L’ana­ly­tique mange le lo­gi­ciel

MANGE LE LO­GI­CIEL

L'Informaticien - - SOMMAIRE - B. G. ET G. P.

Bu­si­ness In­tel­li­gence et autres ap­pli­ca­tions ana­ly­tiques en­va­hissent l’en­semble du monde lo­gi­ciel. Les prin­ci­paux ca­bi­nets d’ana­lystes pré­voient d’ailleurs son om­ni­pré­sence d’ici à trois ans. Alors que les prin­ci­paux ac­teurs de l’in­dus­trie, comme Google et Sa­les­force, mettent la main sur Loo­ker ou Ta­bleau Soft­ware, où en sommes- nous vrai­ment ?

Marc An­drees­sen écri­vait en 2011 dans le Wall Street Jour­nal que « le lo­gi­ciel avait man­gé le monde » . On peut le pa­ra­phra­ser au­jourd’hui en disant que l’ana­ly­tique a man­gé le lo­gi­ciel. Pour la plu­part des ca­bi­nets d’études, l’ana­ly­tique se­ra pré­sent dans plus de 80 % des lo­gi­ciels d’ici à l’an­née prochaine. On peut donc pen­ser que, dans les cinq ans, l’ana­ly­tique se­ra om­ni­pré­sent dans le monde du lo­gi­ciel.

La don­née ca­ta­ly­seur du chan­ge­ment

Cet en­goue­ment pour l’ana­ly­tique et la Bu­si­ness In­tel­li­gence n’est pas ré­cent mais la pos­si­bi­li­té ap­por­tée par le Cloud et les pro­grès des hard­wares pour trai­ter de gros vo­lumes de données ont ren­du réa­liste le pro­jet d’ana­ly­ser et de vi­sua­li­ser des ré­sul­tats qu’il était im­pos­sible d’en­tre­voir au­pa­ra­vant. De­puis les vagues se suivent et s’am­pli­fient. Re­gar­dez en cinq ans l’évo­lu­tion de­puis les dé­buts de ce qui s’ap­pe­lait le Big Da­ta. Cette vo­lon­té d’uti­li­ser de plus en plus les ou­tils d’ana­lyses pour­suit plu­sieurs ob­jec­tifs. Le plus pro­saïque est de mieux connaître les ha­bi­tudes du client pour vendre plus. D’autres axes se soudent à ce but pre­mier et s’ac­com­pagnent de la « dé­mo­cra­ti­sa­tion » de l’ou­til ana­ly­tique en le dé­por­tant au plus près des uti­li­sa­teurs pour rac­cour­cir le cycle de prise de dé­ci­sion. L’au­to­ma­ti­sa­tion est un autre des buts avé­rés de cette course avec les ou­tils mê­lant In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et/ ou ap­pren­tis­sage ma­chine. De­vant le flux de données, il de­vient im­pos­sible à l’échelle hu­maine d’intégrer l’en­semble des in­for­ma­tions à notre dis­po­si­tion. Sur des pro­ces­sus à faible va­leur ajou­tée dans le tra­vail quo­ti­dien d’un sa­la­rié, des ou­tils comme des chat­bots ou des RPA ( Ro­bot Pro­cess Au­to­ma­tion) se sub­sti­tuent au sa­la­rié pour cer­taines pro­cé­dures man­geuses de temps et as­sez éloi­gnées des tâches im­por­tantes et né­ces­saires dans son tra­vail. Le re­proche sou­vent avancé sur les ou­tils de Bu­si­ness In­tel­li­gence est de s’ap­puyer sur des his­to­riques et donc de ne dé­li­vrer la vérité que sur le pas­sé, ce qui en soi n’engage en rien ce qui peut ad­ve­nir dans le fu­tur. La com­bi­nai­son de ces ou­tils d’in­tel­li­gence d’af­faires avec le re­tour en grâce des ou­tils ana­ly­tiques d’In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et d’ap­pren­tis­sage ma­chine ouvre la voie vers des ou­tils au­to­ri­sant de pré­voir ou de pré­dire ce qui de­vrait se réa­li­ser dans l’ave­nir en sui­vant des mo­dèles conçus à la fois sur une base his­to­rique mais aus­si sur de nom­breux autres pa­ra­mètres comme la mé­téo, le com­por­te­ment des consom­ma­teurs, la va­ria­tion sai­son­nière des prix pour construire des mo­dèles qui au­to­risent des si­mu­la­tions et ain­si per­mettre des ré­ac­tions et des prises de dé­ci­sions ra­pides lors­qu’un évé­ne­ment sur­vient.

Un mar­ché en ébul­li­tion

Se­lon IDC, le mar­ché de­vrait dé­pas­ser les 189 mil­liards de dol­lars cette an­née avec une pro­gres­sion an­nuelle de 12 %. La crois­sance des ser­vices au­tour des so­lu­tions est le pre­mier poste de dé­pense de­vant les lo­gi­ciels et les ma­té­riels pour les faire fonc­tion­ner. Dans ce contexte, le mar­ché et les ac­teurs de tous poils se pré­ci­pitent pour élar­gir leur offre vers l’ana­ly­tique afin de four­nir de la va­leur sur les données conte­nues dans leur lo­gi­ciel ou sur leur plate- forme. Google vient de réa­li­ser une opé­ra­tion d’en­ver­gure dans le do­maine. La pre­mière ac­qui­si­tion de Google Cloud à l’ère Ku­rian est éga­le­ment l’une des plus im­por­tantes de l’his­toire de Google. Le géant de Moun­tain View a an­non­cé s’em­pa­rer de Loo­ker, en­tre­prise spé­cia­li­sée dans l’ana­lyse de données et la Bu­si­ness In­tel­li­gence. Al­pha­bet

dé­bourse 2,6 mil­liards de dol­lars ( en cash) pour se l’of­frir, ce qui en fait son qua­trième plus gros ra­chat après Mo­to­ro­la, Nest et Dou­bleC­lick. La plate- forme d’ana­lyse de données de Loo­ker re­pose sur un prin­cipe simple : pou­voir se connec­ter à n’im­porte quelle base de données SQL, que ce soit sur Red­shift d’Ama­zon, Azure SQL, Snow­flake ou BigQue­ry de Google afin d’ob­te­nir dé­fi­ni­tions et ap­pli­ca­tion de données, vi­sua­li­sa­tions en­ri­chies et autres ana­lyses. En plus de son ou­til SaaS de BI, l’en­tre­prise a mis au point un lan­gage de mo­dé­li­sa­tion de données, LookML. Ce­lui- ci ne pré­tend pas rem­pla­cer SQL, mais de le com­plé­ter en sim­pli­fiant cer­taines fonc­tions, « en trai­tant SQL comme un vrai lan­gage de pro­gram­ma­tion » . Loo­ker compte une pa­lan­quée de clients, dont Ama­zon, Lyft, Vi­meo, So­ny, Fit­bit, De­li­ve­roo, Twi­lio, Cis­co ou en­core Ya­hoo.

Une so­lu­tion d’ana­lyse plus com­plète

« L’ajout de Loo­ker à Google Cloud of­fri­ra aux clients une so­lu­tion d’ana­lyse plus com­plète, al­lant de l’in­ges­tion et de l’in­té­gra­tion de données à l’ana­lyse, en pas­sant par la vi­sua­li­sa­tion et les ap­pli­ca­tions de données » , pré­cise Google. Le géant a en ef­fet l’in­ten­tion d’ab­sor­ber Loo­ker afin d’intégrer à sa propre pla­te­forme d’ana­ly­tique les fonc­tion­na­li­tés dé­ve­lop­pées par l’en­tre­prise, ain­si que ses ou­tils de mo­dé­li­sa­tion de données. Il ap­pa­raît que la marque et sa pla­te­forme se­ront conser­vées. « Dé­sor­mais, nous dis­po­se­rons d’une plus grande por­tée, de da­van­tage de res­sources et des es­prits les plus brillants dans les do­maines de l’ana­lyse et de l’in­fra­struc­ture cloud, qui tra­vaille­ront en­semble pour créer un ave­nir prometteur pour nos clients et nos par­te­naires » , sou­ligne Frank Bien, le CEO de Loo­ker, qui re­join­dra avec ses équipes Moun­tain View. Google s’est en outre en­ga­gé à main­te­nir la di­men­sion mul­ti- cloud de Loo­ker, sous- en­ten­dant qu’il ne compte pas fer­mer la plate- forme à Azure et AWS. Autre ra­chat ré­cent d’im­por­tance dans le sec­teur, ce­lui de Ta­bleau Soft­ware par Sa­les­force. L’édi­teur de la plate- forme de ges­tion de la re­la­tion client va s’of­frir un Ta­bleau pour plus de 15 mil­liards

de dol­lars, la plus grosse ac­qui­si­tion de l’édi­teur. L’opé­ra­tion va se conclure par échange d’ac­tions et de­vrait se conclure au plus tard le 31 oc­tobre pro­chain.

86 000 clients dans le monde

Après Mu­le­soft l’an­née der­nière ac­quis pour 6,5 mil­liards de dol­lars et De­mand­ware en 2016 ( 2,8 mil­liards de dol­lars) Sa­les­force conti­nue sa marche en avant en met­tant la main sur Ta­bleau Soft­ware pour la mo­dique somme de 15,7 mil­liards de dol­lars. L’opé­ra­tion se fe­ra par échange d’ac­tions. Les dé­ten­teurs d’ac­tions de classes A et B de Ta­bleau vont recevoir 1,103 ac­tions de Sa­les­force contre cha­cune de leur part. Ta­bleau Soft­ware gé­nère ac­tuel­le­ment un peu plus de 1 mil­liard de dol­lars de chiffre d’af­faires an­nuel. L’ac­qui­si­tion de­vrait aug­men­ter le re­ve­nu de Sa­les­force de 350 à 400 mil­lions de dol­lars qui vise main­te­nant au- de­là de 16 mil­liards de dol­lars par an. De plus, l’ac­qui­si­tion ouvre la porte à Sa­les­force pour ses 86 000 clients re­cen­sés dans le monde, dont de grandes or­ga­ni­sa­tions amé­ri­caines. Bien­ve­nu, alors que les concur­rents de Sa­les­force comme Mi­cro­soft et Adobe gri­gnotent quelques parts de d mar­ché. Sa­les­force au­jourd’hui dé­tient dé­tien en­vi­ron 20 % du mar­ché de la re­la­tion re­la­tio client. Sa­les­force Sales va com­bi­ner son offre Ein­stein Einste d’In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle avec la vi­sua­li­sa­tion vi­sual et la Bu­si­ness In­tel­li­gence de Ta­bleauTa Soft­ware et se rap­pro­cher en­core en­cor un peu plus du quo­ti­dien des uti­li­sa­teurs. uti­li­sa C’est le but af­fi­ché de ce ra­chat ra­cha d’apporter des ou­tils di­rec­te­ment dans la plate- forme de Sa­les­force avec la pos pos­si­bi­li­té de vi­sua­li­ser les données sans pas­ser p par un ta­bleur ex­té­rieur et de rap rap­pro­cher la prise de dé­ci­sion au plus près du ter­rain mais aus­si de fa­ci­li­ter la cir­cu­la­tion des in­fo in­for­ma­tions entre pairs sur les dif­fé­rents Clouds de l’édi­teur. Ta­bleau va conti­nuer à opé­rer sous son nom et son équipe di­ri­geante ac­tuelle. Seat­tle, ville de Ta­bleau, va de­ve­nir un se­cond siège de l’en­tre­prise. L’opé­ra­tion de­vrait se bou­cler le 31 oc­tobre pro­chain après les étapes ré­gle­men­taires ha­bi­tuelles, soit un tri­mestre avant la fin de l’an­née fiscale de Sa­les­force qui se conclut le 31 jan­vier. Ces opé­ra­tions de conso­li­da­tion ne pour­raient être que les pre­miers pas des grands ac­teurs du mar­ché sur le che­min de la va­lo­ri­sa­tion des données de leur clients, axe stra­té­gique de leur trans­for­ma­tion nu­mé­rique. ❍

UN RAP­PORT SUR DES INDICATEUR­S CLÉS DANS L’IN­DUS­TRIE CHEZ TA­BLEAU SOFT­WARE.

LA VER­SION POUR POSTE DE TRA­VAIL DE LOO­KER.

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