… et le smart­phone de­vint pliable

NOU­VEAU FORM FAC­TOR OU SIMPLE GAD­GET POUR GEEKS FOR­TU­NÉS ?

L'Informaticien - - SOMMAIRE - GUILLAUME PéRISSAT

Voi­là plus d’un an que l’on pres­sen­tait chez Sam­sung et Hua­wei ce concept al­lé­chant. À coups de pe­tites phrases, de fuites et de confé­rences qui en montrent trop peu. Ça y est, les smart­phones pliables, dont la flexi­bi­li­té des écrans n’a d’égal que le prix exor­bi­tant des ter­mi­naux, sont ar­ri­vés ! Ne comp­tez pas trop y tou­cher pour le mo­ment…

Le pliable in­carne- t- il le fu­tur des ter­mi­naux mo­bile s ? L’en­goue­ment des construc­teurs pour le for­mat pliable est pal­pable. Sam­sung et Hua­wei ont tous deux pré­sen­té leur mo­dèle, le Ga­laxy Fold et le Mate X, en amont du Mo­bile World Con­gress de Bar­ce­lone. Ils de­vraient vite être re­joints sur ce nou­veau seg­ment : Xiao­mi planche sur son propre smart­phone pliable, tout comme Mo­to­ro­la ou en­core LG. Et il se mur­mure que le pro­chain Pixel de Google se­ra lui aus­si pliable : un bre­vet a été déposé en ce sens. Aux yeux de Sam­sung, qui a coif­fé la concur­rence au po­teau en dé­voi­lant son Fold une se­maine avant le MWC, le smart­phone pliable re­pré­sente « un nou­veau cha­pitre dans l’his­toire de l’in­no­va­tion mo­bile » . La veille de la grand- messe du mo­bile, c’était au tour de Hua­wei de le­ver le voile sur son propre smart­phone pliable, le Mate X. Après plu­sieurs mois d’un « tea­sing » as­sez in­tense, on a donc en­fin du concret, des ter­mi­naux sur les­quels on peut mettre la main, afin de voir ce qu’ils ont dans le ventre… Le Mate X de Hua­wei et le Ga­laxy Fold de Sam­sung étaient en ef­fet ex­po­sés lors du sa­lon bar­ce­lo­nais. D’un cô­té, le géant sud- co­réen pro­pose un ap­pa­reil à char­nière ver­ti­cale. Le Fold se plie de la même ma­nière qu’un livre. L’écran « de fa­çade » consiste en une dalle Amo­led HD+ de 4,6 pouces une fois l’ap­pa­reil dé­plié ; ce pre­mier écran se re­trouve au dos et laisse place au fa­meux écran In­fi­ni­ty Flex, une dalle flexible Dy­na­mic Amo­led de 7,9 pouces af­fi­chant une ré­so­lu­tion de 2 152 par 1 536 pixels.

Sam­sung ex­plique que la sur­face en po­ly­mère uti­li­sée par cet écran est deux fois plus fine que celle d’un smart­phone clas­sique. Sous le ca­pot, un SoC Snap­dra­gon 855, com­pre­nant un modem 4G et dans un fu­tur proche un modem, 12 Go de mé­moire vive et 512 Go de sto­ckage. Cô­té pho­to, on a droit à trois cap­teurs sur la face ar­rière, de res­pec­ti­ve­ment 16, 12 et 12 mé­ga­pixels, à un APN de 10 mé­ga­pixels sur l’écran de fa­çade et à deux cap­teurs de 10 et 8 mé­ga­pixels sur la face « in­té­rieure » . Le tout est sup­pléé par un sys­tème de double bat­te­rie pen­sé pour équi­li­brer les deux par­ties du ter­mi­nal. De l’autre, le Mate X de Hua­wei re­pose lui aus­si sur une char­nière ver­ti­cale mais la com­pa­rai­son s’ar­rête là. L’écran flexible couvre la face avant, la tranche et la face ar­rière de l’ap­pa­reil lors­qu’il est plié. La dalle à l’avant af­fiche une diagonale de 6,6 pouces pour une ré­so­lu­tion de 2 480 x 1 148 pixels, quand à la dalle au dos elle me­sure 6,38 pouces pour 2 480 x 892 pixels. Il se dé­plie en ra­me­nant la face ar­rière vers l’avant, l’écran at­tei­gnant alors 8 pouces et 2 480 x 2 200 pixels.

Le Mate X s’ap­puie sur un SoC mai­son Ki­rin 980, « le plus puis­sant » conçu par le Chi­nois à ce jour, et em­barque sur­tout le modem Ba­long 5000, com­pa­tible 5G, avec un dé­bit théo­rique des­cen­dant an­non­cé jus­qu’à 4,5 Gb/ s, avec 512 Go de sto­ckage et 8 Go de RAM pour épau­ler l’en­semble.

La par­tie pho­to se com­pose de trois cap­teurs ( 40, 16 et 8 mé­ga­pixels) dé­ve­lop­pés en par­te­na­riat avec Lei­ca et pla­cés au dos de l’ap­pa­reil.

Voi­ci pour les fiches tech­niques des deux ap­pa­reils. Quant à notre res­sen­ti sur leur prise en main… Sur les stands de Hua­wei et de Sam­sung, les deux pré­cieux smart­phones pliables ne peuvent être tou­chés qu’avec les yeux, et seule­ment les yeux ! L’un comme l’autre sont sous verre, in­ac­ces­sibles du pu­blic. Les

deux construc­teurs craignent- ils que leurs ter­mi­naux ne résistent pas aux ma­ni­pu­la­tions et fi­nissent en miettes ? S’agit- il d’un moyen d’évi­ter que la presse ne juge et cri­tique li­bre­ment des pro­duits sur les­quels ils fondent de grands es­poirs ? Manquent- ils à ce point de confiance dans la fi­ni­tion de leurs ap­pa­reils ? Nous étions alors fin fé­vrier, à en­core deux mois de la sor­tie du Fold, dont on pour­rait pen­ser qu’il n’est pas to­ta­le­ment ache­vé. Idem pour le Mate X. Pour­tant, les quelques heu­reux pri­vi­lé­giés qui ont pu, sous sur­veillance, mettre la main des­sus n’ont pas consta­té de dé­fauts dans la fi­ni­tion des deux smart­phones.

D’où vient donc cette sou­daine fri­lo­si­té quant aux prises en main qui pour­raient être faites de ces deux pliables ? La ré­ponse est à al­ler cher­cher du cô­té d’un troi­sième construc­teur.

En octobre der­nier, le Chi­nois Royole avait créé la sur­prise en pré­sen­tant à Pé­kin le tout pre­mier smart­phone pliable, le Flex Pai. Ce n’est donc pas une nou­veau­té pré­sen­tée au Mo­bile World Con­gress, d’au­tant que cet ap­pa­reil s’était af­fi­ché au CES de Las Ve­gas un mois plus tôt ; sans réel­le­ment convaincre les ob­ser­va­teurs, qui dé­plo­raient le manque de fi­ni­tions du ter­mi­nal.

Sur le pa­pier, le Flex Pai est une ta­blette com­po­sée d’une unique dalle flexible de 7,8 pouces d’une ré­so­lu­tion de 1 920 x 1 440 pixels et un ra­tio 4: 3. Un fois re­plié, l’ap­pa­reil se com­pose de deux écrans de 4 pouces chacun, un fron­tal et un dor­sal, aux ra­tio 18: 9 et 16: 9, puisque l’écran est cou­pé par une large barre où sont dis­po­sés les deux cap­teurs photos du smart­phone, de 20 et 16 mé­ga­pixels.

No­tons qu’il est pos­sible, en mode plié, de désac­ti­ver un des deux écrans afin d’éco­no­mi­ser la bat­te­rie de 4 000 mAh. On re­trouve le SoC Snap­dra­gon 855 de Qual­comm. Le Flex Pai que nous avons eu dans les mains était do­té de 8 Go de RAM. Une ver­sion 6 Go est éga­le­ment com com­mer­cia­li­sée et, au choix, 128 ou 256 Go de sto­ckage.

Pre­mier de son genre, il pâ­tit en­core de quelques er­reurs de jeu­nesse, mal­gré les sub­stan­tielles amé­lio­ra­tions ap­por­tées. Si la ro­bus­tesse du Flex Pai ne fait au­cun doute et qu’à au­cun mo­ment on ne craint le cas­ser en le ma­ni­pu­lant, son uti­li­sa­tion reste peu in­tui­tive. Même au bout de quelques minutes, on se perd en­core par­mi les écrans : pour­quoi ce­lui- ci est éteint ? comment le ré­ac­ti­ver ? la ro­ta­tion au­to­ma­tique fonc­tionne- t- elle ? où se trouve le me­nu dé­rou­lant ? On re­marque aus­si une cer­taine la­tence sur des ap­pli­ca­tions, un mul­ti- fe­nêtre où l’on s’égare un peu, plus de la­tence lorsque l’ap­pa­reil est plié ou dé­plié, ou en­core un manque de ré­ac­ti­vi­té du tac­tile. Des pro­blèmes dont on nous ex­plique sur

le stand de Royole qu’ils sont ex­clu­si­ve­ment lo­gi­ciels et se­ront ré­glés par une pro­chaine mise à jour.

Des usages à définir

On touche là au vé­ri­table pro­blème des smart­phones pliables : la par­tie lo­gi­cielle. Sur les trois ter­mi­naux, An­droid 9 ( Pie), “adap­té” à un usage sur ce nou­veau for­mat, gé­né­ra­le­ment au moyen d’une sur­couche. Si Sam­sung a dé­ve­lop­pé la­dite sur­couche main dans la main avec Google, ce n’est pas le cas de Royole et du Hua­wei. Chez ce der­nier, on nous ex­plique que l’OS n’est pas to­ta­le­ment adap­té au pliable. De même, les ap­pli­ca­tions de pho­to­gra­phie dé­diées ou en­core les fonc­tion­na­li­tés telles que le drag& drop d’une app à l’autre en mul­ti- fe­nêtre, qui sont pro­mises par les construc­teurs, ne sont pas en­core à l’ordre du jour. Et si c’était ça, la rai­son der­rière la pu­deur de Hua­wei et Sam­sung : l’ab­sence, pour l’heure, d’usages pour les smart­phones pliables ? Lors des dé­mos et dans les vi­déos pro­mo­tion­nelles, on in­siste sur de nouvelles fa­çons de vi­sion­ner des vi­déos sur mo­bile. Sam­sung va quant à lui jus­qu’à pro­mettre l’af­fi­chage en si­mul­ta­né de trois ap­pli­ca­tions à l’écran. Sauf que le mul­ti- fe­nêtre n’est pas une chose neuve sur mo­bile, en­core moins sur ta­blette que sur smart­phone.

Si les in­no­va­tions pro­mises se li­mitent à la seule flexi­bi­li­té des écrans, il est difficile de pré­dire un grand ave­nir au smart­phone pliable. Les ap­pli­ca­tions na­tives dé­ve­lop­pées par Sam­sung et Hua­wei se­ront très cer­tai­ne­ment adap­tées à ce nou­veau for­mat, mais quid des autres ? C’est là un point à sur­veiller : les dé­ve­lop­peurs mettront- ils au point des ver­sions com­pa­tibles de leurs ap­pli­ca­tions ? Ce n’est pas cer­tain tant que les smart­phones pliables ne se dé­mo­cra­ti­se­ront sans doute pas. Mais le prix risque de re­pré­sen­ter un frein : la com­mer­cia­li­sa­tion du Ga­laxy Fold est an­non­cée pour la fin avril, lorsque celle du Mate X est pro­gram­mée pour la mi- 2019. L’ad­di­tion se­ra sa­lée : près de 2 000 dol­lars pour le pre­mier et 2 300 pour le se­cond. Le Flex Pei, dis­po­nible en Chine, coûte pour sa part 1 400 dol­lars. Des prix que d’au­cuns pour­raient trou­ver pro­hi­bi­tifs.

Mais c’est un pa­ri qui pour­rait s’avé­rer ga­gnant, nous ex­plique- t- on chez l’un des construc­teurs. Le

LE FLEX PAI DE ROYOLE EST LE PRE­MIER SMART­PHONE PLIABLE. S’IL EST PAR­VE­NU À METTRE SOUS PRES­SION DEUX GÉANTS, IL N’EN RESTE PAS MOINS QU’IL EST PEU CONVAIN­CANT, FAUTE DE RÉELS USAGES IN­NO­VANTS.

mar­ché du smart­phone se tasse et, sur le seg­ment haut de gamme, les prix flambent. Avec des cycles de re­nou­vel­le­ment qui se ral­longent, les consom­ma­teurs pour­raient être in­ci­tés à dé­pen­ser plus pour des smart­phones qu’ils gar­de­ront plus long­temps.

Mais pas ques­tion de se voi­ler la face pour au­tant : les mar­chés vi­sés sont les ear­ly adop­ters, ceux qui se jettent sur une nou­veau­té dès sa sor­tie quel qu’en soit le prix, et les en­tre­prises. L’ar­ri­vée de la 5G, le dé­ve­lop­pe­ment du Edge et l’es­sor des ser­vices grand pu­blic dans le Cloud – notamment le ga­ming – ac­cé­lé­re­raient éga­le­ment leur adop­tion, avec une baisse des prix. Mais les dé­cla­ra­tions de Sam­sung in­ter­rogent : le Sud- Co­réen se pro­jette dans le coup d’après, les écrans enroulable­s, ser­pents de mer de science- fic­tion dont pour­tant le for­mat in­tro­duit par Royole, Sam­sung et Hua­wei nous rap­prochent. Le fait que la plu­part des grands construc­teurs, y com­pris Apple se­lon la ru­meur, planchent sur leurs propres ter­mi­naux pliables est un in­di­ca­teur qui ne trompe pas : il fau­dra bien comp­ter cette an­née sur le smart­phone pliable. ❍

LORS DU MWC 2019, SAM­SUNG ET HUA­WEI GAR­DAIENT LEURS SMART­PHONES PLIABLES SOUS CLÉ ET SOUS VERRE. PAS TOUCHE !

AVANT MÊME LA COM­MER­CIA­LI­SA­TION DU GA­LAXY FOLD, SAM­SUNG SE PRO­JETTE DANS LE FU­TUR, RÊ­VANT DÉ­JÀ D’ÉCRANS TO­TA­LE­MENT FLEXIBLES ET ENROULABLE­S.

LE MATE X DE HUA­WEI, AN­NON­CÉ À 2 300 €, AF­FICHE DE SO­LIDES CA­RAC­TÉ­RIS­TIQUES.

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