♦ La 5G mon­tre­ra son plein po­ten­tiel en en­tre­prise

MON­TRE­RA SON PLEIN PO­TEN­TIEL EN EN­TRE­PRISE

L'Informaticien - - SOMMAIRE - GUILLAUME PéRISSAT

À L’OC­CA­SION DU MWC, UNE POI­GNÉE DE CONSTRUC­TEURS ONT PRÉ­SEN­TÉ LES PRE­MIERS SMART­PHONES 5G DU MAR­CHÉ… SANS QUE CES AN­NONCES AIENT EU UN GRAND ÉCHO. LES VÉ­RI­TABLES STARS DU SA­LON ÉTAIENT EN EF­FET LES TECH­NO­LO­GIES ET LES FONC­TION­NA­LI­TÉS AP­POR­TÉES PAR LA 5G : CAR ELLES POUR­RAIENT BIEN VITE SE RE­TROU­VER TRANSPOSÉE­S DANS LES EN­TRE­PRISES.

Dans les al­lées du Mo­bile World Con­gress édi­tion 2019, la 5G s’af­fi­chait ab­so­lu­ment par­tout. Si elle était dé­jà très pré­sente l’an pas­sé, elle au­ra été cette an­née vé­ri­ta­ble­ment en­dé­mique. Pas un seul des géants des smart­phones, des té­lé­com­mu­ni­ca­tions ou des équi­pe­ments ré­seau n’a fait l’im­passe sur le terme, tou­jours bien vi­sible. Et, en­fin, les pre­miers smart­phones 5G ont été an­non­cés mais sont pas­sés re­la­ti­ve­ment in­aper­çus, éclip­sés notamment par les ter­mi­naux pliables de Sam­sung et Hua­wei. Éga­le­ment faute de ré­seaux com­mer­ciaux vé­ri­ta­ble­ment dé­ployés à grande échelle. Lors du Sa­lon, on a fi­na­le­ment plus par­lé de tech­no­lo­gie que de ter­mi­naux.

Les trois pi­liers de la 5G

Jean- Francois Ru­bon, Vice Pre­sident for Stra­te­gy & Part­ner­ships de la branche Mo­bile Ser­vices & IoT de Ge­mal­to, nous rap­pelle que le but de la 5G « n’est pas de rem­pla­cer la 4G, contrai­re­ment à la 4G qui a l’in­ten­tion de tuer la 3G. C’est de cette fa­çon que la tech­no­lo­gie a été dé­fi­nie : la 5G va ve­nir com­plé­ter la 4G » . Il dis­tingue trois branches « com­mu­né­ment ad­mises » à la 5G, à com­men­cer par « la par­tie émer­gée de l’ice­berg » le très haut dé­bit, pour le­quel il es­time que la ma­jo­ri­té des usages « n’ont pas en­core été in­ven­tés » . Moins vi­sible du pu­blic, on trouve en­core la par­tie « com­mu­ni­ca­tions cri­tiques » , la­quelle met l’ac­cent sur la très faible la­tence et un ni­veau de sé­cu­ri­té éle­vé. Au­to­mo­bile au­to­nome, IoT in­dus­trielle ou en­core té­lé­mé­de­cine : « Ce n’est pas le dé­bit que l’on cherche ici, mais bien que la don­née ar­rive à l’en­droit pré­vu et au bon mo­ment. » En­fin vient l’IoT de masse, ou mas­sive IoT, qui va s’ap­puyer notamment sur les couches NB- IoT et LTE- M de la 5G. Sont re­cher­chés ici des de­vices au­to­nomes et sur­tout peu coû­teux. « Les usages de la 5G ne sont pas les mêmes que la 4G » , sou­ligne le vice- pré­sident. Mais, sur un même ré­seau, comment pro­fi­ter de l’en­semble de ces fonc­tion­na­li­tés ?, ici, la faible la­tence pour des ser­vices d’ur­gence… là, le haut dé­bit pour la vi­déo 4K et sans comp­ter les mil­liers de cap­teurs ins­tal­lés par­tout. Nous avons dé­jà évo­qué à plu­sieurs re­prises dans nos pages le net­work sli­cing, tech­nique consis­tant à cou­per des tranches de ré­seaux, cha­cune se voyant at­tri­buer une fonc­tion par­ti­cu­lière. Autre fonc­tion­na­li­té per­mise par la 5G, le spec­trum sha­ring, un su­jet tou­jours étu­dié par la 3GPP. Qual­comm, par exemple, est en pointe sur le su­jet. Le géant des se­mi- conduc­teurs ex­plique que le par­tage du spectre doit of­frir à l’uti­li­sa­teur fi­nal « des avan­tages

en termes d’ef­fi­ca­ci­té, de vi­tesse, de bande pas­sante ga­ran­tie et de qua­li­té de service ac­crue, tout en per­met­tant aux opé­ra­teurs ayant peu ou pas de blocs de fré­quences d’of­frir des ser­vices 5G. » Chez NEC, on nous ex­plique que la 5G au­ra pour avan­tage de pou­voir mo­di­fier la taille des tuyaux en fonc­tion des be­soins, « of­frir des ser­vices dif­fé­ren­ciés » se­lon les usages, grâce à la ges­tion lo­gi­cielle du ré­seau.

La neu­tra­li­té ? Pas chez moi !

Mais leur mise en oeuvre risque de se heur­ter à un obs­tacle ré­gle­men­taire de taille : le prin­cipe de neu­tra­li­té. Ce­lui- ci ne s’ac­com­mode guère des ser­vices dif­fé­ren­ciés. Il est bien un cas dans le­quel le ré­seau pour­ra s’af­fran­chir des règles re­la­tives au prin­cipe de neu­tra­li­té : lors­qu’il est pri­vé. En d’autres termes, ce sont les en­tre­prises qui ont le plus à ga­gner de cette nou­velle tech­no­lo­gie. Ce n’est d’ailleurs pas un ha­sard si la plu­part des cas d’usages concrets au­jourd’hui ont pour scène ici un chan­tier, là une usine et pour­quoi pas un en­tre­pôt… Bon, il ne fau­drait pas non plus trop se pro­je­ter en avant : ef­fec­ti­ve­ment, le seg­ment ré­seau 5G pri­vé d’en­tre­prise « est fai­sable en théo­rie » , sou­ligne- t- on sur le stand Orange, « mais en pra­tique la fai­sa­bi­li­té dé­pen­dra de la ren­ta­bi­li­té du bu­si­ness mo­del sous- ja­cent » . Un constat par­ta­gé par Jean- Francois Ru­bon, chez Ge­mal­to, pour qui il reste aux opé­ra­teurs « de mettre en place les bu­si­ness mo­del qui vont avec » . In­utile donc de ti­rer des plans sur la co­mète : il fau­dra at­tendre la mise en place par les opé­ra­teurs de leurs ré­seaux 5G, et leur com­mer­cia­li­sa­tion, avant que ne se pose vé­ri­ta­ble­ment la ques­tion des ré­seaux pri­vés. Ce qui n’em­pêche nul­le­ment les ac­teurs du sec­teur de ré­flé­chir à la ques­tion. Évi­dem­ment, au MWC, on trouve de tout. À l’ins­tar de ce drone- taxi 5G. De nom­breuses ap­pli­ca­tions et usages se concré­tisent, notamment dans les do­maines de l’au­to­mo­bile, de l’usi­nage et du di­ver­tis­se­ment. Et ils sont nom­breux à cher­cher comment la 5G pour­ra ap­por­ter de la va­leur aux en­tre­prises, gé­né­ra­le­ment au- de­là du seul très haut dé­bit. Chez Sam­sung, on consi­dère un mo­dèle de ré­seau pri­vé en en­tre­prise ou sur un site in­dus­triel tout à fait plau­sible. « La 5G per­met­tra d’op­ti­mi­ser cer­taines ma­nières de tra­vailler, notamment par la pos­si­bi­li­té d’un contrôle à dis­tance des ma­chines in­dus­trielles plus sûr et pré­cis, à tra­vers la Near Ze­ro La­ten­cy et les pro­messes en termes de très haute dis­po­ni­bi­li­té, qui at­teint 99,999 % au ni­veau des noeuds » , en­tend- on sur le stand du Sud- Co­réen. Du cô­té d’Erics­son, le dis­cours est le même. On y met tou­te­fois l’ac­cent sur la couche IoT : la 5G, au coeur des ré­seaux de cap­teurs de de­main. « Du point de vue de la ges­tion et de l’or­ches­tra­tion des ré­seaux, la 5G ap­porte la sca­la­bi­li­té et la ges­tion des as­sets, pour des coûts moindres que les tech­no­lo­gies exis­tantes. »

La 5G, c’est d’abord pour les en­tre­prises

Re­tour chez Qual­comm. Si la réa­li­té virtuelle ou l’au­to­mo­bile au­to­nome semblent ren­con­trer le plus franc suc­cès sur son stand, il au­rait été dom­mage de pas­ser à cô­té de sa dé­mo du « spec­trum sha­ring » ap­pli­qué à pe­tite échelle. La dé­mons­tra­tion du CoMP, pour Coor­di­na­ted Mul­tiPoint, est ap­pli­quée à de plus pe­tites struc­tures qu’une ville, un site de pro­duc­tion par exemple. « Ce sont des sys­tèmes dis­tri­bués avec des an­tennes in­door » , ex­plique le dé­mons­tra­teur. Sans en­trer dans les dé­tails très tech­niques du CoMP, ré­su­mons le à du « ca­li­brage tem­po­rel et spa­tial » , ou SDM, pour Spa­tial Do­main Mul­ti­plexing, et TDM, pour Time Di­vi­sion Mul­ti­plexing, per­met­tant d’uti­li­ser l’en­semble du spectre sans in­ter­fé­rence sur une même bande de fré­quence. Les ré­seaux 5G d’en­tre­prise, Qual­comm y croit : « Les opé­ra­teurs joue­ront un grand rôle, évi­dem­ment, mais d’autres ac­teurs sont ame­nés à se gref­fer à la 5G, qu’il s’agisse de col­lec­ti­vi­tés, d’in­dus­triels, d’en­tre­prises des sec­teurs de l’éner­gie, des transports… » À ce titre, on nous re­mé­more pour la France l’ou­ver­ture du gui­chet d’ex­pé­ri­men­ta­tions 5G par l’Ar­cep à des ac­teurs tiers autres que nos seuls opé­ra­teurs té­lé­com, « ce qui est une ex­cel­lente ini­tia­tive » se­lon ce cadre chez Qual­comm. Le ca­bi­net Gart­ner sug­gé­rait ré­cem­ment que les en­tre­prises cher­chant à amé­lio­rer leurs ré­seaux pour­raient être un des mo­teurs de la 5G, par le dé­ve­lop­pe­ment de ré­seaux pri­vés. Mais aus­si par les en­ti­tés, pu­bliques comme pri­vées, dé­si­reuses de dé­ve­lop­per de nou­veaux bu­si­ness mo­dels dans l’IoT – par le biais le mas­sive IoT notamment –, la smart ci­ty, la bu­si­ness in­tel­li­gence… Les ana­lystes es­timent, sans grande sur­prise vrai­ment, que la 5G au­ra un im­pact im­por­tant dans de nom­breux sec­teurs. Du cô­té des équi­pe­men­tiers ré­seau, on in­dique que le ma­té­riel est prêt, tes­té par­fois en condi­tions réelles à tra­vers des PoC et qu’il n’at­tend plus qu’à être dé­ployé. À l’autre bout de la chaîne, les construc­teurs de smart­phones ont dé­voi­lé leurs pre­miers ter­mi­naux 5G, tan­dis qu’une grande va­rié­té d’ob­jets a vo­ca­tion à se connec­ter à la 5G. Ne manque donc plus que l’at­tri­bu­tion, en France, des fré­quences aux opé­ra­teurs té­lé­com… mais aus­si à d’autres ac­teurs qui pour­raient avoir un in­té­rêt à dis­po­ser d’un pe­tit bloc du spectre. Au cours des deux pro­chaines an­nées, le ter­rain de la 5G va donc être dé­fri­ché par une mul­ti­tude d’ac­teurs. Au Mo­bile World Congres, le terme af­fi­ché par­tout semble fi­na­le­ment in­ter­ro­ger le pas­sant : « … et pour­quoi pas vous ? » ❍

Les smart­phones 5G ont été pas­sés sous si­lence lors du sa­lon. Ici le V50 ThinQ, pre­mier ter­mi­nal 5G de Hua­wei.

Outre l’en­tre­prise, la 5G de­vrait jouer un rôle cru­cial dans le dé­ve­lop­pe­ment des villes in­tel­li­gentes de de­main.

Des tranches de ré­seau, comme mon­trées ici par Orange, per­met­tront d’avoir dif­fé­rentes fonc­tions et, au be­soin, de les prio­ri­ser.

Ce­ci est un drone. Et un taxi ! Le tout est connec­té en 5G. Mal­heu­reu­se­ment, au­cune dé­mons­tra­tion live n’au­ra été ef­fec­tuée.

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