Libra : la mon­naie Fa­ce­book

LA MON­NAIE FA­CE­BOOK

L'Informaticien - - SOMMAIRE - GUILLAUME PéRISSAT

Elle n’est pas en­core née qu’elle fait dé­jà les gros titres ! Libra, mon­naie vir­tuelle conçue par Fa­ce­book, a été dé­voi­lée dans un livre blanc. In­dexée sur un panier d’ac­tifs réels en ré­serve, cette « cryp­to­mon­naie » voit sa gou­ver­nance as­su­rée par un pe­tit nombre d’ac­teurs pri­vés, ce qui n’en­chante guère les États.

Jus­qu’au 19 juin, le pro­jet Libra de Fa­ce­book était nim­bé de mys­tères. Les ru­meurs, ja­mais dé­men­ties, prê­taient au géant contro­ver­sé des en­vies de blockchain et de mon­naie vir­tuelle. En mai 2018, la re­struc­tu­ra­tion au som­met de l’en­tre­prise voyait naître une branche en­tiè­re­ment dé­diée à la blockchain, di­ri­gée par Da­vid Mar­cus, jus­qu’alors grand ma­ni­tou de Mes­sen­ger, et ré­pon­dant di­rec­te­ment au CTO de Fa­ce­book, Mike Schroep­fer. On pou­vait s’in­ter­ro­ger à l’époque sur l’ex­per­tise du res­pon­sable de la mes­sa­ge­rie ins­tan­ta­née en ma­tière de « smart contracts » et de pro­to­coles de consensus… cette no­mi­na­tion prend dé­sor­mais tout son sens. Fin juin, Fa­ce­book a fi­na­le­ment pu­blié le livre blanc dé­dié à Libra. Quoique tech­ni­que­ment, le ré­dac­teur soit l’as­so­cia­tion Libra, dont le géant n’est qu’un membre fon­da­teur par­mi d’autres. Mais at­ten­tion à ne pas confondre : le terme Libra dé­signe éga­le­ment la « mon­naie » ain­si que la blockchain sous- ja­cente. Le re­gistre dis­tri­bué Libra a été dé­ve­lop­pé par les équipes d’une nou­velle fi­liale de Fa­ce­book, Ca­li­bra, en Move. Si ce lan­gage vous est in­con­nu, rien de plus nor­mal puis­qu’il a été conçu pour l’oc­ca­sion. Move est dé­crit dans la do­cu­men­ta­tion tech­nique de Libra comme un lan­gage « by­te­code [ les ins­truc­tions sont donc co­dées en bi­naire] exé­cu­table uti­li­sable pour im­plé­men­ter des tran­sac­tions per­son­na­li­sées et des smart contracts » . Sa fonc­tion­na­li­té prin­ci­pale : per­mettre de dé­fi­nir des types de res­source per­son­na­li­sés avec une sé­man­tique ins­pi­rée de la lo­gique li­néaire : les res­sources nu­mé­riques sont obli­gées d’obéir aux mêmes pro­prié­tés que des res­sources phy­siques. En d’autres termes, une res­source pos­sède un pro­prié­taire unique, ne peut être dé­pen­sée qu’une fois et la créa­tion de nou­velle res­source est li­mi­tée. Le lan­gage est donc conçu de tel sorte qu’il « fa­ci­lite fon­da­men­ta­le­ment l’écri­ture d’un code qui in­carne l’in­ten­tion de l’au­teur » et lui évite ain­si, du moins dans une cer­taine me­sure, d’in­tro­duire par in­ad­ver­tance une faille. Quant au clo­nage de res­sources, n’y pen­sez pas, « une res­source ne peut ja­mais être co­piée ou igno­rée de manière im­pli­cite, elle ne peut être dé­pla­cée qu’entre des em­pla­ce­ments de sto­ckage de pro­gramme » , in­dique le livre blanc dé­dié au lan­gage. Move per­met en outre de prou­ver au­to­ma­ti­que­ment que telle tran­sac­tion res­pecte telles pro­prié­tés. Ain­si, une tran­sac­tion re­la­tive à un paie­ment ne peut rien faire d’autre que de mo­di­fier les soldes des comptes de l’émet­teur et du des­ti­na­taire du paie­ment. Tou­te­fois les res­sources de­meurent des va­leurs de pro­gramme or­di­naires.

Move like Led­ger

Libra, la mon­naie vir­tuelle, est im­plé­men­tée et gé­rée comme une res­source sans sta­tut par­ti­cu­lier dans le lan­gage : Move per­met sa créa­tion ( lorsque des ac­tifs sont ajou­tés à la ré­serve), sa mo­di­fi­ca­tion ( par exemple lorsque le Libra change de pro­prié­taire) et sa des­truc­tion ( lorsque des ac­tifs phy­siques sont re­ti­rés de la ré­serve). Ces dif­fé­rentes opé­ra­tions se­ront cou­vertes par une forme de « smart contracts » que Fa­ce­book qua­li­fie de « mo­dules » . « Un mo­dule dé­clare les types de res­sources et les pro­cé­dures qui ré­gissent les règles de créa­tion, de des­truc­tion et de mise à jour des res­sources dé­cla­rées […] Les mo­dules peuvent ap­pe­ler des pro­cé­dures dé­cla­rées par d’autres mo­dules et uti­li­ser des types dé­cla­rés par d’autres mo­dules » , pré­cise la do­cu­men­ta­tion tech­nique. Ont été pour l’heure im­plé­men­tés le mo­dèle de pro­gram­ma­tion adap­té à l’exé­cu­tion d’une blockchain, un lan­gage by­te­code adap­té à ce mo­dèle, le sys­tème de mo­dules et en­fin une ma­chine vir­tuelle com­po­sée d’un sé­ria­li­seur/ dés­éria­li­seur, d’un

vé­ri­fi­ca­teur et d’un in­ter­pré­teur de by­te­code. Reste en­core à im­plé­men­ter le coeur de la blockchain Libra, à sa­voir les je­tons Libra, les noeuds de va­li­da­tion, la ges­tion de la ré­serve de Li­bras, les cold wal­lets, la ges­tion des frais de tran­sac­tion… « Le tra­vail est dé­jà en cours » , in­dique Fa­ce­book, mais il reste du pain sur la planche jus­qu’au lan­ce­ment of­fi­ciel de Libra, au pre­mier se­mestre 2020. Res­tons dans les consi­dé­ra­tions tech­niques avec Li­braBFT. BFT si­gni­fie By­zan­tine Fault To­le­rance, une mé­thode de consensus éprou­vée. Li­braBFT re­prend le tout jeune pro­to­cole HotS­tuff, ba­sé sur la By­zan­tine fault to­le­rance, l’af­fi­nant afin de ré­duire la la­tence et pro­po­ser un dé­bit de tran­sac­tion plus éle­vé. Très sim­ple­ment, Li­braBFT pro­cède par « rounds » . À chaque round, un lea­der est choisi par­mi les va­li­da­teurs. Ce­lui- ci pro­pose un nou­veau bloc de tran­sac­tion qui prolonge la plus longue chaîne qu’il connaisse et l’en­voie aux autres va­li­da­teurs, qui l’ap­prouvent si les tran­sac­tions conte­nues sont va­lides. Si le lea­der échoue à re­cueillir une ma­jo­ri­té d’ap­pro­ba­tions, un nou­veau round est dé­clen­ché et un nou­veau lea­der est choisi. Si la pro­po­si­tion est va­lide et op­por­tune, chaque noeud la si­gne­ra et ren­ver­ra un vote po­si­tif. Une fois qu’un lea­der a re­çu un nombre suf­fi­sant de votes po­si­tifs, il les re­groupe dans un Quo­rum Cer­ti­fi­cate, en­suite dif­fu­sé à chaque noeud, va­li­dant le nou­veau bloc, de telle sorte que la chaîne s’étende de manière op­por­tune et va­lide. Ce pro­to­cole de consensus est dit « proof of au­tho­ri­ty » , un sys­tème qui se veut bien plus éco­nome et ra­pide que les mé­thodes « proof of work » . Qui plus est, les pro­to­coles de type BFT sont conçus pour fonc­tion­ner cor­rec­te­ment quand bien même un tiers des noeuds de va­li­da­tion

sont cor­rom­pus ou en échec. Sur ces ques­tions de sé­cu­ri­té, Libra ex­plique en outre que sa blockchain uti­lise des « arbres de Merkle » , une struc­ture courante de données par­mi les re­gistres dis­tri­bués qui dé­tecte l’en­semble des mo­di­fi­ca­tions ap­por­tées aux données. Mais Fa­ce­book a éga­le­ment ap­por­té un peu de sa touche par­ti­cu­lière, puisque Libra n’est pas conçu comme un en­semble de blocs de tran­sac­tion mais « une struc­ture unique de données qui en­re­gistre l’his­to­rique des tran­sac­tions et des états au fil du temps » . Mon tout est open source… en­fin, le se­ra pro­gres­si­ve­ment.

Mon­naie vir­tuelle et ac­tifs réels

Sur cette struc­ture tech­nique re­pose donc le Libra. Est- ce vé­ri­ta­ble­ment une cryp­to­mon­naie ? Le dé­bat fait rage par­mi les afi­cio­na­dos. Car ces je­tons sont d’un genre un peu par­ti­cu­lier : leur va­leur est in­dexée sur un panier d’ac­tifs réels for­mant une ré­serve dite « ré­serve Libra » . Sur la na­ture de ces ac­tifs, Fa­ce­book est par­ti­cu­liè­re­ment peu lo­quace : on sait seule­ment qu’il s’agit d’un « en­semble d’ac­tifs de faible vo­la­ti­li­té » , no­tam­ment « des titres gou­ver­ne­men­taux à court terme dans des de­vises pro­ve­nant de banques cen­trales stables et ré­pu­tées. […] La ré­serve se­ra te­nue par un ré­seau de dé­po­si­taires d’ori­gines di­verses dis­po­sant de cotes de cré­dit de pre­mier ordre pour li­mi­ter le risque de contre­par­tie » . Les li­bras se­ront donc liés à plu­sieurs mon­naies fi­du­ciaires, une di­ver­si­fi­ca­tion né­ces­saire pour ré­duire les risques liés à une crise éco­no­mique. « Du point de vue de la pré­ser­va­tion du ca­pi­tal, l’as­so­cia­tion in­ves­ti­ra uni­que­ment dans la dette de gou­ver­ne­ments stables et peu sus­cep­tibles de faire dé­faut ou de connaître une forte in­fla­tion » , ren­seigne en­core le livre blanc. En ef­fet, la ré­serve se­ra in­ves­tie « dans des ac­tifs à faible risque qui pro­dui­ront des in­té­rêts au fil du temps » . Ces in­té­rêts ser­vi­ront d’abord à cou­vrir les frais de fonc­tion­ne­ment de l’as­so­cia­tion sou­te­nant le Libra, mais aus­si à ver­ser des di­vi­dendes aux pre­miers in­ves­tis­seurs du Libra. Cette ré­serve, sorte d’éta­lon or, est donc es­sen­tielle au bon fonc­tion­ne­ment du Libra. S’y ajoute la vo­lon­té des créa­teurs de cette mon­naie vir­tuelle de la voir adop­tée par « de nom­breuses plates- formes ré­gle­men­tées d’échanges élec­tro­niques » , ain­si que des ins­ti­tu­tions ban­caires, soit au­tant de po­ten­tiels « re­ven­deurs au­to­ri­sés » . Fa­ce­book ne s’en cache pas : il voit un ave­nir où des « mil­liards » de per­sonnes utilisent des li­bras pour leurs opé­ra­tions cou­rantes et a donc tout in­té­rêt à évi­ter les fluc­tua­tions spé­cu­la­tives qui touchent la plu­part des cryp­to­mon­naies et à faire en sorte que l’em­ploi du libra soit aus­si simple que pos­sible pour le com­mun des mor­tels. « Dans le cadre de ce sys­tème, toute per­sonne uti­li­sant le libra re­çoit un de­gré d’as­su­rance éle­vé de pou­voir conver­tir sa de­vise nu­mé­rique en de­vise fi­du­ciaire lo­cale en fonc­tion d’un taux de change, de la même fa­çon qu’une de­vise peut être échan­gée contre une autre lors d’un voyage » , pré­cise la do­cu­men­ta­tion.

As­so­cia­tion de noeuds

À terme, Libra doit de­ve­nir une blockchain sans per­mis­sion, en­tendre que n’im­porte qui, à condi­tion de

rem­plir cer­taines condi­tions tech­niques, pour­ra faire tour­ner un noeud de va­li­da­tion. Mais, se­lon le livre blanc, « le pro­blème est qu’à notre connais­sance, il n’existe ac­tuel­le­ment pas de so­lu­tion éprou­vée ca­pable d’of­frir l’am­pleur, la sta­bi­li­té et la sé­cu­ri­té né­ces­saires pour prendre en charge des mil­liards de per­sonnes et de tran­sac­tions à tra­vers le monde dans le cadre d’un ré­seau sans per­mis­sion » . En at­ten­dant, le pi­lo­tage des noeud de va­li­da­tion re­vient à l’as­so­cia­tion Libra – mais est- ce vrai­ment une as­so­cia­tion ? ( lire notre encadré). Ba­sée à Ge­nève, il s’agit d’une or­ga­ni­sa­tion à but non lu­cra­tif créée par Fa­ce­book. C’est d’ailleurs cette as­so­cia­tion Libra qui est l’émet­trice du livre blanc et de l’en­semble de la do­cu­men­ta­tion tech­nique pu­bliés en juin. Son rôle : as­su­rer la gou­ver­nance de la blockchain et de la ré­serve. Pour l’heure, l’as­so­cia­tion est com­po­sée des « Membres fon­da­teurs » de Libra : Mas­ter­card, PayPal, PayU, Stripe, Visa, Boo­king, eBay, Fa­ce­book, Far­fetch, Lyft, Mer­ca­do Pa­go, Spo­ti­fy, Uber, Vo­da­phone, Iliad, An­cho­rage, Bi­son Trails, Coin­base, Xa­po Hol­dings Li­mite, An­drees­sen Ho­ro­witz, Break­through Ini­tia­tives, Rib­bit Ca­pi­tal, Th­rive Ca­pi­tal, Union Square Ven­tures, le Crea­tive Des­truc­tion Lab, Ki­va, Mer­cy Corps et Wo­men’s World Ban­king. Soit des as­so­cia­tions, des fonds d’in­ves­tis­se­ment, des géants du paie­ment, des plates- formes, des tel­cos… L’as­so­cia­tion es­père comp­ter une cen­taine de membres d’ici à la fin du pre­mier se­mestre 2020. Pour re­joindre le groupe, il est né­ces­saire de mettre la main au por­te­feuille : il en coûte 10 mil­lions de dol­lars, in­ves­tis en ache­tant un je­ton dé­dié, les Libra In­vest­ment To­kens. Cet in­ves­tis­se­ment donne le droit d’opé­rer un noeud, ce pour quoi il faut éga­le­ment rem­plir un cer­tain nombre de cri­tères tech­niques en termes d’hé­ber­ge­ment du noeud ( au­to- hé­ber­gé ou hé­ber­gé dans un Cloud). Mais un cer­tain nombre d’ac­teurs n’ayant pas né­ces­sai­re­ment les moyens fi­nan­ciers de payer un ti­cket d’en­trée à 10 mil­lions de dol­lars pour­ront, sous condi­tion, se voir confier la ges­tion d’un noeud. Cette dis­po­si­tion concerne prin­ci­pa­le­ment le monde de la blockchain, ce­lui de la re­cherche ain­si que les as­so­cia­tions. « Au cin­quième an­ni­ver­saire du ré­seau, au moins 20 % des voix du conseil se­ront al­louées aux ex­ploi­tants des noeuds en fonc­tion de la quan­ti­té de li­bras en leur pos­ses­sion, et non seule­ment en fonc­tion de leur quan­ti­té d’In­vest­ment To­kens. » L’as­so­cia­tion est di­ri­gée par un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, qui com­prend un re­pré­sen­tant par noeud de va­li­da­tion. « À la base, ce groupe com­prend les membres fon­da­teurs. » Le « board » de Libra se­ra donc l’ins­tance char­gée de prendre les dé­ci­sions tech­niques re­la­tives à la blockchain et à la ré­serve. L’as­so­cia­tion de­vra éga­le­ment s’oc­cu­per de re­cru­ter de nou­veaux membres fon­da­teurs, de col­lec­ter des fonds, de pro­mou­voir le Libra ou en­core de créer un pro­gramme de sub­ven­tions. Et ac­ces­soi­re­ment « de dé­ve­lop­per et de pro­mou­voir une norme d’identité nu­mé­rique ou­verte » . Au­cun dé­tail n’est four­ni quant à ce der­nier point, mais le fonc­tion­ne­ment de Libra risque de s’avé­rer une usine à gaz en termes de ges­tion des iden­ti­tés, puisque re­po­sant sur la base du pseu­do­ny­mat, mais étant en même temps contrainte par les obli­ga­tions ré­gle­men­taires. En­fin, l’as­so­cia­tion se­ra la ges­tion­naire de la ré­serve Libra, agis­sant par rap­port aux re­ven­deurs comme un « ache­teur de der­nier re­cours » , les re­ven­deurs étant en ca­pa­ci­té de lui vendre des li­bras contre des de­vises fi­du­ciaires de la ré­serve. Ce qui im­plique qu’elle seule est ha­bi­li­tée à « créer ( « frap­per » ) et à dé­truire ( « brû­ler » ) des li­bras. Sché­ma­ti­que­ment, lors­qu’un re­ven­deur au­to­ri­sé veut ache­ter des li­bras, il les échange contre des ac­tifs fi­du­ciaires qui ali­men­te­ront la ré­serve, tan­dis que l’as­so­cia­tion crée­ra le mon­tant correspond­ant de li­bras. In­ver­se­ment, quand un re­ven­deur vend des li­bras à la ré­serve, les « coins » sont brû­lés par l’as­so­cia­tion qui re­met au ven­deur la va­leur équi­va­lente d’ac­tifs fi­du­ciaires is­sue de la ré­serve. En d’autres termes, nous avons là un ac­teur pri­vé qui bat mon­naie. Et ça, les États l’ont en tra­vers de la gorge ! Bruno Le Maire a ou­vert les hos­ti­li­tés le jour même de la pu­bli­ca­tion du livre blanc, es­ti­mant que frap­per mon­naie était et de­vait res­ter une com­pé­tence

sou­ve­raine des États. Le len­de­main, de l’autre côté de la Manche, le gou­ver­neur de la Bank of En­gland a ai­ma­ble­ment rap­pe­lé à Fa­ce­book et à ses par­te­naires que les ré­gu­la­teurs, banques cen­trales en tête, fixe­ront les règles du jeu et que le Géant au­ra in­té­rêt à les res­pec­ter, évo­quant no­tam­ment la pro­tec­tion du consom­ma­teur ou en­core de la vie pri­vée. Au mo­ment où nous écri­vons ces lignes, nous ap­pre­nons en outre que le co­mi­té du Sé­nat amé­ri­cain en charge du sec­teur fi­nan­cier veut au­di­tion­ner Da­vid Mar­cus au su­jet de Libra et des pro­jets de Fa­ce­book, et ce avant la mi- juillet. Le ré­seau so­cial re­con­naît pour sa part avoir joué un « rôle clé » dans la créa­tion de Libra, et qu’il conti­nue­ra jus­qu’à son lan­ce­ment. Mais une fois la blockchain opé­ra­tion­nelle, l’en­tre­prise de Mark Zu­cker­berg as­sure qu’elle ne se­ra qu’un membre de l’as­so­cia­tion par­mi d’autres, sans plus de pou­voir que ses ho­mo­logues.

Ca­li­bra, Fa­ce­book la main dans le por­te­feuille

En­fin, ça, c’est sans comp­ter Ca­li­bra. Vous ne vous at­ten­diez tout de même pas à ce que Fa­ce­book in­ves­tisse et planche pen­dant plus d’un an sur un pro­jet pu­re­ment altruiste ? En avril der­nier, Fa­ce­book stop­pait son ser­vice de paie­ment P2P, une fonc­tion­na­li­té de Mes­sen­ger per­met­tant à deux per­sonnes de s’en­voyer de l’ar­gent. On com­prend dé­sor­mais que ce­lui- ci se­ra rem­pla­cé par Ca­li­bra. En­core un même nom pour plu­sieurs choses, ici une fi­liale de Fa­ce­book et un por­te­feuille nu­mé­rique. À croire que le Géant sou­haite que les ré­gu­la­teurs se mé­langent les pin­ceaux… Ca­li­bra est donc une fi­liale de Fa­ce­book, en­re­gis­trée en tant qu’en­tre­prise de ser­vices mo­né­taires au­près du mi­nis­tère amé­ri­cain des Fi­nances et sur le point d’ob­te­nir des li­cences des États amé­ri­cains qui consi­dèrent les cryp­to­mon­naies comme de l’ar­gent dans leur ré­gle­men­ta­tion. L’en­tre­prise a choisi de pas­ser par ce mon­tage d’une part pour ré­pondre aux exi­gences ré­gle­men­taires re­la­tives à la four­ni­ture de ser­vices fi­nan­ciers, et de l’autre pour « re­flé­ter l’im­por­tance de séparer les données fi­nan­cières de Ca­li­bra des données so­ciales de Fa­ce­book » . « La conception de Ca­li­bra re­pose sur un engagement fort vis- à- vis de la pro­tec­tion de la confi­den­tia­li­té client. Pour nous, c’est une évi­dence : les clients dé­tiennent les droits sur leurs données et la ges­tion de celles- ci doit être simple, com­pré­hen­sible et ac­ces­sible » , ex­plique la toute jeune fi­liale dans ses en­ga­ge­ments clients. Ce do­cu­ment in­dique no­tam­ment que si Ca­li­bra au­ra ac­cès aux données de Fa­ce­book, l’in­verse n’est pas vrai ! À un lé­ger dé­tail près : la fi­liale par­ta­ge­ra des données clients « avec les sous- trai­tants et four­nis­seurs de ser­vices au­to­ri­sés qui sou­tiennent notre ac­ti­vi­té – par exemple, en four­nis­sant une in­fra­struc­ture tech­nique, ou en trai­tant les paie­ments » . Dont un cer­tain Fa­ce­book Inc. Mais at­ten­tion, ne se­ront par­ta­gées que les données « né­ces­saires à la réa­li­sa­tion de l’ac­ti­vi­té ou du ser­vice dé­fi­ni » . Une for­mule suf­fi­sam­ment vague pour re­cou­vrir de nom­breux types de données. Ga­geons que les dif­fé­rentes au­to­ri­tés de pro­tec­tion des données per­son­nelles gar­de­ront un oeil sur cette fi­liale in­dé­pen­dante. Le pre­mier ser­vice que four­ni­ra Ca­li­bra s’ap­pelle lui aus­si Ca­li­bra, et dé­signe « un por­te­feuille nu­mé­rique de type “cus­to­dial ” qui per­met­tra de sto­cker et d’uti­li­ser la de­vise nu­mé­rique Libra » . Il se­ra dis­po­nible sous la forme d’une ap­pli­ca­tion au­to­nome sur iOS et An­droid, mais aus­si dans WhatsApp et Mes­sen­ger. « Les 2,7 mil­liards d’uti­li­sa­teurs de Fa­ce­book au­ront donc ac­cès aux fonc­tion­na­li­tés de Ca­li­bra par le biais des ap­pli­ca­tions qu’ils utilisent dé­jà » , ex­plique le ré­seau so­cial. Le prin­cipe est fort simple : Ca­li­bra per­met­tra de conver­tir une de­vise lo­cale en li­bras, la re­con­ver­tir « lorsque vous sou­hai­tez ef­fec­tuer un re­trait » , de trans­fé­rer des li­bras vers un autre pro­prié­taire de por­te­feuille ou en­core d’ef­fec­tuer des rè­gle­ments au­près de plates- formes par­te­naires. Le ser­vice se des­tine en ef­fet aus­si bien aux par­ti­cu­liers qu’aux pro­fes­sion­nels, en­ten­dant four­nir à ces der­niers de nou­veaux moyens de paie­ment, à com­men­cer par « des codes QR que les pe­tits com­merces peuvent uti­li­ser pour ac­cep­ter des rè­gle­ments en libra » . D’autres modes de paie­ment se­ront ajou­tés dans le fu­tur, no­tam­ment des paie­ments en ma­ga­sin. Et compte te­nu de la pré­sence d’un Paypal, d’un Mas­ter­card ou en­core d’un Stripe dans la liste des membres fon­da­teurs de Libra, on peut pa­rier que ces pla­tes­formes pro­po­se­ront le libra un jour ou l’autre. Ca­li­bra est en outre mu­ni de mé­ca­nismes an­ti­fraudres et de vé­ri­fi­ca­tions. « Une fois Ca­li­bra dis­po­nible, vous au­rez be­soin d’avoir une pièce d’identité of­fi­cielle pour ou­vrir un compte. La vé­ri­fi­ca­tion de l’identité est es­sen­tielle dans le cadre du res­pect des lois et de la lutte an­ti­fraude, et pour confir­mer qu’une per­sonne est bien qui elle af­firme être » , si­gnale le Géant. Car si Libra re­pose sur le pseu­do­ny­mat, Ca­li­bra, lui, vous oblige à ré­vé­ler votre vé­ri­table identité. Le por­te­feuille nu­mé­rique de­vrait être dis­po­nible au mo­ment du lan­ce­ment de la blockchain Libra, au pre­mier se­mestre 2020. ❍

CA­LI­BRA, NOU­VELLE FI­LIALE DE FA­CE­BOOK, A DÉ­VE­LOP­PÉ UN SER­VICE DE POR­TE­FEUILLE VIR­TUEL BA­SÉ SUR LE LIBRA.

LE FLUX D’ÉCRI­TURE D’UNE TRAN­SAC­TION AU COEUR DU LIBRA

LE PRO­TO­COLE DU LIBRA

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