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L'Informaticien - - SOMMAIRE -

Le HPC de­vient la norme

OOn as­so­cie sou­vent le HPC ( High Performanc­e Com­pu­ting) aux sec­teurs de la dé­fense, de la sé­cu­ri­té ou de la re­cherche aca­dé­mique. Il est vrai que pen­dant long­temps ces in­fra­struc­tures servent à dé­fi­nir la si­mu­la­tion nu­cléaire, à trou­ver un hy­po­thé­tique boson ou à ana­ly­ser des re­plie­ments de protéines. J’en passe et des meilleures ! Il y a une ou deux dé­cen­nies, les in­fra­struc­tures né­ces­saires s’éten­daient sur une sur­face grande comme un ter­rain de bas­ket. De­puis, les pro­grès de la loi de Moore ont fait que la même puis­sance de cal­cul tient dans un es­pace beau­coup plus res­treint. Si ces vastes en­vi­ron­ne­ments existent en­core, ils ne sont plus ceux qui tirent le mar­ché du HPC. Au­jourd’hui, ce sont les ap­pli­ca­tions dans les

en­tre­prises qui sont les prin­ci­paux clients des four­nis­seurs d’in­fra­struc­ture. En ce­la, le HPC de­vient la norme dans les in­fra­struc­tures d’en­tre­prises. « Les grandes ten­dances so­cié­tales vont in­ter­agir et orien­ter les dé­ve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques y com­pris le HPC. Ce n’est plus la dé­fense et la sé­cu­ri­té qui tirent le mar­ché mais l’in­dus­trie et la so­cié­té et donc les in­di­vi­dus et les ci­toyens » , ex­plique Da­niel Ver­waerde, pré­sident et co- fon­da­teur de Te­ra­tec. L’an­cien HPC dé­par­te­men­tal tient dé­sor­mais le haut du pavé.

Plus d’im­pact que l’IA

Une étude réa­li­sée par Cen­susWide pour le compte de Suse, édi­teur d’une in­fra­struc­ture lo­gi­cielle qui s’ap­puie sur Li­nux, et ren­du pu­blique lors du ré­cent Te­ra­tec, in­dique que 93 % des 250 DSI in­ter­ro­gés lors de l’en­quête pensent que le HPC est une tech­no­lo­gie ma­jeure pour in­no­ver. Elle au­rait même plus d’im­pact que l’In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle dans le do­maine. À 80 %, les mêmes DSI pensent que dans les cinq ans ils se­ront dis­tan­cés par la concur­rence s’ils n’y ont pas re­cours, 41 % l’utilisent dé­jà et le res­tant in­dique à 51 % avoir des plans dans les 6 mois à 2 ans. Seuls 8 % at­tendent sa­ge­ment que le train passe ! Tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té sont tou­chés par le phé­no­mène. Cette ten­dance est sou­te­nue par dif­fé­rentes forces qui conjoin­te­ment rendent né­ces­saire le HPC dans les en­tre­prises. La pre­mière est évi­dem­ment l’aug­men­ta­tion du vo­lume des données dans les en­tre­prises. IDC es­time

que chaque per­sonne sur terre gé­né­re­ra 1,7 mé­ga­bytes de données par seconde d’ici 2020. Ce­ci re­pré­sente le poids d’un fi­chier MP3 d’une chan­son d’en­vi­ron 2 mi­nutes. Le même cabinet in­dique qu’un ser­veur sur quatre ser­vi­ra à faire du HPC au même ho­ri­zon. Se­lon le McKin­sey Glo­bal Ins­ti­tute, le vo­lume mon­dial de données double tous les trois ans. IBM in­dique que 90 % des données mon­diales ont été créées au cours des deux der­nières an­nées. Chaque jour, 2,5 quin­til­lions de bytes de données sont gé­né­rés. De­vant ce déluge, les en­tre­prises doivent s’adap­ter pour suivre le rythme et se conver­tissent à ce qui au­pa­ra­vant était can­ton­né à cer­tains sec­teurs comme la Dé­fense. Avec cette puis­sance de cal­cul phé­no­mé­nale, les en­tre­prises ont en­fin le moyen de mettre en oeuvre de vé­ri­tables ou­tils ana­ly­tiques. Nous ne re­vien­drons pas sur ce su­jet que nous avons dé­jà maintes fois ana­ly­sé. Là ce sont toutes les lignes de mé­tier des en­tre­prises qui ont des plans pour ob­te­nir des in­for­ma­tions per­ti­nentes sur le client, les em­ployés. Ce­la se tra­duit par une en­vo­lée des offres et des pro­jets au­tour de l’ap­pren­tis­sage ma­chine ou pro­fond et l’In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. RPA, re­con­nais­sance vo­cale ou fa­ciale, chat­bots, ana­lyses pré­dic­tives sont au­jourd’hui choses com­munes dans les en­tre­prises et ap­portent des gains de pro­duc­ti­vi­té par une meilleure connais­sance ou par de l’au­to­ma­ti­sa­tion sur des tâches ré­cur­rentes sans vé­ri­table va­leur ajou­tée. L’Internet des Ob­jets est un autre axe pour la dif­fu­sion du HPC dans les en­tre­prises. Il se­ra bien­tôt créé plus de données par des cap­teurs ou des ob­jets connec­tés que par des hu­mains sur Internet. Ce­la va de­man­der des puis­sances de cal­cul à la fois en bord de ré­seau ( Edge) mai aus­si de vastes in­fra­struc­tures de cal­cul pour ana­ly­ser toutes ces données afin de mo­dé­li­ser les com­por­te­ments des ob­jets et au­to­ma­ti­ser leur fonc­tion­ne­ment.

L’in­dus­trie IT change aus­si

Il est in­té­res­sant de consta­ter que l’in­dus­trie IT évo­lue dans le même sens. La plu­part des noms as­so­ciés au­pa­ra­vant au HPC se conver­tissent à des offres pour l’en­tre­prise. DDN, An­sys, Nvi­dia, Pa­nan­sas ré­alignent leurs offres pour sa­tis­faire ce nou­veau pu­blic avide de si­mu­la­tions, d’ana­lyses pour ac­cé­lé­rer la sor­tie de nou­veaux pro­duits ou ser­vices à même d’étayer leur dé­ve­lop­pe­ment. D’un autre côté les grands de l’IT sortent les car­nets de chèques pour lut­ter contre cette concur­rence. HPE ra­chète Cray, Nvi­dia re­prend Mel­la­nox pour ob­te­nir la connec­ti­vi­té né­ces­saire pour les en­vi­ron­ne­ments de ce nou­veau HPC à l’échelle de l’en­tre­prise. Dans ce panier de crabes, comme d’ha­bi­tude, ce sont les pe­tits qui sortent de la route. Les dif­fi­cul­tés de Trans­tec et d’Ali­néos, deux pe­tits fai­seurs dans le HPC en sont le re­flet. Cette concur­rence ac­crue a fait flé­chir les marges bé­né­fi­ciaires dans ce do­maine très spé­ci­fique. Le vo­lume au­jourd’hui l’em­porte sur la spé­cia­li­sa­tion. Ce sont donc les grands de l’in­dus­trie, IBM, HPE, Dell qui tirent les mar­rons du feu dans cette nou­velle donne.

Bon pour l’in­dus­trie en gé­né­ral

Comme l’in­di­quait Bruno Le Maire, mi­nistre de l’Économie, lors de l’inau­gu­ra­tion d’un centre de données d’Equi­nix il y a quelques mois, la France ne peut se lais­ser dis­tan­cer dans cette course à la puis­sance de cal­cul à dé­faut de ne de­ve­nir qu’un « vas­sal » d’un autre pays ayant cette puis­sance de cal­cul. Si l’af­faire est donc po­li­tique, elle est aus­si fa­vo­rable à notre in­dus­trie qui re­crée ain­si de la pro­duc­ti­vi­té face à ses concur­rents. « Le déclin est en­rayé, de­puis deux ans on crée plus de sites que l’on n’en dé­truit avec 250 000 em­plois bruts par an et un net après des­truc­tion d’em­plois qui est po­si­tif » , a in­di­qué de son côté Philippe Va­rin, pré­sident de France In­dus­trie. Il ajoute que « Le cal­cul haute performanc­e est un élé­ment de dif­fé­ren­cia­tion, il n’y a pas d’in­dus­trie forte qui ne soit nu­mé­ri­sée. » ❍

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