Les mé­tiers des agents de l’Anssi : 120 à 150 re­cru­te­ments par an !

120 à 150 re­cru­te­ments par an !

L'Informaticien - - SOMMAIRE - CHRISTOPHE GUILLEMIN

Alors qu’elle fête ses dix ans d’exis­tence, l’Anssi pour­suit sa crois­sance à un rythme sou­te­nu. Elle de­vrait re­cru­ter cette an­née plus d’une cen­taine de col­la­bo­ra­teurs, dont des dé­ve­lop­peurs, ad­mi­nis­tra­teurs sys­tèmes, ar­chi­tectes ré­seaux ou in­gé­nieurs. Des postes où l’ex­per­tise en cy­ber­sé­cu­ri­té n’est pas une condi­tion sine qua non. Tour d’ho­ri­zon des mé­tiers de cette en­ti­té pu­blique qui se veut ou­verte à un maxi­mum de profils.

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Nous re­cru­tons ! Et dans des do­maines très va­riés al­lant de la cryp­to­gra­phie à la dé­tec­tion d’in­tru­sion, en pas­sant par l’ac­com­pa­gne­ment ju­ri­dique, le pi­lo­tage de pro­jets informatiq­ues ou en­core

la coor­di­na­tion in­ter­na­tio - nale. » Tel est le mes­sage por­té au­jourd’hui par l’Agence na­tio­nale de la sé­cu­ri­té des sys­tèmes d’in­for­ma­tion ( Anssi), qui fête ses dix ans cet été. Ce ser­vice, pla­cé sous l’au­to­ri­té du Pre­mier mi­nistre, em­bauche entre 120 et 150 agents chaque an­née. Un rythme de re­cru­te­ment sou­te­nu que l’Anssi compte main­te­nir en­core pen­dant deux à trois ans. En une dé­cen­nie, ses ef­fec­tifs sont dé­jà pas­sés de 120 à 568 col­la­bo­ra­teurs. Afin d’at­ti­rer de nou­veaux ta­lents, l’agence a lan­cé en mai der­nier la dé­marche « Paroles d’agents » , qui pré­sente les té­moi­gnages de cinq col­la­bo­ra­teurs : une dé­ve­lop­peuse, un ju­riste, un ana­lyste des codes et si­gna­tures, un coor­di­na­teur sec­to­riel et un cer­ti­fi­ca­teur ( lire en­ca­drés ci- après). « Ces té­moi­gnages dé­montrent qu’il n’existe pas de pro­fil type pour re­joindre l’Anssi. Ils mettent en évi­dence la di­ver­si­té des mé­tiers, des profils et des par­cours de nos agents, ce qui fait notre ri­chesse » , ex­plique Mi­chel Ba­beau, le SDA ( sous- di­rec­teur ad­mi­nis­tra­tion) de l’agence. L’Anssi re­crute à dif­fé­rents ni­veaux d’études, du bac au doc­to­rat, en pas­sant par le BTS, la li­cence pro ou le Mas­ter. Et il n’est pas indispensa­ble d’être di­plô­mé en cy­ber­sé­cu­ri­té : « Nous étu­dions tous les dos­siers. Il faut té­moi­gner d’une réelle pas­sion pour la cy­ber­sé­cu­ri­té, mais aus­si avoir en­vie de tra­vailler pour l’in­té­rêt gé­né­ral, de ser­vir la na­tion, car ces no­tions sont au coeur de nos mis­sions » , pour­suit Mi­chel Ba­beau. La sé­lec­tion reste dras­tique. L’agence re­çoit entre 6 000 et 8 000 CV par an, pour ne re­te­nir donc qu’une grosse cen­taine de can­di­dats.

Pré­ven­tion, dé­fense et ex­per­tise

Sur quoi tra­vaillent les agents de l’Anssi ? Les mis­sions de l’agence couvrent prin­ci­pa­le­ment trois axes : la pré­ven­tion, la dé­fense et l’ex­per­tise. Concrè­te­ment, l’Anssi as­sure un ser­vice de veille, de dé­tec­tion, d’alerte et de ré­ac­tion aux at­taques informatiq­ues, sur les ré­seaux de l’État mais aus­si ceux d’en­tre­prises, dé­si­gnées « opérateurs d’im­por­tance vi­tale ( OIV) » . Il en existe 249 en France, dans 12 sec­teurs d’ac­ti­vi­té, de l’éner­gie à la santé en pas­sant par les transports, les banques ou les ac­ti­vi­tés mi­li­taires. De­puis plus d’un an, des Opérateurs de ser­vice es­sen­tiel ( OSE) font éga­le­ment par­tie du pé­ri­mètre de l’agence. L’Anssi in­tègre aus­si des mis­sions de sen­si­bi­li­sa­tion, de for­ma­tion et de la­bel­li­sa­tion. Pour as­su­rer ses dif­fé­rentes mis­sions, l’agence est or­ga­ni­sée en cinq sous- di­rec­tions. « Les pom­piers » de l’Anssi, qui sur­veillent les ré­seaux et in­ter­viennent en cas d’at­taque, sont ras­sem­blés au sein de la SDO ( sous- di­rec­tion opé­ra­tions). Elle compte en­vi­ron deux cents col­la­bo­ra­teurs et em­ploie no­tam­ment des ana­lystes sé­cu­ri­té – dé­tec­tion d’in­tru­sion, vul­né­ra­bi­li­tés et codes mal­veillants. Les 150 agents de la SDE ( sous- di­rec­tion Ex­per­tise) ac­com­pagnent les ad­mi­nis­tra­tions de l’État et les OIV dans la sé­cu­ri­sa­tion de leur SI. La SDE em­ploie des ex­perts en sé­cu­ri­té et ges­tion des ré­seaux, des ex­perts au la­bo­ra­toire sé­cu­ri­té des com­po­sants, des char­gés de qua­li­fi­ca­tion, ou en­core des dé­ve­lop­peurs. Elle in­tègre en ef­fet une ac­ti­vi­té de dé­ve­lop­pe­ment de so­lu­tions de sé­cu­ri­té. La SDE a no­tam­ment réa­li­sé WooKey, un disque dur « chif­frant » pour sys­tèmes em­bar­qués et IoT. Elle a éga­le­ment dé­ve­lop­pé Clip OS, un sys­tème d’ex­ploi­ta­tion sé­cu­ri­sé mul­ti- ni­veau. Ces so­lu­tions sont pro­po­sées en Open- Source

et donc ac­ces­sibles aux ad­mi­nis­tra­tions pu­bliques comme aux en­tre­prises. Les trois autres sous- di­rec­tions sont char­gées, entre autres, de la main­te­nance d’in­fra­struc­tures IT et té­lé­com ( sous- di­rec­tion du Nu­mé­rique ou SDN), du sui­vi des re­la­tions ex­ternes de l’agence en France et à l’in­ter­na­tio­nal, de la sen­si­bi­li­sa­tion aux risques cy­ber ( sous- di­rec­tion Stra­té­gie ou SDS) ain­si que de l’or­ga­ni­sa­tion interne de l’agence, la SDA ( sous- di­rec­tion Ad­mi­nis­tra­tion). Pour 2019, les postes à pour­voir son très va­riés : dé­ve­lop­peurs, ad­mi­nis­tra­teurs ( sys­tèmes / ré­seaux et télécoms), ar­chi­tectes ( SI sé­cu­ri­sés / sys­tèmes et ré­seaux), in­gé­nieurs ( ré­seaux et télécoms / test et va­li­da­tion) mais aus­si des ju­ristes, consul­tants et co­or­di­na­teurs de pro­jets. La liste com­plète est dif­fu­sée sur le site de l’agence, mais aus­si via Lin­kedIn ou Twit­ter.

Une ma­jo­ri­té de CDD

Quelles sont les condi­tions de tra­vail à l’Anssi ? Contrai­re­ment à cer­taines idées reçues, la ma­jo­ri­té des sa­la­riés ne sont pas fonc­tion­naires. Les contrac­tuels re­pré­sentent 79 % des agents, les fonc­tion­naires 14 % et les mi­li­taires 7 %. Autre point im­por­tant : ils tra­vaillent pour la plu­part en CDD. De trois ans re­nou­ve­lables une fois, ils re­pré­sentent en ef­fet 70 % des contrats, contre 30 % pour les CDI. Côté sa­laires, l’Anssi est dans la moyenne na­tio­nale. « Nous nous ali­gnons, mais nous ne sui­vons pas les pré­ten­tions trop éle­vées » , pré­cise- t- on à l’agence. D’un point de vue géo­gra­phique, les can­di­dats doivent ac­cep­ter de tra­vailler à Pa­ris, où sont lo­ca­li­sés les bu­reaux de l’agence. Seul un nombre li­mi­té d’agents sont dé­ta­chés en région. En­fin, l’am­biance dans les lo­caux se­rait plu­tôt « convi­viale » avec un ma­na­ge­ment « tra­di­tion­nel » . Si l’or­ga­ni­sa­tion de l’agence se veut plu­tôt struc­tu­rée, le rap­port hié­rar­chique n’au­rait rien à voir avec ce­lui de l’armée, as­sure Mi­chel Ba­beau, lui- même an­cien mi­li­taire. L’Anssi as­sure ne pas « écra­ser » ses agents sous le poids de la hié­rar­chie, of­frir une re­la­tive sou­plesse sur les ho­raires et vou­loir fa­ci­li­ter le dé­ve­lop­pe­ment des pro­jets per­son­nels en dé­ga­geant du temps ou des moyens.

L’état de l’art en cy­ber­sé­cu­ri­té

Outre l’in­té­rêt gé­né­ral et le sou­hait de ser­vir la Na­tion, tra­vailler à l’Anssi se­rait un gage de pos­sé­der des com­pé­tences à l’état de l’art. « Nous veillons à main­te­nir ce ni­veau d’ex­cel­lence, no­tam­ment grâce à nos for­ma­tions in­ternes » , sou­ligne Mi­chel Ba­beau. Sur le CV, un pas­sage par l’Anssi ou­vri­rait bien des portes, dans la sphère pu­blique comme pri­vée. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de tra­vailler à l’Agence reste tout sim­ple­ment de vivre au quo­ti­dien l’ac­tua­li­té de la cy­ber­sé­cu­ri­té. En 2018, elle a re­çu 1 869 si­gna­le­ments, gé­ré 16 in­ci­dents ma­jeurs et 14 opé­ra­tions de cy­ber­dé­fense. « Peu de struc­tures vous per­mettent de plonger au coeur de la cy­ber­sé­cu­ri­té » , conclut Mi­chel Ba­beau, « au ni­veau na­tio­nal comme in­ter­na­tio­nal. » ❍

De­puis 2009, l'Anssi as­sure des mis­sions de sur­veillance, d'ac­com­pa­gne­ment, de cer­ti­fi­ca­tion et de ré­gu­la­tion, mais elle s'oriente de plus en plus vers l'in­no­va­tion.

L’Anssi compte 22 % de femmes dont les 2/ 3 sont des femmes fonc­tion­naires, un tiers des mi­li­taires.

Mi­chel Ba­beau, sous- di­rec­teur Ad­mi­nis­tra­tion, le SDA de l’Anssi.

L’âge moyen des 568 agents de l’Anssi est de 37 ans.

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