Sé­bas­tien Che­vrel, DG de De­vo­team : « Ce n’est pas la guerre des tech­nos mais celle des talents »

L'Informaticien - - SOMMAIRE - PROPOS RECUEILLIS PAR STé­PHANE LAR­CHER

De­puis octobre 2014

di­rec­teur gé­né­ral - di­rec­teur des Opé­ra­tions ( COO) de De­vo­team

2012- 2013 vice- pré­sident France & BeLux de De­vo­team 2008- 2011

di­rec­teur gé­né­ral Con­sul­ting et Sys­tèmes d’in­for­ma­tion chez Al­tran

1989– 1995

For­ma­tion d’in­gé­nieur à l’ISEN puis au King’s Col­lege Lon­don ( MsC te­le­com­mu­ni­ca­tions)

Di­rec­teur gé­né­ral de De­vo­team de­puis 2014, Sé­bas­tien Che­vrel re­vient sur la trans­for­ma­tion pro­fonde de l’en­tre­prise fon­dée par Sta­nis­las et Go­de­froy de Bentz­mann. Et sur l’im­por­tance de re­cru­ter les meilleurs col­la­bo­ra­teurs afin d’at­teindre un ob­jec­tif : 1 mil­liard d’eu­ros de chiffre d’af­faires à la fin 2020.

POU­VEZ- VOUS NOUS PRÉ­SEN­TER DE­VO­TEAM EN QUELQUES CHIFFRES ?

❚ Sé­bas­tien Che­vrel : De­vo­team a 24 ans d’exis­tence cette an­née. L’en­tre­prise em­ploie 7 000 col­la­bo­ra­teurs dans 18 pays, prin­ci­pa­le­ment eu­ro­péens. Nous avons réa­li­sé 652 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires en 2018, en crois­sance or­ga­nique de 17,7 % et 27,2 % avec les ac­qui­si­tions réa­li­sées. Nous sommes en phase, voire un peu en avance, sur notre plan « Scale » qui a pour ob­jec­tif de faire pi­vo­ter le Groupe sur les offres de trans­for­ma­tion di­gi­tales et d’at­teindre 1 mil­liard d’eu­ros de chiffre d’af­faires en 2020. La moi­tié de la crois­sance va se faire de ma­nière or­ga­nique et l’autre moi­tié par le biais d’ac­qui­si­tions.

VOUS ÊTES AU MI­LIEU DU PLAN STRA­TÉ­GIQUE DÉ­VOI­LÉ DÉ­BUT 2017. QUELS SONT LES OB­JEC­TIFS QUI ONT CONTRI­BUÉ À SA NAIS­SANCE ?

❚ Notre plan Scale est gui­dé par quatre lignes de forces : la pre­mière est la ten­dance du di­gi­tal, de la vé­ri­table trans­for­ma­tion nu­mé­rique, ce que Gart­ner et d’autres ap­pellent le SMACS ( So­cial, Mo­bi­li­té, Analytique, Cloud & Sé­cu­ri­té). C’est un pa­ri ga­gnant : le mar­ché des SMACS gros­sit de 13 à 14 % par an alors que ce­lui de l’IT en gé­né­ral est de 2 à 3 %.

La se­conde est d’être très proche de nos clients. Nous n’avons pas vou­lu faire d’off­shore. Nous consi­dé­rons que nous sommes beau­coup plus fort avec de l’ex­per­tise et du ma­na­ge­ment lo­caux. Dans le contexte de trans­for­ma­tion, les clients ont be­soin de proxi­mi­té et d’agi­li­té.

La troi­sième idée force est d’avoir noué des par­te­na­riats stra­té­giques avec des géants du Cloud. En­fin, le qua­trième pi­lier est de vou­loir res­ter proche des DSI. Nous sommes convain­cus qu’il y a une nou­velle gé­né­ra­tion de DSI qui est très sen­sible aux as­pects bu­si­ness et nous pen­sons que c’est la meilleure route y com­pris pour trans­for­mer les mé­tiers : 90 % de notre bu­si­ness est réa­li­sé au tra­vers du DSI. Notre am­bi­tion est d’être le lea­der de la trans­for­ma­tion di­gi­tale. Afin d’as­seoir notre po­si­tion de pure player de la trans­for­ma­tion di­gi­tale en Eu­rope, nous fai­sons des choix forts afin d’avoir de l’im­pact – avec 7 offres dis­tinctes et 3 par­te­naires stra­té­giques : Google, Ser­vi­ceNow et Red Hat.

AVEC LE RA­CHAT DE RED HAT, VOUS FAITES REN­TRER IBM DANS LA MAI­SON ?

❚ Nous sommes l’en­tre­prise eu­ro­péenne la plus im­pli­quée au ni­veau eu­ro­péen pour Red Hat. Le ra­chat par IBM ne nous in­quiète pas vrai­ment.

Le seul risque se­rait que Red Hat perde son es­prit open source, open mind.

VOUS PRI­VI­LÉ­GIEZ GOOGLE. QUID D’AMA­ZON WEB SER­VICES ET MI­CRO­SOFT AZURE ?

❚ Les par­te­na­riats stra­té­giques ne sont pas ex­clu­sifs. Les trois pré­ci­tés sont des par­te­na­riats glo­baux. Mais, par exemple, en France, nous avons ac­quis une so­cié­té spé­cia­li­sée sur AWS qui em­ploie plus de cent col­la­bo­ra­teurs. Donc nous sommes éga­le­ment im­pli­qués dans les so­lu­tions AWS. Ce­pen­dant, je consi­dère que Google adopte une dé­marche très in­no­vante pour la trans­for­ma­tion, même s’il est un chal­len­ger sur le Cloud pu­blic. Google per­met d’avoir des conver­sa­tions avec nos clients. Nous sommes l’un des prin­ci­paux par­te­naires de Google et nous vou­lons tou­jours plus de proxi­mi­té dans l’ob­jec­tif d’être per­cu­tants, comme je le di­sais tout à l’heure.

VOUS NE CROYEZ PAS À LA PÉ­REN­NI­TÉ DES AC­TEURS EU­RO­PÉENS DU CLOUD ?

❚ Ce sont de bons chal­len­gers. Ce­pen­dant De­vo­team vise les grands comptes ; les grands ac­teurs amé­ri­cains du Cloud sont sans doute plus per­ti­nents pour ces en­tre­prises. Par ailleurs, une so­cié­té comme Google va au- de­là des pro­blé­ma­tiques de sto­ckage et de « com­pute » . Il y a une vraie vi­sion d’ac­com­pa­gne­ment de la trans­for­ma­tion nu­mé­rique. Quand Car­re­four ou Au­chan font le choix de s’as­so­cier avec Google, ils font le choix de chan­ger la culture au sein de l’en­tre­prise et pas sim­ple­ment de s’as­so­cier à un ac­teur amé­ri­cain.

LA CLOUDIFICA­TION ET LA TRANS­FOR­MA­TION NE CHANGENT- ELLES PAS FON­DA­MEN­TA­LE­MENT LE FONC­TION­NE­MENT DE SOCIÉTÉS COMME LA VÔTRE ?

❚ Nous sommes par­mi les pre­miers à avoir pris ce vi­rage. Nous avons aban­don­né les ac­ti­vi­tés d’in­fo­gé­rance, d’out­sour­cing pour nous concen­trer sur le de­si­gn et l’ar­chi­tec­ture, quitte à perdre tem­po­rai­re­ment du chiffre d’af­faires. Mais c’est aus­si pour at­ti­rer les meilleurs talents avec des mé­tiers plus at­trac­tifs. C’est une ques­tion de concen­tra­tion, d’im­pact sur les choix que nous avons fait. Le faire de ma­nière pro- ac­tive nous a per­mis de ga­gner en dy­na­mique, en image et les ré­sul­tats sont au ren­dez- vous. Ef­fec­ti­ve­ment, nous sommes re­joints par cer­tains grands ac­teurs de notre sec­teur qui ont pris le vi­rage plus tar­di­ve­ment. Tou­te­fois, il faut re­la­ti­vi­ser car le mar­ché est ab­so­lu­ment gi­gan­tesque. Le mar­ché des Ser­vices Cloud est es­ti­mé par Gart­ner à plus de 410 mil­liards d’eu­ros. Et son taux d’adop­tion est au­jourd’hui à 10 %. Donc il y a de la place. Mais il est vrai que les en­tre­prises qui ont en­core de la lour­deur liée au poids de l’in­fo­gé­rance vont avoir plus de dif­fi­cul­tés. Notre chance est d’avoir pi­vo­té ra­pi­de­ment.

LA CY­BER­SÉ­CU­RI­TÉ EST UN DO­MAINE SUR LE­QUEL VOUS VOUS ÊTES PO­SI­TION­NÉ TRÈS RA­PI­DE­MENT. POUR QUELLES RAI­SONS ?

❚ Oui. La cy­ber­sé­cu­ri­té fait par­tie de l’ADN de De­vo­team de­puis long­temps. Dans ce sec­teur, j’ob­serve trois ten­dances. D’abord Il faut consi­dé­rer les nouvelles ré­gle­men­ta­tions – RGPD, NIS – et pen­ser la sé­cu­ri­té au- de­là des CSO, notamment les ques­tions de cy­ber ré­si­lience. Ce ne sont pas des su­jets for­cé­ment tech­no­lo­giques mais plu­tôt or­ga­ni­sa­tion­nels.

La se­conde ten­dance est la sé­cu­ri­sa­tion des nou­veaux usages. On parle de se­cu­ri­ty by de­si­gn et de pri­va­cy by de­si­gn. Ces no­tions sont im­por­tantes mais pas suf­fi­santes. Il faut les in­té­grer dans toute la vie du pro­duit, de la tech­no­lo­gie.

Le troi­sième axe est la sé­cu­ri­té adap­ta­tive. Les SOC ne sont plus suf­fi­sants pour cou­vrir toutes les dif­fi­cul­tés. Je vois ar­ri­ver l’IA au sein de ces tech­no­lo­gies afin de mieux an­ti­ci­per les at­taques.

TOUT LE MONDE RE­VEN­DIQUE L’UTI­LI­SA­TION DE L’IA. NE CROYEZ- VOUS PAS QUE L’ON EN FAIT UN PEU TROP À CE SU­JET ?

❚ Bien en­ten­du, l’IA est sou­vent un buzz­word, mais il y a une réelle ac­cé­lé­ra­tion des pro­jets. Nous avons plus de 70 Proof of Concept sur les su­jets IA. Et au­jourd’hui on passe des POC aux pro­jets. Je dis­tingue au­jourd’hui trois ni­veaux de pro­jets IA : le pre­mier ni­veau est l’uti­li­sa­tion de l’IA pour ex­traire et op­ti­mi­ser les don­nées. L’IA per­met de trai­ter des images sa­tel­lites ou des in­for­ma­tions pré­cises des for­mu­laires clients. Le deuxième ni­veau concerne

tout ce qui per­met de col­la­bo­rer. Par exemple, un call cen­ter dans un en­vi­ron­ne­ment ban­caire. La conver­sa­tion est re­trans­crite en Speech To Text. C’est un échange entre hu­mains mais l’IA amé­liore les ré­ponses et per­met de pré­pa­rer les do­cu­ments évo­qués dans la conver­sa­tion. C’est un pro­jet que nous dé­ployons en Es­pagne. La troi­sième étape est l’aug­men­ta­tion de la ca­pa­ci­té hu­maine. Par exemple, les ca­bi­nets d’avo­cats vont uti­li­ser l’IA pour amé­lio­rer leurs connais­sances sur les dos­siers et les ai­der à re­pé­rer la ju­ris­pru­dence et les er­reurs de pro­cé­dure. Il en va de même pour la mé­de­cine et de plus en plus d’ac­ti­vi­tés al­liant ex­per­tise et so­cial. Ce­pen­dant, au­jourd’hui les prin­cipes d’al­go­rith­mie ne sont pas en­core as­sez avan­cés.

La mé­tho­do­lo­gie est en­core trop bru­tale. Elle de­mande d’être ali­men­tée de mil­liers d’images et de cas pour un re­la­ti­ve­ment faible ren­de­ment. Dans les pro­chaines an­nées il va fal­loir fran­chir une étape sur la ma­nière de faire de l’al­go­rith­mie. Ce­pen­dant l’al­go­rith­mie n’est pas en­core suf­fi­sam­ment fine. C’est trop bru­tal. On dé­ploie beau­coup d’éner­gie pour pas grand­chose. Il faut fran­chir une étape sur la ma­nière de gé­rer. On ne peut pas lais­ser l’IA aux seuls ma­thé­ma­ti­ciens. L’IA doit être adop­tée et dé­ve­lop­pée par des pro­fes­sions dif­fé­rentes.

CONSIDÉREZ- VOUS QUE LA TECH­NO­LO­GIE VA EN­CORE AC­CÉ­LÉ­RER ?

❚ Certes, il y a tou­jours des évo­lu­tions et des in­no­va­tions mais je pense que nous at­tei­gnons un pa­lier. Dé­sor­mais, on va de­voir moins par­ler de tech­no­lo­gie, mais plus éthique, confiance, l’économie cir­cu­laire. Nous ma­nions au­jourd’hui des tech­no­lo­gies sou­vent in­ven­tées il y a quelques dé­cen­nies. Leurs usages se dé­mo­cra­tisent avec l’amé­lio­ra­tion des puis­sances de cal­cul et des ré­seaux de com­mu­ni­ca­tion. On vient de fê­ter les 50 ans de l’Ar­pa­net et les 30 ans du Web. Au­jourd’hui, l’en­jeu est de sa­voir comment ac­com­pa­gner les en­tre­prises dans cette trans­for­ma­tion. Et sur­tout comment ne pas lais­ser des gens sur le bord de la route lors ces trans­for­ma­tions.

VOUS PAR­LEZ DE VOS CLIENTS OU DE LA SO­CIÉ­TÉ TOUTE EN­TIÈRE ?

❚ Les deux. Nos clients sont en pleine trans­for­ma­tion. Notre mé­tier est de les ac­com­pa­gner ; et il faut em­bar­quer tous les col­la­bo­ra­teurs de l’en­tre­prise car on le paye un jour si on n’em­barque pas tout le monde. C’est en­core plus vrai au ni­veau so­cié­tal. C’est un risque de fis­sure ma­jeur. Je suis convain­cu que nous en­trons au­jourd’hui sur un pla­teau qui im­pose un bon mo­ment de ré­flexion sur ce que nous vou­lons faire de la Tech de­main dans notre so­cié­té. Quelle place vou­lons- nous lui don­ner ? C’est un point fon­da­men­tal. Si l’on parle de réa­li­té virtuelle, de voi­ture au­to­nome, de ro­bo­tique, il y a né­ces­si­té de ré­flé­chir à la place de l’hu­main. Ce sont des su­jets so­cié­taux plus que tech­no­lo­giques.

À court terme vont ar­ri­ver la réa­li­té aug­men­tée, l’IoT, la blo­ck­chain. Mais à plus long terme ce sont les do­maines que j’évo­quais pré­cé­dem­ment et ce­la né­ces­site une ré­flexion plus pous­sée qui va au- de­là de la concep­tion qui en est au­jourd’hui faite. Vous évo­quiez la mul­ti­dis­ci­pli­na­ri­té : c’est exac­te­ment ce­la.

AU­JOURD’HUI VOUS LAISSERIEZ MON­TER VOS EN­FANTS DANS UNE VOI­TURE AU­TO­NOME ?

❚ Au­jourd’hui, non. Car je consi­dère que ces tech­no­lo­gies ne sont pas en­core as­sez ma­tures. Il y a peut- être quelques exemples très par­ti­cu­liers comme à Sin­ga­pour, mais glo­ba­le­ment ce n’est pas en­core to­ta­le­ment au point. Vous met­tez l’ac­cent sur un axe fon­da­men­tal, la no­tion de confiance : quelle confiance de­vons­nous ac­cor­der à des choses que nous ne contrô­lons plus ?

LORS D’UN PRÉ­CÉ­DENT EN­TRE­TIEN, VOUS DI­SIEZ L’IM­POR­TANCE DU RE­CRU­TE­MENT DANS VOTRE QUO­TI­DIEN ?

❚ La guerre des talents est une ob­ses­sion qui oc­cupe une très grande par­tie de mon agenda. Comment nous at­ti­rons, comment nous ma­na­geons, comment nous for­mons… Ce n’est pas la guerre des tech­nos mais celle des talents ! C’est la clé de notre réus­site. Dans le pas­sé, nous étions très concen­trés sur la per­for­mance. Ce­la reste vrai mais nous avons ajou­té une autre va­leur clé : l’ap­pren­tis­sage. Nos col­la­bo­ra­teurs se forment en per­ma­nence. Nous nous fai­sons le de­voir d’être une en­tre­prise ap­pre­nante.

QUELLES SONT LES TECH­NO­LO­GIES QUE VOUS AVEZ RÉ­CEM­MENT ADOP­TÉES ?

❚ Je ne se­rais pas très ori­gi­nal. À mon do­mi­cile, j’ai des drones, des lu­nettes de réa­li­té virtuelle. Au bu­reau, je suis un fan de Waze pour les ren­dez- vous clients en France et en Eu­rope. Les suites col­la­bo­ra­tives de Google sont in­croya­ble­ment per­for­mantes, notamment pour tra­vailler à plu­sieurs sur le même do­cu­ment. J’ai dé­cou­vert, voi­ci quelques se­maines, Trel­lo grâce à du Re­verse Men­to­ring de nos ju­niors. En­fin j’ai éten­du l’usage de What­sApp de ma sphère per­son­nelle vers notre en­vi­ron­ne­ment de tra­vail. Nous ani­mons une par­tie des échanges de notre Co­mex sur cet ou­til. ❍

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