­gies de strea­ming d’ap­pli­ca­tion qui ont été amé­lio­rées, le haut- dé­bit qui s’est gé­né­ra­li­sé dans les en­tre­prises et l’ar­ri­vée de géants du Cloud pu­blic sur ce mar­ché dont on peut at­tendre une baisse des prix. Même Mi­cro­soft se pré­pare à lan­cer une offre DaaS bap­ti­sée Mi­cro­soft Ma­na­ged Desktop. L’offre, dé­jà lan­cée de ma­nière li­mi­tée dans quelques pays an­glo- saxons, com­prend une offre de lea­sing de postes de tra­vail cou­plée à des abon­ne­ments Mi­cro­soft 365 En­ter­prise E5 in­cluant Win­dows 10, Of­fice 365 et son offre En­ter­prise Mo­bi­li­ty + Se­cu­ri­ty avec une ges­tion du parc cen­tra­li­sée. Cô­té ma­té­riel, seuls les ter­mi­naux Sur­face sont ac­tuel­le­ment pro­po­sés dans le cadre de cette offre, mais un élar­gis­se­ment de la gamme des ter­mi­naux est d’ores et dé­jà at­ten­du. Cô­té construc­teurs de ter­mi­naux, HP pro­pose dé­jà une offre DaaS à son ca­ta­logue, un acro­nyme plu­tôt trom­peur puis­qu’il s’agit d’une offre « De­vice as a Service » , une offre de lo­ca­tion de parc de PC cou­plée à une so­lu­tion d’ad­mi­nis­tra­tion à dis­tance. L’offre n’in­clut pas l’hé­ber­ge­ment de ses­sions Win­dows dans le

Cloud. « L’adop­tion du Cloud n’a pas vé­ri­ta­ble­ment eu d’im­pact sur la vente de de­vices » , confie Ni­co­las Bou­vier, Per­so­nal Sys­tems Ser­vices Ma­na­ger chez HP. « Des pro­jets de dé­ploie­ment de clients lé­gers se sont bien pas­sés, d’autres moins bien. Ce­la a par­fois pous­sé les en­tre­prises à re­dé­ployer leurs ap­pli­ca­tions sur les clients lourds, car les contrainte­s ré­seau étaient trop fortes et im­pac­taient les per­for­mances des ser­vices. Nous as­sis­tons à l’es­sor des ap­pli­ca­tions SaaS, mais pas né­ces­sai­re­ment au be­soin de ses­sions Win­dows à dis­tance type DaaS. Le ter­mi­nal qui de­vient un point d’ac­cès web avec des confi­gu­ra­tions ma­té­rielles plus lé­gères. » L’Amé­ri­cain ne compte pas al­ler au- de­là de cette ap­proche « De­vice as a Service » pour l’ins­tant et la scis­sion de HP avec la branche in­fra­struc­ture HPE il y a trois ans rend un pos­sible mou­ve­ment de HP vers le « Desktop as a Service » plus hy­po­thé­tique en­core.

Le monde du VDI doit se ré­in­ven­ter

Hé­ber­ger les ses­sions Win­dows des uti­li­sa­teurs sur un ser­veur, l’idée est loin d’être nou­velle. Elle a jadis fait la for­tune de Ci­trix qui, avec son ser­veur WinF­rame et le pro­to­cole ICA s’est taillé une place de choix dans toutes les grandes en­tre­prises dans les an­nées 2000. L’es­sor du Cloud brouille tou­te­fois les cartes : les en­tre­prises sont ten­tées de sor­tir ces fermes de ser­veurs qui mou­linent des cen­taines de ma­chines vir­tuelles de leurs da­ta­cen­ters pour les por­ter sur le Cloud pu­blic, voire pour op­ter sur un mo­dèle « As a Service » . L’édi­teur a bien sen­ti le vent tour­ner et pro­pose les offres Ci­trix Vir­tual Apps and Desk­tops sur ce mar­ché du Desktop as a Service. Il s’agit des so­lu­tions XenApp et XenDesk­top. Ci­trix a même tra­vaillé avec Mi­cro­soft pour que Skype for Bu­si­ness offre de

bonnes per­for­mances en en­vi­ron­ne­ment vir­tua­li­sé via un pack bap­ti­sé HDX RealTime Op­ti­mi­za­tion. La vir­tua­li­sa­tion du poste client sur le Cloud est une so­lu­tion ma­ture et com­mence en­fin à dé­col­ler sur le mar­ché. Le Cloud re­pré­sente une part crois­sante du chiffre d’af­faires de Ci­trix : en 2018, la part du mo­dèle sous­crip­tion a at­teint 15 % du chiffre d’af­faires de l’édi­teur, soit une pro­gres­sion de 45 %. En dé­pit de ce chan­ge­ment de mo­dèle, Ci­trix mise tou­jours sur une ap­proche in­di­recte, s’ap­puyant sur ses CSP re­ven­deurs pour por­ter l’offre DaaS au­près des en­tre­prises. Dans ce ré­seau, fi­gurent Orange Bu­si­ness Ser­vices, Axians, Cheops, In­sia, Cham­pagne In­for­ma­tique ain­si que des pres­ta­taires spé­cia­li­sés comme Pro­gi­nov dans le sec­teur de la san­té ou EBP, spé­cia­liste de la fac­tu­ra­tion et de la comp­ta­bi­li­té. Partenaire Ci­trix, Orange s’est vé­ri­ta­ble­ment po­si­tion­né sur ce mar­ché avec l’ac­qui­si­tion de Neocles en 2011, puis de Log’in Consul­tants en 2016. Cette ac­ti­vi­té vir­tua­li­sa­tion du poste de tra­vail re­pré­sente au­jourd’hui 250 per­sonnes chez OBS, avec une cen­taine de pro­jets me­nés chaque an­née et 150 000 postes vir­tua­li­sés de­puis son ac­qui­si­tion. « Notre offre re­couvre le con­seil, la mise en place et l’ac­com­pa­gne­ment dans le dé­ploie­ment et en­fin dans l’ex­ploi­ta­tion et dans le sup­port aux uti­li­sa­teurs » , ex­plique Arnaud Bel­li­vier de Prin, di­rec­teur de Neocles. « Nous dé­ployons ces pro­jets sur nos propres pla­tes­formes dans nos da­ta­cen­ters que nous maî­tri­sons donc à 100 %. Nous sa­vons aus­si dé­ployer puis opé­rer des pla­tes­formes hé­ber­gées par nos clients chez les­quels nous met­tons en place des centres de ser­vices comme c’est le cas pour plu­sieurs de nos clients du CAC dans le sec­teur de la banque. Nous pou­vons aus­si dé­ployer des so­lu­tions dans le Cloud pu­blic, qu’il s’agisse du Cloud Orange, d’Azure ou d’AWS. » L’en­semble des offres VDI et DaaS d’Orange ont été re­grou­pées sous la ban­nière Flexible Works­pace. His­to­ri­que­ment, Neocles est in­té­gra­teur des tech­no­lo­gies Ci­tr ix, mais l’offre s’est au­jourd’hui élar­gie aux plates- formes de vir­tua­li­sa­tion du poste client du mar­ché, dont celles de VM­ware. « Nous pou­vons in­ter­ve­nir sur des pro­jets qui de­mandent une forte contex­tua­li­sa­tion de la pla­te­forme, soit sur des offres beau­coup plus stan­dar­di­sées sur un mode DaaS pur avec notre offre Flexible Works­pace User Ex­pe­rience. Notre dif­fé­rence est alors la prise en charge de l’ex­pé­rience uti­li­sa­teur dès la concep­tion. Nous dé­li­vrons à nos clients des mé­triques qui

me­surent la sa­tis­fac­tion des uti­li­sa­teurs. Nous avons dé­ve­lop­pé une brique analytique qui dé­livre ces in­for­ma­tions à nos clients et au- des­sus de l’offre stan­dar­di­sée nous avons dé­ve­lop­pé des mo­dules à la carte de sup­port uti­li­sa­teur, de su­per­vi­sion, de pa­cka­ging des ap­pli­ca­tions, mais aus­si de sé­cu­ri­sa­tion de l’en­semble de l’in­fra­struc­ture avec Orange Cy­ber­dé­fense par rap­port aux offres cloud standard. C’est une vraie va­leur ajou­tée dans l’ac­com­pa­gne­ment du client et la per­son­na­li­sa­tion de la so­lu­tion. » Autre édi­teur de poids sur ce mar­ché du DaaS, VM­ware, qui pro­pose des so­lu­tions de vir­tua­li­sa­tion du poste client de­puis une quin­zaine d’an­nées. Ka­rim Dja­mai, di­rec­teur EUC ( End User Com­pu­ting) France chez VM­ware, dé­taille l’offre de vir­tua­li­sa­tion du poste client de l’édi­teur : « Avec VM­ware Ho­ri­zon, nous pro­po­sons une offre de vir­tua­li­sa­tion du poste de tra­vail de classe en­tre­prise, c’est- àdire avec le stack vir­tua­li­sa­tion, un vo­let com­plet de ges­tion des images des postes, un bro­ker, etc. Celles- ci est com­mer­cia­li­sée sous deux formes avec d’une part Ho­ri­zon Cloud, une offre vé­ri­ta­ble­ment as a Service, dé­li­vrée dans le Cloud sur un mode Pay as you go. » L’édi­teur four­nit tous les ou­tils qui per­mettent le dé­ploie­ment de la so­lu­tion sur un parc de ter­mi­naux et bien évi­dem­ment toutes les briques d’in­fra­struc­ture qui vont être dé­ployées sur le partenaire cloud choi­si par le client, in­dif­fé­rem­ment Ama­zon Web Ser­vices, Azure ou le Cloud IBM. « Nous pri­vi­lé­gions la flexi­bi­li­té : le client peut dé­ployer Ho­ri­zon sur ses propres in­fra­struc­tures s’il le sou­haite, ou bien sur le pres­ta­taire cloud de son choix. Des clients conti­nuent de dé­ployer en on- pre­mise, notamment pour des rai­sons de confi­den­tia­li­té des don­nées, mais la ten­dance est clai­re­ment en train de s’orien­ter vers le Cloud pu­blic. » 50 % du chiffre d’af­faires de la Bu­si­ness Unit EUC est réa­li­sé sur ces offres DaaS, or celle- ci re­pré­sente 20 % du chiffre d’af­faires de l’édi­teur, soit une ac­ti­vi­té proche du mil­liard de dol­lars, un chiffre à rap­pro­cher au mar­ché DaaS mon­dial éva­lué à 4 mil­liards de dol­lars par le

Gart­ner. Ce mar­ché connaît une crois­sance glo­bale de l’ordre de 4 à 6 % et les offres cloud aug­mentent elles sur un rythme de 30 %.

Le DaaS va dis­pa­raître au pro­fit du WaaS !

À peine re­naît- il de ses cendres que le DaaS évo­lue dé­jà. Sans doute pous­sés par les ac­teurs du Cloud pu­blic tels que AWS qui pour­raient bien car­bo­ni­ser les prix, mais aus­si avec l’ombre de Mi­cro­soft et une pos­sible ex­ten­sion à l’échelle mon­diale de son offre Mi­cro­soft Ma­na­ged Desktop, les édi­teurs spé­cia­li­sés misent sur des fonc­tions avan­cées pour se dif­fé­ren­cier. C’est notamment le cas de Sys­tan­cia qui pro­pose sa so­lu­tion de vir­tua­li­sa­tion du poste de tra­vail Ap­pliDis Fu­sion comme un ou­til de sé­cu­ri­sa­tion des ac­cès, un po­si­tion­ne­ment cy­ber­sé­cu­ri­té mais aus­si choi­si par Oracle avec son offre Oracle Se­cure Glo­bal Desktop. Autre ten­dance forte, celle de la fu­sion an­non­cée entre la vir­tua­li­sa­tion du poste client et ce que l’on ap­pelle la Di­gi­tal Work­place, c’est- à- dire ces bu­reaux vir­tuels où l’en­tre­prise va pou­voir don­ner ac­cès à ses res­sources IT, que celles- ci soient on- pre­mise ou cloud et quel que soit le de­vice choi­si par l’uti­li­sa­teur. C’est clai­re­ment la voie choi­sie par Ci­trix chez qui on consi­dère que les en­tre­prises ne cherchent plus la vir­tua­li­sa­tion de postes Win­dows en tant que telle, mais plu­tôt la so­lu­tion la plus ef­fi­ciente pour ac­cé­der à Of­fice 365. Un porte- pa­role sou­ligne que « les en­tre­prises pri­vi­lé­gient avant tout la ca­pa­ci­té d’agré­ger des ser­vices et des ap­pli­ca­tions SaaS. Elles veulent agré­ger de ma­nière simple ces ser­vices, les pous­ser au­près des uti­li­sa­teurs et gé­rer les ac­cès. Il s’agit de s’af­fran­chir du desktop lui- même, sa­chant que les uti­li­sa­teurs veulent ac­cé­der à leurs don­nées, à leurs ap­pli­ca­tions de­puis leur or­di­na­teur, leur ta­blette, leur smart­phone. » De­puis l’in­ter­face Sto­reF­ront, un uti­li­sa­teur Ci­trix a ain­si ac­cès à sa mes­sa­ge­rie Gmail, à Au­toCAD si on est ar­chi­tecte, ou même re­ce­voir les de­mandes de congés émises sur Work­day sous la forme de simples no­ti­fi­ca­tions s’il est res­pon­sable d’une équipe. Ce type de mi­cro- ap­pli­ca­tions in­té­grées à l’in­ter­face « work­place » est notamment le fruit de l’ac­qui­si­tion de Sa­pho par Ci­trix en octobre 2018. Dans la même lo­gique, VM­ware rap­proche au­jourd’hui son offre DaaS de Works­pace One, sa so­lu­tion de ges­tion d’espace de tra­vail mul­ti- de­vice, comme l’ex­plique Ka­rim Dja­mai chez VM­ware : « Nous sommes convain­cus que DaaS et offres de Work­place vont ra­pi­de­ment conver­ger à l’ave­nir, et nous avons en­tre­pris de rap­pro­cher Ho­ri­zon et notre offre Works­pace One En­ter­prise afin d’in­té­grer l’en­semble des ter­mi­naux et of­frir une offre beau­coup plus large de ser­vices pour l’uti­li­sa­teur au sein d’une plate- forme unique, c’est une tran­si­tion vers une vi­sion plus mo­bile du Desktop. » Si le DaaS n’a pas connu le dé­col­lage fou­droyant qu’an­non­çaient les ex­perts il y a quelques an­nées, l’es­sor des de­vices mo­biles et les nou­veaux usages du Cloud sont en train d’en re­dé­fi­nir les contours et dans la « Di­gi­tal Work­place » de de­main il se­ra bien difficile de sa­voir si l’ap­pli­ca­tion à la­quelle on a ac­cès tourne sur le poste client ou dans le Cloud. ❍

Avec Ama­zon WorkS­paces, Ama­zon Web Ser­vices pro­pose un service DaaS fac­tu­ré au mois ou à l’heure. Comp­ter entre 21 et 132 $ par mois pour une ma­chine Li­nux et de 25 à 140 $ pour une ma­chine Win­dows. Des ma­chines vir­tuelles avec GPU sont aus­si dis­po­nibles pour 735 ou 999 $ par mois.

La vir­tua­li­sa­tion du poste client consi­dé­rée comme un moyen d’ac­croître la sé­cu­ri­té des postes clients et des ac­cès, c’est le po­si­tion­ne­ment pris par Oracle avec son offre Oracle Se­cure Glo­bal Desktop.

La dis­po­ni­bi­li­té de jeux vi­déo via le strea­ming – ici sur le boî­tier Sha­dow Ghost – dé­montre que même les ap­pli­ca­tions les plus gra­phiques peuvent dé­sor­mais être vir­tua­li­sées dans le Cloud.

La faible crois­sance du mar­ché mon­dial du client lé­ger, à peine su­pé­rieur au mil­liard de dol­lars, montre que le mo­dèle du client lé­ger com­plé­té par du VDI ou du DaaS est loin de s’être im­po­sé dans toutes les en­tre­prises.

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